11/12/2014

Liban, vers une prochaine élection présidentielle ?

Par Selim Bourokba, Institut MEDEA

L’impasse présidentielle qui déstabilise le pays depuis le 25 mai dernier pourrait bien trouver une issue prochaine. En effet, les annonces de dialogue entre le bloc du Futur mené par Saad Hariri et le Hezbollah ont suscité ces derniers jours de nouveaux espoirs, tandis que la Russie, l’Iran, la France et l’Union Européenne réaffirment leur volonté que le Liban retrouve sa stabilité politique, en dépit des divergences persistantes sur les dossiers syrien et ukrainien.

L'ancien premier ministre libanais Saad Hariri AFP

L’ancien premier ministre libanais Saad Hariri | ©AFP

Cela fait bientôt sept mois que la crise politique libanaise a débuté, et que les deux principaux partis chrétiens, les Forces Libanaises de Samir Geagea et le Courant Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun, ne parviennent pas à s’accorder sur la désignation d’un successeur à Michel Sleiman. La crise a atteint un nouveau sommet le 5 novembre, quand les députés libanais ont voté à une large majorité la prorogation du mandat du Parlement jusqu’au 20 juin 2017, sans même consulter les Libanais.

La situation semble toutefois sur le point de se débloquer, alors que se profile un dialogue entre le Futur et le Hezbollah, prévu au début de l’année prochaine. La perspective d’une détente entre sunnites et chiites remobilise les partis chrétiens, lesquels reconnaissent que le débat devra aussi porter sur les dossiers importants en suspens, comme celui de la loi électorale.

Mettre fin à la vacance du pouvoir présidentiel renforcerait le crédit et la légitimité de l’Etat libanais à l’intérieur comme à l’extérieur. La sortie de crise est urgente au moment où la situation humanitaire désastreuse, le déséquilibre démographique et confessionnel provoqué par l’afflux massif de réfugiés syriens désœuvrés, fait craindre un débordement du conflit syrien au Liban. Le chaos syrien s’est dans une certaine mesure déjà infiltré au pays des cèdres suite à l’engagement du Hezbollah aux côtés du régime alaouite. Les combats entre chiites et sunnites ont particulièrement fait rage à Tripoli, fin octobre. Début août à Ersal (Bekaa), des combats meurtriers ont également opposé l’armée soutenue par le Hezbollah à des groupes djihadistes du Front al-Nosra. La population sunnite libanaise déplore la faiblesse de l’armée et son recours au soutien du Hezbollah. Pour une partie, le sentiment d’une collusion entre Damas, Washington et Téhéran à leur encontre est prégnant.

Dans ce contexte, tout dialogue semblait récemment encore impossible entre le Futur et le Hezbollah. Les premiers contestent l’impuissance de l’Etat libanais, incapable d’empêcher le Hezbollah d’intervenir en Syrie. Saad Hariri et ses partisans dénoncent la mise en danger de l’Etat par le Hezbollah. Dans un sens leurs craintes n’étaient pas infondées, en témoigne l’importance des moyens déployés dans la dernière offensive djihadiste à la frontière libano-syrienne. Au contraire, le Hezbollah justifie son intervention par la défense du Liban, de son intégrité territoriale et de son équilibre confessionnel. Les incursions des djihadistes dans la Bekaa et leur présence dans les montagnes du nord-est constituent aussi un risque non négligeable pour le Liban.

M. Giraut reçu hier en soirée par Walid Joumblatt en présence du fils de ce dernier, Taymour, et du député Henry Hélou, candidat à la présidence. Photo Ani

M. Giraut reçu hier en soirée par Walid Joumblatt en présence du fils de ce dernier, Taymour, et du député Henry Hélou, candidat à la présidence | © Ani

Dès lors, ce 10 décembre, la détente des leaders sunnites et chiites a eu pour corolaire celle de leurs homologues chrétiens. Suite à un entretien avec M. Girault, directeur du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay, et après la médiation vaticane opérée par le patriarche Mgr Raï,  Michel Aoun a implicitement invité son rival Samir Geagea à négocier. Le chef du CPL a cependant veillé à insister sur le caractère « libanais de la présidentielle ». En d’autres termes, pas question de discuter de l’implication du Hezbollah en Syrie.

La « libanisation » des négociations semble ainsi être un préalable essentiel à l’élection d’un nouveau  président. L’appel de M. Girault à « tirer profit de l’ambiance positive chez certains Etats influents » est l’aveu que le contexte international est en ce moment à la détente. L’envoyé russe Mikhaïl Bogdanov multiplie les visites au Liban, et d’après l’ancien ministre phalangiste Sélim Sayegh « même les Iraniens estiment que l’affaire de la présidentielle n’est pas exclusivement chrétienne, et que tout le peuple doit s’y associer, ce qui nous met face à une évolution intéressante ».  Le dernier obstacle à l’établissement d’un consensus durable résiderait, toujours d’après M. Sayegh, dans la recherche d’un troisième candidat chrétien à la présidence. « Ni Aoun ni Geagea », mais alors qui ? Amine Gemayel, fils du fondateur des Kataëb, serait pressenti.

Les acteurs de la scène politique libanaise et la communauté internationale doivent absolument saisir cette occasion pour  trouver une issue consensuelle. L’entrée du conflit syrien dans sa quatrième année, et la perspective d’une installation durable de ses réfugiés au Liban exigent de résoudre une crise qui pourrait, si rien n’est fait, déstabiliser une fois de plus le fragile équilibre communautaire.

Sources

http://www.lorientlejour.com/article/899485/le-dialogue-futur-hezbollah-passerelle-vers-la-relance-politique.html

http://www.lorientlejour.com/article/898948/geagea-souligne-la-necessite-et-les-faiblesses-du-dialogue-courant-du-futur-hezbollah.html

http://www.lorientlejour.com/article/899485/le-dialogue-futur-hezbollah-passerelle-vers-la-relance-politique.html