19/06/2015

Le Patrimoine, une victime de guerre

NimrudPar Marc-Henry Saillard

Les tensions, les bouleversements géopolitiques et les crises que traverse le Proche-Orient ces derniers temps n’ont certes par épargner les hommes et les femmes de ces régions mais il est aussi des victimes plus discrètes. Ces victimes si elles pouvaient parler en diraient sans doute bien plus long sur les hommes et sur les évènements qu’elles sont vu depuis des siècles. Ces victimes sont les ruines et les témoignages des civilisations passées tel que le grand barrage de Marib, datant du VIIIe siècle av. J.-C au Yémen, les ruines de l’antique Hatra en Irak, la majestueuse colonnade et le temple de Baal de Palmyre, ou encore le souk millénaire d’Alep. Tous ces sites sont en grand danger ou sont déjà détruits.

L’UNESCO a récemment fait un appel en faveur de la sauvegarde du patrimoine que ce soit au Yémen, ou en Syrie. Dans son derrière appel du 12 Juin 2015, l’UNESCO a rappelé que  « cet héritage porte en lui l’âme du peuple yéménite, c’est un symbole de son histoire millénaire et de son savoir qui appartient à toute l’humanité ». Des instituts de recherche moins connus du grand publique travaillent actuellement à répertorier, classer  et inventorier les destructions, tels que l’institut Français du Proche Orient (IFPO) ou the American Center for Oriental Research (ACOR). (add more data / waiting for IFPO/ Thibaut’s answer).

Des vidéos ont fait le tour du monde, montrant des destructions à la scie ou au marteau, de statues du musée de Mossoul, contrôlé depuis un an par l’Etat Islamique. Archéologues, muséographes et hommes de culture s’indignent devant une telle barbarie à juste titre. A Mossoul actuellement les bibliothèques sont vidées de leurs ouvrages et des autodafés sont perpétrés. Mais il ne faut pas oublier que la destruction du patrimoine est un corolaire des guerres. Rappelons qu’en leurs temps des souverains qui sont aujourd’hui passé à la postérité ont mis à sac des villes entières. Citons par exemple : le siège et la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II en 586 av J-C resté célèbre, les divers sièges de Constantinople perpétrés par les croisées, ou encore le siège d’Halicarnasse par Alexandre le Grand.

Ce qui frappe actuellement dans ces destructions c’est le fait qu’un groupe s’attaque à ces vestiges dans l’objectif de détruire une culture, une histoire et surtout des cités classées et protégées aujourd’hui par une organisation internationale, l’UNESCO. Faire table rase du passé, nier les complexités d’une culture, tel est l’objectif de ces groupes, tout comme les Bouddha de Bamyan en Afghanistan décrétés idoles et détruits par les Taliban en 2001. Ce patrimoine n’est plus désormais l’affaire d’un peuple ou d’une Histoire dès lors qu’il est classé au patrimoine de l’humanité, il devient de facto l’affaire de tous. En effet, d’après l’UNESCO, la liste du patrimoine mondial en péril compte à présent 46 sites dont près du tiers se trouve dans un pays frappé par la guerre dans lequel il est extrêmement difficile d’assurer la sauvegarde et la protection des biens patrimoniaux.

Face à cette hémorragie archéologique, le 27 février 2015, le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné les « actes terroristes barbares » qui se sont déroulés dans la ville de Mossoul. Le conseil de sécurité a réaffirmé que le groupe « doit être battu et que l’intolérance, la violence et la haine qu’il soutient doivent être éradiquées ». La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a également demandé en urgence une réunion du Conseil de sécurité en évoquant un « nettoyage culturel ».

Mais il n’y a pas que les groupes terroristes et les pilleurs qui endommagent les sites. Depuis l’invasion Américaine en Irak (2003), l’armée a était accusée par le British Museum d’avoir endommagé des sites historiques d’Irak, notamment la ville de Babylone, avec l’établissement d’une base miliaire sur le site même de la ville antique.

Les destructions sont certes importantes et sont une atteinte à la culture et au bien commun de l’humanité mais elles ne doivent pas cacher le lourd bilan humain des guerres qui dévastent ces régions. Il ne faut pas non plus oublier les habitants de ces régions, qui travaillent quotidiennement, dans des conditions difficiles pour préserver leurs histoires, leurs cultures face aux destructions et à l’ignorance, érigés par certains en vertu cardinal. En détruisant par exemples des habitas traditionnels à Sanaa où en brulant des livres à Mossoul, c’est leurs propre héritages que ces terroristes détruisent. En voulant détruire le passé, ils détruisent aussi l’avenir de leurs civilisations en niant la réalité historique.