20/03/2015

Israël a voté contre la paix et sa sécurité

Par Geoffroy d’Aspremont.

Benjamin Netanyahou a remporté ce 17 mars les élections qu’il avait lui-même convoquées. Outre les 30 sièges obtenus par son parti, le Likoud, les partis de droites et d’extrêmes droites obtiennent une large et confortable majorité, alors que la gauche végète toujours. Les listes arabes, enfin unies, auront finalement été la seule surprise de ces élections avec l’obtention de 14 sièges. Si Netanyahou peut se réjouir de sa victoire, Israël s’enfonce chaque jour un peu plus dans le sectarisme et voit s’éloigner encore un peu plus la perspective de vivre un jour en paix dans la région. Il serait temps qu’européens et américains reconsidèrent sérieusement leurs relations avec cet état paranoïaque en perte de valeurs démocratiques, dans leurs intérêts, celui d’Israël et celui de la région.

La logique de Netanyahou a été d’une efficacité redoutable : insister encore et toujours sur la sécurité, faire peur, en désignant les étrangers, les arabes, les iraniens, les non-juifs comme des menaces existentielles pour l’état hébreu et le peuple juif, comme il le fait depuis qu’il est premier ministre, propageant ainsi chaque jour un peu plus la haine de l’autre au sein de sa population. La campagne électorale a en effet été caractérisée par des propos de plus en plus haineux, tels que ceux proférés par le ministre des affaires étrangères, Avigdor Liebermann, qui indiquait « que ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache », rappelant des propos tenus en 2013 par le ministre de l’économie, Naftali Bennett qui se félicitait d’avoir « tué beaucoup d’arabes dans (sa) vie, aucun problème avec ça ». Non seulement ces propos sont choquants de la part de responsables politiques d’un pays qui se prétend « la seule démocratie de la région », mais leur récurrence et leur banalisation semblent montrer un certain repli sur soi d’une grande partie de la société israélienne et un profond mépris des valeurs démocratiques.

Benjamin Netanyahou, par son idéologie de rejet, sa politique expansionniste et guerrière, sa rhétorique de la peur et son obsession sécuritaire, est évidemment le grand responsable de l’affaiblissement des valeurs démocratiques en Israël. Il est le principal responsable de l’extrémisme qui gagne du terrain non seulement en Israël, mais aussi du côté palestinien dont les conditions de vie se sont fortement détériorées à cause de ses politiques (blocus, colonisation, expropriation, bombardements, destructions massives) et dont les espoirs de vivre un jour libres sur leur terre semblent s’éloigner, les jetant chaque jour plus nombreux dans les bras des fondamentalistes. Oser s’offusquer ensuite de la popularité du Hamas tient de la malhonnêteté intellectuelle dont Netanyahou use et abuse, avec la complaisance benoite de trop nombreux dirigeants occidentaux.

Si on peut comprendre que le traumatisme de l’extermination des juifs d’Europe par le régime nazi a rendu les israéliens extrêmement vigilants concernant leur survie et donc leur sécurité, ce traumatisme est devenu aujourd’hui une véritable paranoïa sécuritaire qui justifie aux yeux de beaucoup d’entre eux tant l’occupation, la colonisation des territoires occupés et les discriminations infligées aux palestiniens que les crimes perpétrés régulièrement par l’armée israélienne. Cette paranoïa, Netanyahou a su l’utiliser avec brio pour assurer sa réélection, et donc la poursuite de ses politiques néfastes, voire très néfastes, dépendant des alliés qu’il choisira pour gouverner, non seulement pour les palestiniens, mais surtout pour la pérennité de l’état hébreu.

En effet, il est sot de croire qu’Israël, entouré de pays arabes chaque jour plus en proie aux fondamentalistes, obtiendra la paix avec tous les états et peuples de la région, seul et unique gage de sécurité à long terme, en suivant le chemin que trace Netanyahou. Il l’a bien affirmé à la fin de la campagne électorale, il ne veut pas d’état palestinien.  Il ne souhaite donc aucunement la paix, car celle-ci le forcerait à renoncer aux territoires qu’Israël a conquis par la guerre et colonise au détriment des habitants originels de la région, les arabes, en violation totale des règles qui régissent le droit international mais qu’il justifie pour des motifs idéologiques et sécuritaires. Si Netanyahou a toujours prétendu qu’il n’avait pas de partenaires en face de lui pour faire la paix, justifiant ainsi l’arrêt des négociations, force est de constater que ce sont les palestiniens qui n’ont pas en face d’eux de partenaires pour faire la paix. Ce sont en effet les israéliens qui ont ce mardi 17 mars massivement sollicité des partis rejetant tout accord qui rendrait aux palestiniens leurs droits et leur dignité.

Européens et Américains doivent en prendre bonne note : les Israéliens dans leur majorité ne veulent pas d’état palestinien à leur côté et soutiennent la colonisation, la ségrégation, le blocus et les bombardements de Gaza. N’est-il pas temps de faire preuve de fermeté ? Quel intérêt ont les pays occidentaux à laisser cet état violer chaque jour le droit international et les droits de l’homme, poursuive l’injustice faite aux populations palestiniennes depuis le vote par les Nations Unies du plan de partage de la Palestine en 1946 ?

Le statut quo d’aujourd’hui ne peut plus durer. Il est le terreau de l’extrémisme tant en Israël qu’en Palestine et nourrit de plus la propagande des fondamentalistes qui propagent leur barbarie chaque jour en Méditerranée et en Europe. La complaisance européenne et américaine alimentent de plus les thèses complotistes qui sont source d’un nouvel antisémitisme. Ce statut quo menace donc non seulement la pérennité d’Israël et le peuple palestinien, mais aussi les populations européennes et les communautés juives du monde.  La sécurité de la région et de l’Europe passe donc par une paix permettant l’établissement d’un état palestinien souverain et viable.

Puisque certains belligérants ne veulent pas d’un tel accord, comme l’a très explicitement exprimé Netanyahou, celui-ci doit impérativement être imposé par la communauté internationale aux israéliens, de la même manière que la partition de la Palestine a été imposée aux arabes. Si une grande majorité des élus américains, particulièrement les plus conservateurs, semblent acquis aux thèses de Netanyahou, ce n’est pas le cas en Europe. A elle de réagir, en cessant de culpabiliser pour les crimes commis par le régime Nazi qui dominait l’Europe de sa botte de fer entre 1939 et 1945.

Celle-ci a en effet parfaitement les moyens de faire pression sur Israël, sans passer par des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui risqueraient d’être bloquée par les américains, et ce sans trop de dommages économiques. En effet, si la part des échanges entre l’UE et Israël est marginale pour l’UE, celle-ci est gigantesque pour Israël.  A titre d’exemple, Les accords d’associations entre l’UE et Israël pourraient être dénoncés, les coopérations scientifiques annulées, les produits israéliens boycottés, les ressortissants israéliens se voir imposés un visa strict pour entrer en UE, les européens choisissant la nationalité israélienne être déchus de leur nationalité première…. Tout cela forcerait n’importe quel gouvernement, aussi belliqueux et dogmatique qu’il soit, à s’asseoir à une table pour signer un accord. Mais les dirigeants politiques européens en ont-ils seulement la volonté politique ?