Revue de presse

Du 19 au 27 décembre

Aux obnubilés d’Essebsi – 19/12/2014 – Nawaat

Ceux qui ne voient en lui que l’homme qui a conduit une transition réussie en 2011, et celui qui a mené avec succès l’émergence d’un contrepoids à Ennahdha, sont dupes de ne pas voir ses œuvres en arrière-boutique pour savonner la planche avant son départ en 2011, et ses tactiques qu’il a utilisées pour préparer son retour depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui. L’objet de cet essai n’est pas de lancer des accusations ou de rentrer dans des considérations complotistes, mais il est bon de rappeler qu’on n’est pas un renard de la politique sans en avoir les attributs. A la limite là n’est pas le problème, la politique c’est la politique et c’est de bonne guerre.

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Aux obnubilés d’Essebsi – 19/12/2014- Nawaat

Ceux qui ne voient en lui que l’homme qui a conduit une transition réussie en 2011, et celui qui a mené avec succès l’émergence d’un contrepoids à Ennahdha, sont dupes de ne pas voir ses œuvres en arrière-boutique pour savonner la planche avant son départ en 2011, et ses tactiques qu’il a utilisées pour préparer son retour depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui. L’objet de cet essai n’est pas de lancer des accusations ou de rentrer dans des considérations complotistes, mais il est bon de rappeler qu’on n’est pas un renard de la politique sans en avoir les attributs. A la limite là n’est pas le problème, la politique c’est la politique et c’est de bonne guerre.

Maroc, des journalistes français sous influence – 22/12/2014 – OrientXXI

Des journalistes français payés par le Maroc : c’est la partie la plus sulfureuse des révélations du mystérieux twitteur « Chris Coleman ». Derrière ce pseudonyme1 se cache un lanceur d’alerte non identifié, parfois surnommé « le Snowden marocain ». Parmi les centaines de documents mis en ligne depuis début octobre sur Facebook, puis sur Twitter, plusieurs dizaines dévoilent les liens entretenus par quatre journalistes français avec un directeur de magazine marocain très proche du pouvoir.

Les prochaines élections israéliennes pourraient faire perdre aux députés arabes leur siège à la Knesset -22/12/2014 – Middle East Eye

D’après certains analystes, les élections prévues le 17 mars pourraient être les plus décisives pour l’importante minorité arabe palestinienne d’Israël. Ces élections anticipées sont le résultat d’une crise politique déclenchée par les récents efforts de Netanyahu, et visant à introduire dans la législation le caractère Juif de l’Etat-Nation israélien. Netanyahu et son gouvernement de droite sont déjà parvenus à rehausser le seuil électoral du prochain parlement, en passant une loi en marche qui le fait passer de 2 à 3,25 %. A moins que les trois petits partis arabes de la Knesset- Balad, United Arab List et Hadash- ne forment une alliance, il se pourrait qu’aucun de leur député ne gagne de siège.

Allemagne : les manifestations hostiles aux immigrés en plein essor – 22/12/2014 – Al Jazeera English

Un mouvement dénommé Européens Patriotiques contre l’Islamisation de l’Occident (PEGIDA) ne cesse de voir sa popularité croître, attirant les lundi soirs des milliers de personnes à une série de marches, à Dresde. Le 15 décembre, près de 15 000 personnes ont participé à une marche du PËGIDA contre le parallelgesellschaft, un terme allemand désignant les communautés immigrés qui conservent leurs normes culturelles et ne s’intègrent pas à la société locale. Les manifestants utilisent en outre ce terme en référence à leur “droit de préserver et protéger notre les fondements judéo-chrétiens de notre culture occidentale”. Les manifestations de Dresde sont restés pacifiques jusqu’à présent, mais nombreux sont ceux qui s’inquiètent de l’augmentation des slogans d’extrême droite à l’occasion des rassemblements des derniers mois.

Les Tunisiens craignent le retour de l’ère Ben Ali après la victoire d’Essebsi – 23/12/2014 – al-akhbar

En Tunisie, le scrutin présidentiel a été salué comme une date majeure, mais certains vétérans de la révolution de 2011 craignent que la victoire d’un membre de la vieille garde, âgé de 88 ans, ne coïncide avec un retour de la répression. Pour ses opposants, la victoire dimanche 21 décembre de Beji Caid Essebsi contre le président sortant Moncef Marzouki assombri le bilan de la période précédente, considérée comme l’apogée de la transition démocratique dans la nation qui initia une série de soulèvements dans le monde arabe.

 

Press Review

 19th – 27th December

To Essebsi’s blind lovers – 19/12/2014- Nawaat

Those who consider Essebsi as the 2011 successful political transition architect are wrong. Same are people thinking he merely countered Ennahdha ascent, while operating behind the scenes in anticipation of his come back from 2011 to nowadays. This paper is not willing to accuse anyone or spread conspiracy theories, but one shall/should acknowledge a sly old fox’s attributes. In the end here is not the big issue, politics will be politics, and it’s fair enough.

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To Essebsi’s blind lovers- -19/12/2014- Nawaat

Those who consider Essebsi as the 2011 successful political transition architect are wrong. Same are people thinking he merely countered Ennahdha ascent, while operating behind the scenes in anticipation of his come back from 2011 to nowadays. This paper is not willing to accuse anyone or spread conspiracy theories, but one should acknowledge a sly old fox’s attributes. In the end, here is not the big issue, politics will be politics, and it’s fair enough

Morocco, French journalists under influence – 22/12/2014 – OrientXXI

French journalists receiving money from Morocco elites : this is the most scandalous revelation of the mysterious “Chris Coleman” twitter. An anonymous whisteblower is hiding under this pseudonym, and sometimes nicknamed “the Morrocan Snowden”. Among hundreds of documents displayed on Facebook since early October, then on Twitter, tens unveil the relationships between 4 French journalists and a Morrocan newsapper head, very close to power.

Germany’s burgeoning anti-immigrant rallies – 22/12/2014 – Al Jazeera English

A movement called Patriotic Europeans Against the Islamisation of the West (PEGIDA) continues to grow in popularity, drawing thousands of people to a series of Monday evening marches in the city of Dresden. On December 15, an estimated 15,000 people took part in PEGIDA’s march against parallelgesellschaft – a German term used to describe immigrant communities that maintain their cultural norms and don’t integrate in local society- and for their alleged « right to preserve and protect our Christian-Jewish dominated West culture ». The Dresden demonstrations have so far remained violence-free, but many are worried by the increase of public display of right-wing ideas at demonstrations in the past few months.

Israeli election could end in Arab-free Knesset – 22/12/2014 – Middle East Eye

According to some analysts the election due on 17 March might be the most crucial general election for Israel’s large Palestinian Arab minority. The background to the election was a political crisis triggered by Netanyahu’s recent efforts to introduce legislation defining Israel as the nation-state of the Jewish people. Netanyahu’s right-wing government has also succeeded in raising the electoral threshold for the next parliament, passing a law in March that raised it from 2 per cent to 3.25 per cent.The measure means that, unless they forge alliances, the three small Arab-dominated parties in the current Knesset – Balad, United Arab List and Hadash – may fail to win a single seat between them.

Tunisians fear the return of the Ben Ali era after Essebsi’s victory – 23/12/2014 – al-akhbar

Tunisia’s presidential vote has been hailed as a landmark, but some veterans of the 2011 revolution fear the victory of an 88-year-old former minister of the old guard will bring back repression.For his opponents, Beji Caid Essebsi’s win in Sunday’s runoff against incumbent Moncef Marzouki soured what was seen as the culmination of the transition to democracy in the nation that sparked uprisings across the Arab world.

 

Par Selim Bourokba

L’élection démocratique de M. Caïd Essebsi au rang de Président de la seconde République tunisienne semble conclure le premier des Printemps  arabes par un dénouement heureux.  Or le leader de 88 ans, membre de la « vieille garde », est loin de faire l’unanimité parmi les Tunisiens, d’autant qu’ils s’interrogent sur sa capacité à relever les défis sociaux, économiques et sécuritaires du pays.

Le second tour des élections présidentielles s’est déroulé dimanche 21 décembre dernier.Il opposait l’Alliance laïque menée par Béji Caïd Essebsi (BCE) et son parti Nida Tounes (« l’Appel de la Tunisie ») au président provisoire sortant, Mohamed Moncef Marzouki, chef du Parti du Congrès (PC).  M. Caïd Essebsi sort victorieux des élections avec  55,68% des suffrages (un peu plus de 1,7 millions de voix) contre 44,32 % des suffrages (plus de 1,3 millions des voix) pour son rival, selon le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), Chafik Sarsar. Si le scrutin s’est déroulé dans le calme au contraire du  climat qui a entouré la campagne présidentielle. Essebsi n’a cessé d’agiter le spectre d’une alliance PC‒Ennahdha (islamistes). Marzouki quant à lui a mis en garde le peuple contre le retour de l’ancien ordre.

Essebsi promet d'être le président de tous les Tunisiens

Béji Caïd Essebsi a largement distancé le chef de l’État sortant Moncef Marzouki avec 55,68 % des suffrages au second tour de dimanche. Fethi Belaid/AFP

Près de 5, 3 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes, tous animés d’un sentiment particulier  alors qu’ils s’apprêtaient à choisir leur président pour la première fois. La Tunisie a connu deux chefs d’Etat autoritaires entre 1956 et 2011– Habib Bourguiba de 1956 à 1987 et Zine El-Abidine Ben Ali de 1987 à 2011. Dimanche, la mobilisation a pourtant été moindre qu’au premier tour (59% contre 65%). L’abstention des jeunes a en effet été importante. Leur silence n’est rien d’autre que l’expression d’un profond désaveu de la capacité des élites politiques à faire évoluer leur pays.

Les jeunes n’ont pas apprécié qu’Essebsi, ancien ministre de Bourguiba et Ben Ali, se présente comme le sauveur providentiel, lui qui tout au long des années d’oppression a tantôt été un acteur direct, tantôt s’est drapé dans un silence complice. Nombreux aussi sont ceux qui déplorent l’adoration dont le nouveau président peut être l’objet. Si les Tunisiens sont libres, encore faut-il leur laisser le temps de saisir pleinement la signification de ce changement profond. Ce constat s’applique en particulier aux anciennes générations, majoritairement mobilisées au second tour, et dont le vote a bien montré le poids du passé dans la propension à donner sa confiance à la vieille garde. C’est tout le paradoxe du peuple tunisien, ce balancement entre émancipation et recherche de la sécurité dans la figure providentielle.

 

Au moins Essebsi élu s’est tout de suite prononcé pour le rassemblement des Tunisiens et l’apaisement avec son rival Moncef Marzouki, et Ennahdha : « Dieu a dit « unissez vous dans la compétition » » a-t-il déclaré dans l’espoir de ne plus passer pour l’ennemi de l’islam. « Permettez moi de remercier Moncef Marzouki et lui dire que le plus important, ça n’est pas ce qui s’est passé dans la campagne mais ce que l’on va faire aujourd’hui et demain pour la Tunisie ». Et son directeur de campagne Mohsen Marzouk d’appeler « toutes les forces politiques du pays à unir nos forces, pour ensemble sortir le pays de la crise actuelle car aucun parti ou individu ne peut y parvenir seul. Il faut qu’il y ait un consensus national autour des thèmes majeurs et des objectifs de la révolution. »

Pour ce faire, le nouveau leader tunisien ne devra faire aucun faux pas, sous peine de réveiller à la fois les divisions entre tenants d’un islam politique et modernistes, et les foyers de contestations toujours bien présents dans le pays. Dimanche dernier par exemple, l’annonce anticipée de la victoire du camp d’Essebsi a provoqué des  affrontements dans les rues d’El-Hamma dans le Sud, au gouvernorat de Gabès, entre forces de l’ordre et jeunes criant « Non à l’ancien régime ».

Certains voient en cet ancien ministre de l'intérieur de Bourguiba, le retour de Ben Ali  AFP PHOTO / FETHI BELAID

Certains voient en cet ancien ministre de l’intérieur de Bourguiba, le retour de Ben Ali AFP PHOTO / FETHI BELAID

Le nouveau président est loin de faire l’unanimité et devra faire attention à respecter tous les Tunisiens, y compris les sympathisants d’Ennahdha. Le chômage qui touche 15% de la population, l’absence d’avenir pour les jeunes, et les incursions de trafiquants et djihadistes par les frontières algériennes et libyenne ne lui laissent pas d’autre choix.

L’Algérie, l’Egypte, les Etats-Unis et la France ont félicité celui qui, selon eux, met officiellement un terme au Printemps. Sauf que les objectifs de la révolution sont loin d’être encore remplis, et que les Tunisiens, libres, se montreront à l’avenir beaucoup plus exigeants envers leurs dirigeants. Si BCE succombe aux tentations de corruption, clientélisme,  justice à deux vitesses, il devra s’attendre à en payer les conséquences, d’autant que le peuple saura reprendre ses droits s’il ne parvient pas à rétablir la sécurité et dynamiser l’économie.

Quant à Moncef Marzouki, il a annoncé la création d’un « Mouvement du peuple citoyen ». Son objectif officiel est de contrer tout retour de la dictature et préserver les objectifs de la révolution du 14 janvier (Liberté, justice et dignité nationale). Mais l’initiative de Marzouki risque de diviser le peuple tunisien en deux camps, celui des vainqueurs et des vaincus. Dans la perspective d’élections anticipées (Essebsi est âgé de 88 ans) Marzouki manifeste clairement ses intentions de retrouver rapidement son ancien poste. Mais de nouvelles divisions dans ce climat tendu sont le meilleur moyen de ne pas accomplir les objectifs de la révolution.

SOURCES

L’Orient le Jour, La Tunisie, entre paradoxe et pragmatisme, 23 décembre 2014

http://www.lorientlejour.com/article/902300/la-tunisie-entre-paradoxe-et-pragmatisme.html

L’Orient le jour, Essebsi promet d’être « le président de tous les Tunisiens », 29 décembre 2014

http://www.lorientlejour.com/article/902299/essebsi-promet-detre-le-president-de-tous-les-tunisiens-.html

Al akhbar English, Tunisians fear the return of the Ben Ali era after Essebsi’s victory, 23 décembre 2014

http://english.al-akhbar.com/content/tunisians-fear-return-ben-ali-era-after-essebsis-victory

Le Figaro, Béji Caïd Essebsi, le nouveau président de la Tunisie, appelle à l’unité, 22 décembre 2014

http://www.lefigaro.fr/international/2014/12/22/01003-20141222ARTFIG00226-beji-caid-essebsi-le-nouveau-president-de-la-tunisie-appelle-a-l-unite.php

 

La Presse, La ville d’El-Hamma, complètement paralysée, 22 décembre 2014

http://www.lapresse.tn/22122014/93125/la-ville-d-el-hamma-completement-paralysee.html

 

Le Monde, Béji Caïd Essebsi promet d’être « le président de tous les Tunisiens », 23 décembre 2014

http://www.lemonde.fr/tunisie/article/2014/12/22/les-deux-camps-revendiquent-la-victoire-en-tunisie.html

 

Nawaat , Aux obnubilés d’Essebsi ,  19 décembre 2014

http://nawaat.org/portail/2014/12/19/aux-obnubiles-dessebsi/

 

 

 

 

By Barbara Gianessi

When European Union’s foreign policy chief, Federica Mogherini, paid a high profile visit to Turkey last week she raised the hopes of those who urge for a renewed relationship between the EU and Turkey. This meeting, just one month after Mogherini’s appointment, was interpreted as a demonstration of good-will to enhance EU partnership with Ankara, which for a long time has been in a state of inertia. During her visit, Ms. Mogherini called for a stronger “alignment on foreign policy” with Turkey, stressing the importance of a closer cooperation in the fight against the Islamic State (IS) militants and on EU sanctions against Russia. During her stay in Turkey Mogherini visited also the refugee camps in Gaziantep, on the Turkish-Syrian border, pledging 85 million $ of additional refugee assistance[1].

Internal dimensions and international spillovers

Less than one week after this meeting, which was presented as constructive by both sides, the political environment between Brussels and Ankara has already frozen. In fact, on the 15th of November Ms Mogherini sharply criticised President Recep Tayyip Erdoğan’s operation against two opposition media: Turkish most-read newspaper – Zaman –  and a national television – Samanyolu TV channel. The two headquarters were raided by the police on Sunday December 14th and around 27 journalists were arrested, as believed to be too close to Islamic cleric Fethullah Gulen[2]. Gulen was a former ally of Erdoğan against the country’s secular military and political elite and he is also the spiritual leader of the Hizmet movement (“Service”), an organization with no formal structure but counting several millions of followers, spread across more than 150 countries. In the past few years a power struggle between the two emerged and Gulen, who lives in self-imposed exile in the US, is now accused of attempting to run a « parallel state » within Turkey thanks to his social and political influence and its “partisan” media[3].

© Ozan Kose /AFP - Getty Images | Ekrem Dumanli, editor-in-chief of Turkey's top-selling newspaper Zaman, waves to staff members, while being arrested by counter-terror police at the newspaper's headquarters in Istanbul on Dec. 14.

© Ozan Kose /AFP – Getty Images | Ekrem Dumanli, editor-in-chief of Turkey’s top-selling newspaper Zaman, waves to staff members, while being arrested by counter-terror police at the newspaper’s headquarters in Istanbul on Dec. 14.

Commenting over the raids against Turkish journalists, Ms Mogherini stated that the operation goes “against the European values and standards Turkey aspires to be part of », reminding to Ankara that any move towards EU membership depended on « full respect for the rule of law and fundamental rights »[4]. Erdoğan replied that he had “no concern about what the EU might say or whether the EU accepts [Turkey] as member or not”, concluding that the “EU could keep its wisdom to itself”[5]. Erdoğan’s caustic answer surely raise an inevitable question: is Turkey adhesion to the EU still on the table?[6]
Turkey represents the only case of an EU membership process that has lasted over a decade. In fact, Ankara submitted its official application in 1987, but it was not until 2005 that it officially began negotiating the accession criteria. Despite ten years of consultations, at the end of 2014 just 14 out of 35 chapters had been opened and only one (science and research) has been closed. Several vetoes by the European council, France and the Republic of Cyprus have meant that many chapters of the negotiations are frozen[7]. Besides, the euro zone crisis at a time when the Turkish economy continued to perform well led Ankara government to become more and more dubious about its interest in becoming an EU member[8].

 

The changing system alliances and its consequences for Europe

The emergence of the group of the Islamic State (IS) and its destabilising effects in Syria and Iraq, as well as the risk of European foreign fighters’ return to their own countries, has stimulated closer engagement with Erdoğan’s government to find ways and means to face this new challenge[9]. Turkey is also fundamental for Europe to diversify its energy supplies. This is particularly true after the worsening of the Ukrainian crisis and Moscow’s decision to cancel the South Stream gas project that would have brought Russian gas to Western Europe through Bulgaria[10].

High Representative of the European Union for Foreign Affairs and Security Policy Federica Mogherini speaks during a press conference after their meeting at the Ankara Palace on December 8| © AFP Photo / Adem Altan

High Representative of the European Union for Foreign Affairs and Security Policy Federica Mogherini speaks during a press conference after their meeting at the Ankara Palace on December 8| © AFP Photo / Adem Altan

But it is undeniable that Erdoğan and his European counterparts are still deeply divided in their foreign policy priorities. Regarding the ongoing crisis in Ukraine, the EU is trying in vain to persuade Erdoğan to join Western sanctions against Russia. On the contrary, during a recent summit, Putin and Erdoğan pledged to triple their bilateral trade by 2020[11]. Moreover, in the fight against the group of the Islamic State, Turkey has been reluctant to take part in the US-led coalition in Iraq and Syria. This might be related to the fact that hundreds of Turks are suspected to be fighting alongside IS in Syria and the group is also feared to have sleeper cells in Turkey[12]. Beside, Turkey’s worrisome human rights record, especially Erdoğan’s zero tolerance for criticism as demonstrated by the repression against Gezi street protests in 2013 and this recent intimidation of opposition journalists, have transformed Ankara in a thorny partner for Europe[13].

Erdoğan’s consolidation of his authoritarian political power has proceeded in parallel with Turkey’s estrangement from Europe, benefiting Russian President Vladimir Putin, with whom he shares a similar disregard toward pluralism and human rights. Nevertheless, even if Turkey admission to the EU in the foreseeable future seems improbable, Turkey right now is too important for Europe to let Erdoğan’s megalomaniac political project blast away any future hope for cooperation.

References: 

[1] Al Monitor, Will Turkey, EU relations improve after Mogherini visit?, 11th December 2014

[2] Al Jazeera, Turkey criticised for detaining journalists, 15th December 2014

[3] The timing of these arrests would not be coincidental: exactly one year ago the biggest corruption scandal in Turkish modern history exploded, targeting Erdoğan and his inner circle. Four ministers were forced to resign and it was widely believed that the government wouldn’t survive. Erdoğan and officials from ruling Justice and Development (AK) Party have at various times claimed that last December’s corruption investigations were a plot by the Gulenists to topple the government. See BBC News, Turkey media arrests: Mogherini leads EU criticism, 14th December 2014

[4] BBC News, Turkey media arrests: Mogherini leads EU criticism, 14th December 2014

[5] Reuters, Turkey’s Erdoğan says media raids a response to ‘dirty’ plot, 15th December 2014

[6] The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15th December 2014

[7] Its application was rejected by the European Commission in 1989 due to what were considered as grave democratic deficiencies. Nevertheless, unlike Morocco – whose application was rejected the same year – the EC stated that Turkey was eligible for full Eu membership. The expectation rose in 1996 when Turkey entered the EU customs union, which appeared as a preliminary step to full Eu membership. See Nathalie Tocci

[8] Nathalie Tocci, Turkey and the European Union: A Journey in the Unknown, Brookings, Turkey Project Policy Paper N. 5, Novembre 2014

[9] Al Monitor, Will Turkey, EU relations improve after Mogherini visit?, 11th December 2014

[10] The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15th December 2014

[11] Middle East Eye, Are Turkey and the EU rekindling their love? 15th December 2014

[12] Al Arabiya News, Doubts linger over Turkey’s stance on fighting ISIS, 27th September 2014

[13] The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15th December 2014

 

Par Barbara Gianessi

Lors de sa visite en Turquie la semaine dernière, la chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, a suscité l’espoir de ceux qui plaident en faveur d’une nouvelle relation entre l’UE et la Turquie. Cette réunion, un mois seulement après la nomination de Mme Mogherini, a été interprétée comme une démonstration de bonne volonté pour renforcer le partenariat de l’UE avec Ankara, qui pendant longtemps est restée dans un état d’inertie. Lors de sa visite, Mme Mogherini a appelé à un “alignement plus fort sur la politique étrangère » avec la Turquie, soulignant l’importance d’une coopération plus étroite dans la lutte contre les militants de l’État islamique (IS) et concernant les sanctions de l’UE contre la Russie. Pendant son séjour en Turquie, Mogherini a visité également des camps de réfugiés à Gaziantep, sur la frontière turco-syrienne, promettant 85 millions de dollars d’aide supplémentaire aux réfugiés[1].

Dimensions internes et retombées internationales

Moins d’une semaine après cette réunion, qui a été présentée comme constructive par les deux parties, le climat politique entre Bruxelles et Ankara est déjà gelé. En effet, le 15 Novembre, Mme Mogherini a durement critiqué l’opération du président Recep Tayyip Erdoğan contre deux médias d’opposition : le journal le plus lu en Turquie – Zaman – et une télévision nationale – Samanyolu TV. Les deux salles de presse ont été perquisitionnés par la police le dimanche 14 décembre et environ 27 journalistes ont été arrêtés, considérés comme trop proches du religieu musulman Fethullah Gülen[2]. Gülen est un ancien allié d’Erdoğan contre les militaires et l’élite politique laïque du pays et il est aussi le chef spirituel du mouvement Hizmet («Service»), une organisation sans structure formelle, mais dont les adeptes se comptent par millions, répartis sur plus de 150 pays. Au cours des dernières années, une lutte de pouvoir entre les deux a émergé et Gulen, qui vit en exil auto-imposé aux États-Unis, est maintenant accusé d’avoir tenté de créer un « État parallèle » au sein de la Turquie grâce à son influence sociale et politique et ses médias “partisans”[3].

© Ozan Kose /AFP - Getty Images | Ekrem Dumanli, editor-in-chief of Turkey's top-selling newspaper Zaman, waves to staff members, while being arrested by counter-terror police at the newspaper's headquarters in Istanbul on Dec. 14.

© Ozan Kose /AFP – Getty Images | Ekrem Dumanli, editor-in-chief of Turkey’s top-selling newspaper Zaman, waves to staff members, while being arrested by counter-terror police at the newspaper’s headquarters in Istanbul on Dec. 14.

Se prononçant sur les raids contre des journalistes turcs, Mme Mogherini a déclaré que l’opération va « contre les valeurs européennes et les normes auxquels la Turquie aspire à adhérer », rappelant à Ankara que toute tentative d’adhésion à l’UE dépendait du « plein respect de l’Etat de droit et des droits fondamentaux »[4]. Erdoğan a répondu qu’il n’ avait « aucune inquiétude sur ce que l’UE pourrait dire ou si l’UE accepte [la Turquie] en tant que membre ou non », concluant que “l’UE pouvait garder sa sagesse pour elle-même”[5]. La réponse grinçante d’Erdoğan soulève une question inévitable : l’adhésion de la Turquie à l’UE est-elle toujours d’actualité ?[6]

La Turquie représente le seul cas d’un processus d’adhésion à l’UE qui a duré plus d’une décennie. En fait, Ankara a présenté sa demande officielle en 1987, mais ce n’est qu’en 2005 qu’il a officiellement commencé à négocier les critères d’adhésion. Malgré dix années de consultations, à la fin de 2014 seulement 14 des 35 chapitres ont été ouverts et un seul (science et recherche) a été conclu. Plusieurs vétos par le Conseil européen, la France et la République de Chypre ont abouti au gel de plusieurs chapitres des négociations[7]. En outre, la crise de la zone euro dans un moment où l’économie turque a continué à monter a augmenté le scepticisme du gouvernement d’Ankara sur les avantages de devenir membre de l’UE[8].

 

Les changements des alliances et ses conséquences pour l’Europe

L’émergence du groupe de l’État islamique (EI) et ses effets déstabilisateurs en Syrie et en Irak, ainsi que le risque de retour dans leur pays des combattants étrangers européens, a stimulé un engagement plus proche avec le gouvernement d’Erdoğan pour trouver les moyens de faire face à ce nouveau défi[9]. La Turquie est également fondamentale pour l’Europe pour diversifier ses approvisionnements énergétiques. Cela est particulièrement vrai après l’aggravation de la crise ukrainienne et la décision de Moscou d’annuler le projet de gazoduc South Stream, qui aurait apporté le gaz russe vers l’Europe occidentale à travers la Bulgarie[10].

High Representative of the European Union for Foreign Affairs and Security Policy Federica Mogherini speaks during a press conference after their meeting at the Ankara Palace on December 8| © AFP Photo / Adem Altan

High Representative of the European Union for Foreign Affairs and Security Policy Federica Mogherini speaks during a press conference after their meeting at the Ankara Palace on December 8| © AFP Photo / Adem Altan

Mais il est indéniable qu’Erdoğan et ses homologues européens sont encore profondément divisés dans leurs priorités de politique étrangère. En ce qui concerne la crise en cours en Ukraine, l’UE tente en vain de convaincre Erdoğan de se joindre aux sanctions occidentales contre la Russie. Au contraire, lors d’un récent sommet, Poutine et Erdoğan se sont engagés à tripler leur commerce bilatéral en 2020[11]. En outre, dans la lutte contre le groupe de l’État islamique, la Turquie a été réticente à prendre part à la coalition menée par les USA en Irak et Syrie. Cela pourrait être lié au fait que des centaines de Turcs sont soupçonnés de se battre à côté de l’EI en Syrie et le groupe est également craint d’avoir des cellules dormantes en Turquie[12]. A côté, l’ inquiétante situation des droits humains de la Turquie, notamment la tolérance zéro de Erdoğan pour la critique comme en témoigne la répression contre les manifestations de rue de Gezi en 2013 et les intimidations récentes de journalistes de l’opposition, ont fait d’Ankara un partenaire épineux pour l’Europe[13].

La consolidation du pouvoir politique autoritaire d’Erdoğan s’est fait en parallèle avec l’éloignement de la Turquie de l’Europe, qui a profité au président russe Vladimir Poutine avec lequel Erdoğan partage un mépris similaire pour le pluralisme et les droits humains. Néanmoins, même si l’adhésion de la Turquie à l’UE dans un future proche semble improbable, Ankara est actuellement trop importante aux yeux de l’Europe pour laisser le projet politique mégalomane d’Erdoğan éloigner tout espoir d’avenir pour la coopération.

 Sources:

[1] Al Monitor, Will Turkey, EU relations improve after Mogherini visit?, 11 décembre 2014

[2] Al Jazeera, Turkey criticised for detaining journalists, 15 décembre 2014

[3] Le calendrier de ces arrestations ne serait pas une coïncidence: il y a exactement un an, le plus grand scandale de corruption de l’histoire moderne turque a explosé, ciblant Erdoğan et son entourage. Quatre ministres ont été forcés de démissionner et il avait été largement admis que le gouvernement n’aurait pas pu survivre. Erdoğan et des fonctionnaires de la Justice et du Développement au pouvoir (AKP) ont à plusieurs reprises affirmé que les enquêtes de décembre dernier de corruption étaient un complot ourdi par les Gulenists pour renverser le gouvernement.

[4] BBC News, Turkey media arrests: Mogherini leads EU criticism, 14 décembre 2014

[5]Reuters, Turkey’s Erdoğan says media raids a response to ‘dirty’ plot, 15 décembre 2014

[6] The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15 décembre 2014

[7] Sa demande a été rejetée par la Commission européenne en 1989 en raison de ce qui était considéré comme des lacunes démocratiques graves. Néanmoins, contrairement au Maroc – dont la demande a été rejetée la même année – la CE a déclaré que la Turquie était admissible à l’adhésion à l’UE. L’attente a augmenté en 1996 lorsque la Turquie a rejoint l’Union douanière de l’UE, ce qui est apparu comme une étape préliminaire à l’adhésion à l’UE. Voire Nathalie Tocci

[8]Nathalie Tocci, Turkey and the European Union: A Journey in the Unknown, Brookings, Turkey Project Policy Paper N. 5, novembre 2014

[9]Al Monitor, Will Turkey, EU relations improve after Mogherini visit?, 11 décembre 2014

[10]The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15 décembre 2014

[11] Middle East Eye, Are Turkey and the EU rekindling their love? 15 décembre 2014

[12]Al Arabiya News, Doubts linger over Turkey’s stance on fighting ISIS, 27 septembre 2014

[13] The Guardian,  Can Turkey under Erdoğan any longer be deemed a reliable western ally?, 15 décembre 2014

 

Revue de presse

Du 13 au 19 décembre

Le champ de bataille des universités égyptiennes – 16/12/2014 – orientxxi

Depuis la rentrée d’octobre, les universités égyptiennes sont une cible privilégiée de la répression. Avec des lois de plus en plus sévères, les étudiants peuvent désormais être accusés de terrorisme et ainsi être jugés par des tribunaux militaires. Les mobilisations se poursuivent toutefois, alors que la division entre les soutiens du président destitué Mohamed Morsi et les étudiants opposés aux Frères musulmans rendent difficile une action unie.

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Press review

 13th – 19th December

The Battlefield of Egyptian Universities – 16/12/2014 – OrientXXI

Since the beginning of October, Egyptian universities have become the favourite target of the government repression. With laws which have become the more and more strict, students can now be accused of terrorism and thus be tried by military courts. However, the demonstrations continue, while the division between supporters of ousted President Mohamed Morsi and students opposed to the Muslim Brotherhood make it difficult to unifie the opposition efforts.

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The Battlefield of Egyptian Universities – 16/12/2014 – OrientXXI

Since the beginning of October, Egyptian universities have become the favourite target of the government repression. With laws which have become the more and more strict, students can now be accused of terrorism and thus be tried by military courts. However, the demonstrations continue, while the division between supporters of ousted President Mohamed Morsi and students opposed to the Muslim Brotherhood make it difficult to unifie the opposition efforts.

EU Parliament Backs Palestinian State ‘in Principle’ – 17/12/2014 – The Guardian

Israel has been hammered by a series of diplomatic rebuffs across Europe after the European parliament voted overwhelmingly for qualified recognition of the Palestinian state. The vote on Wednesday came on the same day as a meeting of signatories to the Geneva conventions warned that Israel must respect international humanitarian law in the occupied Palestinian territories.

EU Court takes Hamas off Terrorist Organisations List – 17/12/2014 – BBC News

A top court of the European Union has annulled the bloc’s decision to keep the Palestinian Islamist movement Hamas on a list of terrorist groups. The judges found the decision had been based not on an examination of Hamas’ actions, but on « factual imputations derived from the press and the internet ». It said a funding freeze on the group would continue for the time being.

Tunisia – Aziz Krichen : « Marzouki is the slave of his own consuming passion of power » – 17/12/2014 – Jeune Afrique

A few days before the second round of presidential elections scheduled on December 21, Krichen Aziz, former minister-counselor for political affairs of Moncef Marzouki, analyzes the recent changes in the Tunisian political scene. His opinion: « Tunisia needs serenity, not a situation of permanent squabble ». Interview.

Expanding defense budgets feed fears of Middle East arms race – 17/12/2014 – Al Monitor

A new report by the Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) on arms-producing companies offers insight into the Middle East. According to this report Middle Eastern countries spent about $170 billion on defense in 2013 and military experts feel that, although the decline in oil prices could negatively affect their defense expenditures, the armament race in the Middle East is likely to continue at an increasing pace.

parlement europ

© SIPA | The Euopean Parliament backs the compromise motion on Palestine by 498 votes to 88 on December 17th