28/11/2014

Face au Maréchal Al-Sissi, les dirigeants européens démontrent qu’ils n’apprennent pas de leurs erreurs

 Par Geoffroy d’Aspremont

Oubliant les récriminations passées sur la sévère répression qui a suivi le renversement du président Morsi en 2013 par l’armée, l’Italie, puis la France ont accueilli le nouveau maitre de l’Egypte, le Maréchal Al-Sissi, avec tous les honneurs. Voici le nouveau régime liberticide du Caire légitimé par les européens.

Les discussions ont principalement tourné autour de la situation en Libye, la négociation de contrat militaires, et bien sûr la lutte contre le « terrorisme » qui offre au gouvernement égyptien un prétexte suffisant vis-à-vis des européens pour justifier la sévère répression et les réductions des libertés individuelles et collectives en Egypte. Ni les Italiens ni les Français ne se sont montrés très critiques concernant les exactions de la répression en Egypte, préférant glorifier « un partenaire stratégique » incontournable, comme l’a souligné Rome, ou « un grand pays et grand partenaire de la France », comme cela a été entendu à Paris.

Paris s’est surtout préoccupé de négocier avec le Maréchal Al-Sissi la vente de matériel militaire, telles que 2 nouvelles corvettes – après l’achat de quatre corvettes DCNS – et d’avions Rafale pour moderniser la force aérienne égyptienne. Ce matériel n’est évidemment, selon Paris, pas concerné par la suspension des exportations de matériel de « répression interne » décrétée par les Etats membres de l’Union européenne, en août 2013. Paris prétend avoir évoqué avec le président égyptien les problèmes liés aux droits de l’homme, mais que « Le message est celui d’un soutien au processus de transition ».

Peut-on vraiment parler de processus de transition quand plus de 1400 opposants ont déjà été tués depuis le coup d’état de juillet 2013, 15000 autres emprisonnés, dont de nombreux mineurs d’âge, que les condamnations à mort pleuvent, que de nouvelles lois donnent un blanc-seing au gouvernement pour interdire, réprimer ou assimiler à des terroristes tout groupe ou association qui perturberait l’ordre public ou porterait atteinte à l’unité nationale ?

Une fois de plus, l’Europe, et la France en particulier, démontrent bien que les valeurs qu’ils prétendent défendre ne font pas le poids face aux intérêts économiques et sécuritaires à court terme. Concernant la Libye, chacun s’est évertué à s’inquiéter de la propagation des groupuscules islamiste et à défendre une solution politique, sans faire de propositions concrètes ni s’attaquer aux racines de cette propagation.

Il ne faut pas être un fin analyste pour constater qu’il n’y a pas de transition « démocratique » en Egypte, mais une volonté de maintien par tous les moyens d’un régime militaire autoritaire. Montrer son soutien à un tel régime et lui vendre les armes qui lui permettront d’assurer encore plus efficacement son maintien en place ne sont certainement pas le meilleur message d’un soutien à une transition « démocratique ». La France persévère donc dans les erreurs du passé, de soutien à des dictateurs, comme cela avait été tant décrié au moment des « Printemps arabes ».

Quel message en effet ce soutien à un régime répressif fera-t-il passer ? Vis-à-vis de la jeunesse et de la société civile égyptienne – et arabe dans son ensemble – un sentiment d’abandon, après les très grands espoirs de changements qu’avait suscité le renversement par ceux-ci de Moubarak, dont le régime actuel n’est que la continuation. Vis-à-vis des groupes religieux radicaux, de l’eau au moulin de leurs diatribes anti-occidentales et donc de la justesse de la cause qu’ils prétendent défendre et des moyens ultra violents qu’ils emploient pour y parvenir.

Par ce soutien à un régime dictatorial tel qu’il s’est remis en place en Egypte., la France – et l’Europe dans son sillage – démontre comme toujours que le décalage entre les valeurs de démocratie, de paix, de liberté qu’elle prétend incarner et les intérêts économiques et sécuritaires à court terme est une réalité bien ancrée dans leur politique. Ce décalage ne pourra malheureusement que brouiller son message, réduire sa crédibilité, son influence à terme comme acteur de changement et d’amélioration dans la région.

L’endiguement de la propagation de l’islam radical se fera par le soutien aux forces démocratiques et la défense de nos valeurs et non pas par le soutien à des régimes dictatoriaux comme en Egypte ou dans le Golfe, et dans un autre contexte, par le soutien à la politique suicidaire du gouvernement israélien. Pendant que l’Europe n’apprend toujours pas la leçon de ses erreurs passées, les moteurs du changement dans les pays arabes désespèrent de notre soutien et de l’établissement de régimes réellement démocratiques dans la région.