30/06/2015

L’inquiétude des pays du Golfe face au nucléaire iranien


Par Amicie Duplaquet 

Après plus de dix ans de négociations, un accord-cadre sur le nucléaire iranien, fixant des paramètres clés, a été adopté le 2 avril dernier, tandis qu’un accord définitif devrait être rédigé d’ici le 30 juin. Cet accord, que le président Obama a qualifié « d’entente historique », met fin à un calvaire diplomatique qui avait connu une dangereuse envolée sous les extrémismes de Messieurs W. Bush et Ahmadinejad.

Le cadre de l’accord adopté en avril vise à la fois à limiter le programme nucléaire iranien dans son format, mais aussi à renforcer son contrôle par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Afin de s’assurer que l’Iran ne puisse développer une bombe via ses activités nucléaires, la République a dû accepter la fermeture des deux tiers de ses centrifugeuses et la réduction de son stock d’uranium enrichit, passant de 10 000 kg à 300kg. Ces importantes concessions permettront à la communauté internationale de prévenir suffisamment longtemps à l’avance tout mouvement suspect dans les activités nucléaires iraniennes. Ces concessions ont avant tout était rendue possibles par l’élection du « modéré » Hassan Rohani à la tête République islamique en 2013, qui avait promis toute sa campagne durant de faire preuve d’ouverture et de souplesse pour renouer le dialogue avec l’Occident. Quelques mois après son élection seulement, des négociations avaient commencé à Genève entre l’Iran et les pays des « 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) pour aboutir à un accord préliminaire. L’accord qui devrait être rédigé d’ici fin juin annoncera donc l’aboutissement de deux années de négociation entre les diplomaties iraniennes et occidentales.

Face à ce retournement de la politique iranienne des Etats-Unis, les pays du Golfe se montrent particulièrement préoccupés. Le 14 mai dernier, le président Obama a reçu à Camp David les six pays du Conseil de Coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Koweït, Emirats Arabes Unis, Oman et Qatar) pour tenter de les rassurer sur le maintien de leurs relations privilégiées. Les inquiétudes du CCG vis-à-vis de l’Iran semblent pourtant recevables, puisque la levée progressive des sanctions internationales pesant sur Téhéran va permettre à la République d’accroitre sa puissance financière et d’étendre son influence. A terme, l’Iran pourrait devenir une puissance régionale surpassant de loin les pays de la péninsule. Il faut aussi préciser à ce propos que, contrairement à beaucoup des pétromonarchies, la République islamique semble pour l’instant tirer bénéfice des recompositions régionales entrainées par les évènements du printemps arabe. En effet, le « réveil islamique », terme utilisé par les mollahs pour désigner le printemps arabe, offre depuis quatre ans l’opportunité à l’Iran d’effectuer un redéploiement de sa puissance en dehors de ses frontières, notamment sur le terrain syrien.

Conscient de ce risque pour leur leadership régional, certains des pays du CCG adoptent depuis peu une diplomatie pour le moins surprenante, cherchant de nouveaux relais que le traditionnel allié américain. Ainsi, des intérêts circonstanciels sont récemment apparus comme des facteurs de rapprochement entre Tel Aviv et Riyad. Au niveau international, les deux capitales n’ont cessés de plaider, auprès de leur relais américain, en défaveur du rapprochement entre Washington et Téhéran. Au niveau régional, ce rapprochement s’est illustré autour d’une coopération dans la lutte contre le « terrorisme », permettant notamment à Riyad de pointer du doigt la politique syrienne de l’Iran. Des évolutions internes au Royaume l’on conduit à marginaliser les Frères musulmans et à inscrire le Front al-Nosra, Daech et le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Outre les affaires internes qui l’animent, ce tournant saoudien dans sa perception du sécuritaire nous laisse imaginer les futures retombées bénéfiques dans sa coopération avec Israël.

Finalement, et en dehors des nouvelles ententes régionales qu’il présage, l’accord nucléaire iranien pourrait aussi annoncer la lente mutation des intérêts américains dans la péninsule Arabique.