20/02/2015

Quelle est l’efficacité des techniques utilisées par l’Etat islamique ?

Par Yasmine Sadriisis1_Reuters

Lorsque l’on prend en considération la menace représentée par l’Etat islamique, il est important d’analyser leurs techniques ainsi que l’influence qu’elles ont à l’échelle mondiale. Nous savons que l’usage de propagande a longtemps été d’usage en temps de guerre. Le groupe rebelle Djihadiste EIIL (Etat Islamique en Iraq et au Levant) estime avoir été appelé légitimement par Allah afin d’établir un califat. Convaincus par cette légitimité, ils ont menés une propagande plus brute, visuellement violente et dérangée. Les décapitations filmées, par exemple, ont su, simultanément, attirer l’attention tout en provoquant des émois dans le monde occidental. Une analyse plus poussée nous montre qu’EIIL distingue deux publics selon lesquels elle adapte son message. D’une part, le public « domestique » qui se compose du monde musulman. Ici, EIIL oriente sa propagande afin de recruter des combattants en dressant un portrait du Jihad sophistiqué, viril et fort. Jusqu’à présent leurs techniques de propagande semblent fructueuses : La CIA a estimée en septembre 2014 qu’EIIL avait recruté plus de 30 000 membres à l’échelle mondiale. D’autre part, EIIL s’adresse à un second public de l’Occident. Dans ce cas-là, sa technique consistera davantage à montrer sa supériorité et à attirer des combattants étrangers. La communication est la clé de recrutement de ces combattants, elle repose généralement sur des motifs religieux. Elle vise des jeunes avec peu ou pas d’éducation religieuse. Leur récit repose sur « une nation pour tous les musulmans »

Un grand nombre d’européens soutenant l’Etat islamique est musulman de naissance, certains sont des convertis. Quelques explications possibles afin d’expliquer le ralliement à ce groupe rebelle sont la crise économique que traverse l’Europe, les phénomènes d’exclusion sociale, les tensions religieuses et politiques, et tant d’autres frustrations. Ces éléments incitent ces personnes à s’enfuir et à rejoindre une cause, dans ce cas-ci : créer un état mondial musulman. Beaucoup de recrues en provenance d’Europe sont retournées dans leur pays d’origine. La France et la Belgique ont été la cible d’attentats commis par des jeunes combattants syriens de retour. Le plus grand danger est que ces recrues bénéficient d’une liberté, étant titulaires d’un passeport dans l’espace Schengen, leur permettant de circuler librement au sein de l’Union européenne sans aucun contrôle. A chaque « victoire », EIIL gagne plus de contrôle sur l’Occident. Aussi, selon Carnegie Europe,  grâce à l’utilisation d’une campagne de marketing intensive menée sur les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Youtube, EIIL poursuit trois objectifs en parallèle.  Tout d’abord, celui de « menacer et de terroriser le public occidental », ensuite celui de « faire de la propagande à des fins de recrutement » et, enfin, celui « d’intimider les populations des territoires que le groupe veut conquérir. »

Peut-être l’un des aspects les plus alarmants d’EIIL, est sa capacité croissante à financer ses propres opérations via l’utilisation de mob-techniques. Cette facilité à s’auto-financer est due à un mélange d’enlèvements et d’activités génératrices de profits dans le domaine du pétrole, contrôlé par EIIL. Les premiers grands financements d’EIIL proviennent des bailleurs de fonds du Koweït, du Qatar et d’autres pays du golfe. En effet, les extrémistes de ces états continuent à faire des dons ais les rapports de lutte anti-terroriste révèlent que la majeure partie du financement de ce groupe émane de l’intérieur. « L’écrasante majorité de leur argent provient d’activités criminelles comme les braquages de banque, l’extorsion, les vols et la contrebande. » a déclaré un responsable américain de la lutte anti-terroriste. « Ils obtiennent de l’argent de donateurs extérieurs mais ce n’est rien en comparaison à leur auto-financement. » Nous pouvons ajouter à cela l’effondrement de l’armée irakienne après l’offensive surprise d’EIIL plus tôt cette année, qui a fait tomber des grandes villes aux mains des insurgés. Ces troupes ont laissé derrière elles une grande quantité de véhicules américains, des armes, des munitions et autres fournitures militaires, désormais aux mains d’EIIL. Juan Zarate, assistant et ex-adjoint conseiller du président et adjoint pour la sécurité nationale pour la lutte contre le terrorisme conclut en disant « C’est le pire de tous les mondes, un financement externes de riches donateurs extérieurs, parrainé par l’Etat à travers le golfe persique, combiné d’une aptitude à mobiliser de grandes sommes d’argent au niveau local. » L’Etat auto-proclamé est soupçonné d’avoir un budget de 2 milliards de dollars en 2015 avec un surplus de 250 millions de dollars en guise de « protection contre l’Occident. » (IB Times)

En ce qui concerne les différentes méthodes utilisées par ce groupe, l’enlèvement est le plus fréquent. David Cohen, sous-secrétaire du Trésor pour le terrorisme et les renseignements financiers aux Etats-Unis, a indiqué que l’intervention croissante de l’Occident a poussée EIIL à commettre de plus en plus d’enlèvements. « Mis à part le terrorisme d’état, le paiement de rançon est la plus grande source de financement du terrorisme aujourd’hui. » dit-il. Juan Zarate ajoute que ces faits sont assez dangereux et que le groupe est en train de gagner du terrain. Le New York Times a rapporté en août 2014 que l’Etat islamique ainsi que d’autres groupes extrémistes ont recueilli environ 125 million de dollars grâce aux enlèvements. La menace contre deux ressortissants japonais a été la première où EIIL a réclamé une rançon. Dans le cas de James Foley, qui a été assassiné le 19 août 2014, EIIL avait déclaré qu’il serait assassiné si les USA ne décidaient pas de mettre fin à leur frappes aériennes. Nous pouvons noter ici que le groupe a d’abord tenté de faire profit grâce aux enlèvements. Ce qui peut être un signe d’urgence et de nécessité financière dû à l’insuffisance de leurs autres sources de revenus. Ici, nous pouvons noter que les autres techniques utilisées par EIIL ne sont pas fiables à long terme.

Le président Obama confirme cette hypothèse dans une interview sur CNN il déclare : «Quand vous regardez EIIL, il n’y’a pas de stratégie gouvernementale. Ils peuvent parler de la mise en place d’un nouveau califat mais en aucun cas ils sont capables d’éduquer, de palier aux besoins des citoyens ou même d’organiser une société qui fonctionnerait. » Aujourd’hui, l’Etat islamique continue à détenir de grands territoires en Irak et en Syrie. L’ingrédient le plus important de leur succès à long terme est d’obtenir le soutien des populations locales. Mais l’histoire nous montre que leur puissance découle principalement de la peur. Par exemple à Raqqa, où se trouve le siège du groupe rebelle on assiste à des décapitations publiques. La plus grande faiblesse d’EIIL à l’heure d’aujourd’hui est son incapacité à soutenir un gouvernement qui fonctionne ainsi qu’une économie prolifique. Dès lors, l’idée de l’Etat islamique comme alternative aux gouvernements irakiens ou syriens n’est pas plausible. Les rapports sur la pauvreté, l’inflation, les pénuries d’eau et les pannes d’électricité sont en constante croissance dans les villes irakiennes.

En outre, comme EIIL regroupe une partie importante des sunnites irakiens et les met en danger il leur octroi en contrepartie une formation pour contrer l’Occident. En s’engageant dans des atrocités contre les sunnites, par exemple, EIIL ouvre une fenêtre d’opportunité pour les gouvernements occidentaux et d’autres puissances régionales afin d’arrêter les activités du groupe et la responsabilité de protéger. L’intenable et illicite modus operandi d’EIIL combiné à cette terreur, a mis à rude épreuve le groupe. Pourtant, environ un tiers de la Syrie reste la propriété de l’Etat islamique, alors l’Occident ne peut pas rester spectateur et attendre que d’autres états soient conquis. Il doit prendre des mesures. Les Etats-Unis savent qu’il ne faut pas trop en attendre de la part des zones touchées car l’armée syrienne s’est dissipée. Les techniques utilisées par EIIL les ont désolidarisés d’anciens sponsors et alliés. Ils investissent des milliards de dollars pour voir le groupe rebelle se détruire. Nous pouvons ainsi remettre en question l’efficacité de cet Etat islamique. Pendant combien de temps vont-ils encore pouvoir survivre grâce à leur arme la plus puissante : la peur ?