04/06/2015

Le conflit syrien et la drogue

Par Marc-Henry Saillard

Hier, le long de la frontière jordano-syrienne, les forces de sécurités jordaniennes, après avoir immobilisées deux véhicules et abattu leurs occupants, qui essayaient de s’introduire illégalement en Jordanie,  ont effectués une importante saisie de drogue (du captagon) et ont également découvert une importante cache d’armes.

Cet évènement qui est passé largement inaperçu, n’est en fait que l’infime partie d’un problème beaucoup plus vaste : le trafic de drogue et ses liens avec la guerre en Syrie et en Irak. Cette drogue saisie est un psychostimulant, le captagon, dont la consommation est en hausse en Syrie depuis 2011.

Le trafic de drogue est un corolaire du conflit syrien et de tous les conflits d’ailleurs.  Rappelons que durant la seconde guerre mondiale, les soldats allemands étaient incités à prendre un dérivé des amphétamines, « la pervitine » pour diminuer l’anxiété et d’augmenter la puissance ainsi que la concentration des soldats.

Créé dans les années 60, le captagon était d’abord un médicament prescrit pour soigner l’hyperactivité, la narcolepsie et la dépression. Il a ensuite été interdit pour sa forte capacité addictive. Aujourd’hui le captagon, principalement composées d’amphétamines et de caféine, est  consommé en grande quantité par les belligérants impliqués dans la guerre en Syrie et en Irak. Depuis le début de la guerre, l’amphétamine a séduit une clientèle plus large : le front Al-Nosra (Al Qaida) et l’Etat Islamique, qui pervertissent toujours un peu plus les principes de l’Islam, et en tire de gros bénéficient.

Une pilule de Captagon ne coûte que quelques centimes à produire, elle se revend à hauteur de 15 euros en Arabie saoudite, le principal marché du Moyen-Orient. Mais en Syrie et en Irak sa vente sert à financer les armes et les opérations militaires des belligérants, ce qui n’est certes pas un phénomène nouveau sur un théâtre de guerre. Notons qu’en son temps, le Liban fût un haut lieu du trafic de drogue pendant la guerre civile entre 1975 et 1990.04

Derrière le problème inextricable de la guerre en Syrie et de l’Etat Islamique se cache l’argent de Daesh ! Ces revenus sont extrêmement diversifiés : pétrole, trafics d’œuvres d’art, trafic de drogues, vente d’esclaves[1] & enlèvements. En plus des revenus issus de fonds privés opaques au Koweït, au Qatar et en Arabie Saoudite[2].

Pour tarir les flux financiers de Daesh, il serait nécessaire de mener des opérations de police pour saisir la drogue en question. Cela se pratique déjà le long de la frontière turque et au Liban où la police a saisie d’importantes quantités de drogue ainsi que des barils de pétrole de contrebande. Depuis le début de la rébellion les quantités de pétrole saisies ont augmenté de 300%[3] à la frontière turco-syrienne.

[1] « Irak : comment Daech fixe les prix de vente des femmes esclaves » le parisien, novembre 2014.

[2]  Rémy Demichelis « Daesh: une puissante capacité de financement fondée sur le pétrole ». BFM TV septembre 2014.

[3] Ibidem