30/06/2015

Les révélations de WikiLeaks sur la diplomatie Saoudienne

Par Amicie Duplaquet 

Le 19 juin dernier, le site WikiLeaks a lancé l’opération « Saudi cables » en publiant près de 60 000 documents provenant du Ministère des Affaires étrangères saoudien. Ces documents, qui révèlent des dessous peu glorieux de la diplomatie saoudienne, sont pour la plupart des câbles et des mémos rédigés en arabe et envoyées aux ambassades saoudiennes à travers le monde.

Au niveau régional, ces notes révèlent le degré d’interventionnisme du royaume saoudien auprès des autres régimes arabes. Les Libanais, les Egyptiens, les Yéménites, les Syriens ou encore les Libyens sont directement concernés par ces documents qui impactent leurs affaires internes. On y apprend par exemple que l’Arabie Saoudite finance plusieurs responsables politiques libanais en échange de leur alignement sur la ligne diplomatique du royaume, principalement au niveau régional. Dans le contexte actuel de recomposition régionale post printemps arabe, l’interventionnisme saoudien est avant tout motivé par la volonté d’asseoir son influence, financière et religieuse, et de contrer celle de l’Iran et de ses alliés, notamment sur le terrain syrien. Les câbles de WikiLeaks révèlent aussi comment le royaume wahhabite a tenté de négocier avec les Frères musulmans égyptiens la libération de l’ancien président Hosni Moubarak, contre la somme de 10 milliards de dollars.

Plus généralement, ces documents révèlent l’ampleur de la « diplomatie de chéquier » menée par l’Arabie Saoudite, qui n’hésite pas à dépenser des milliards pour se créer des alliés et pour améliorer son image, notamment grâce à la « neutralisation » des médias. En effet, le royaume n’hésiterait pas à influencer les médias, occidentaux et arabes, en échange d’aides financières conséquentes ou, tout simplement, en rachetant les responsables des chaines désobéissantes. Dans la guerre d’influence avec l’Iran, le royaume wahhabite déploie tous les moyens nécessaires à l’embellissement de son image médiatique. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la chaine de télévision égyptienne ONTV ait récemment renoncé à inviter un opposant Saoudien sur son plateau. Un autre journaliste égyptien aurait reçu cette année l’équivalent de 1 200 euros pour publier un article à l’occasion de la fête nationale Saoudienne. Ce contrôle exercé sur les médias nous empêche ainsi d’obtenir des informations objectives sur l’actualité du royaume. Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, nous explique sur son site que «l’Arabie Saoudite vient de célébrer sa 100ème décapitation de prisonnier pour 2015 mais l’information n’a jamais été rapportée par un seul média arabe et les médias internationaux sont restés silencieux sur ce record».

Un dernier point révélé par ces documents, et qui a retenu l’attention de la presse internationale, est le train de vie mené par l’élite saoudienne, et particulièrement par la famille royale. Un câble révèle par exemple l’existence d’une ardoise de plus d’un million d’euros, représentant la facture non payée d’une des princesse à une compagnie suisse de taxis de luxe.

Face à ces toutes ces publications, les autorités saoudiennes se sont exprimées pour prévenir la diffusion de ces documents « qui pourraient être des faux ». Le porte-parole du Ministère des affaires étrangères saoudien, Ossama Naqli, a ainsi publié un communiqué, dimanche 21 juin, dans lequel il affirme que le royaume « ne permettra pas aux ennemis de l’Etat de partager ou publier » ces documents, dont « beaucoup ont été fabriqués de manière grossière ». Le Ministère a aussi fait ouvrir une enquête et prévenu qu’il engagerait des poursuites contre les personnes impliquées dans cette fuite. La réaction saoudienne est à la hauteur des effets dommageables que pourraient engendrer cette fuite, sans compter que le site WikiLeaks a annoncé qu’il prévoyait de publier au total près de 500 000 notes liées aux dessous de la diplomatie saoudienne. La relation privilégiée du royaume avec les Etats-Unis, qui va déjà à l’encontre de difficultés croissantes depuis plusieurs années, risque d’être à nouveau mise à l’épreuve par la diffusion de ces câbles.