17/10/2014

Mohammed VI un dirigeant vraiment si différent des nôtres? 

Par Institut MEDEA
Les livres qui sortent sur le roi Mohamed VI, « roi des pauvres », depuis quelques années, font le bonheur des éditeurs, des libraires et des médias français. C’est une obsession hexagonale en comparaison de ce qui se passe en Algérie et en Tunisie. Mais qu’apportent-ils vraiment ?
Après « Notre ami le Roi » de Gilles Perrault, le livre-référence en matière de critique de la dynastie alaouite et du royaume chérifien depuis vingt ans, voila que le journaliste marocain Omar Brousky, publie « Mohamed VI, derrière les masques », préfacé par…le même Gilles Perrault (éditions du nouveau monde, Paris, 2014).
L’année dernière, il y avait eu « Le Roi prédateur » de Catherine Graciet et Eric Laurent, et en 2012 « Paris Marrakech » de Ali Amar et Jean-Pierre Tuquoi. Ces livres racontent tous la même chose : les relations sulfureuses historiques entre Paris et Rabat, la personnalité terrible du roi Hassan II, les prisons marocaines, la difficulté du successeur Mohamed VI à trouver sa place, le développement de ses affaires et son business, sa santé et sa déprime, les désillusions de la démocratisation.
Quel intérêt au livre qui vient de paraître d’Omar Brousky ? C’est une critique ouverte du Maroc par un Marocain, certes longtemps correspondant de l’AFP qu’il a récemment quitté deux ans après que le Roi lui ait retiré son accréditation professionnelle, mais qui vit toujours au Maroc. C’est plus que courageux. Il y a quelques temps, le journaliste avait été malmené sur le boulevard Mohamed V à Rabat par la police. Il résiste et fait le tour des plateaux avec ce livre violent.
Brousky est d’autant plus virulent qu’il croyait en Mohamed VI lorsqu’il accède au trône à l’âge de 36 ans. Au delà de l’affect, il rejette l’ensemble des réformes qui ont été toute fois accomplies dans le pays depuis 1999 : réformes constitutionnelles, réforme de code de la famille, réforme du statut du roi, place des minorités et des Berbères. Selon le journaliste, malgré les apparences, le Roi reste un monarque absolu tout en niant le terme de dictateur. Sans jamais détailler la situation de l’économie marocaine, son dynamisme, le tourisme et ses faiblesses, la situation politique et gouvernementale et les Islamistes, le journaliste fait une fixation sur Mohamed VI. Certes, si ce dernier contrôle une large partie de l’économie marocaine à travers l’ONA, les secteurs clés télécom éolien, etc et les débits d’alcool, il n’est pas le seul « businessman » du royaume. En étant commandeur des croyants, il est surtout selon l’auteur incompréhensible d’être aussi peu soucieux du respect de la concurrence loyale dans l’économie et de l’égalité des chances des acteurs de la vie économique face au poids des « potes » du Roi et du Makhzen1
Si le propos est intéressant, si beaucoup de choses « révélées » sont connues de tous, quelle nouveauté et quelle spécificité marocaine à tout ce qui est dénoncé ? Copinage et cooptation ne sont pas propres aux pays non démocratiques ou même en voie de démocratisation. Ils sont même finalement bien l’apanage des pays démocratiques que l’on ne cesse de dénoncer. Et ce n’est pas la France par exemple qui dira le contraire en ce moment !
[1] L’Entretien – Mohammed VI, « monarque absolu » selon l’auteur Omar Brousky