10/07/2015

Gaza, un an après


Par Amicie Duplaquet

Le 8 juillet 2014, l’armée israélienne lançait l’opération « bordure protectrice » contre la bande de Gaza, suivie, à partir du 20 juillet, d’une offensive terrestre, la première depuis le retrait d’Israël de ce territoire en 2005. Cette offensive contre Gaza, la troisième en six ans, fut la plus meurtrière de toutes. A l’issue de cinquante jours combats, l’opération causa la mort de 2104 Palestiniens, dont 1462 civils selon l’ONU, et de 67 Israéliens, parmi lesquels six civils. Lorsque le cessez-le-feu provisoire fut signé entre le Hamas et Israël, le 26 août 2014, les dégâts humains et matériels étaient considérables. Selon l’UNICEF, les trois quarts de la population de Gaza survivaient alors sans électricité, suite au bombardement de l’unique centrale électrique du territoire, 1,5 millions de personnes étaient privées d’eau potable et quelques 17 132 maisons étaient endommagées, obligeant plus la moitié de la population gazaouie à se réfugier dans des abris de l’UNRWA. Les autorités palestiniennes estimaient le bilan des pertes économiques à 3,6 milliards de dollars, tandis qu’un rapport de l’organisation Shelter Cluster, codirigé par l’ONU, indiquait que la reconstruction de Gaza prendrait vingt ans.

Face aux besoins pressants d’une population déjà affaiblie par les deux conflits précédents et les neuf années de blocus, la communauté internationale avait promis, lors de la conférence du Caire du 12 octobre dernier, de verser 4,2 milliards d’euros d’aide d’urgence et d’aide à la reconstruction. Le Ministre des Affaires étrangères norvégien, Borge Brende, co-organisateur de la conférence avec l’Egypte, avait assuré que les donateurs s’étaient engagés à « envoyer leur aide dès que possible ». Pourtant, neuf mois après ces promesses de dons, la reconstruction de Gaza est quasiment au point mort et la situation humanitaire reste extrêmement préoccupante.

Les difficultés de la reconstruction viennent en partie de la lenteur du versement de l’aide internationale promise au Caire, dont seulement 30% a été allouée à ce jour, mais aussi du blocus imposé à gaza, qui limite l’arrivée des matériaux de reconstruction. Depuis 2006, et la victoire électorale du Hamas, Israël contrôle l’entrée de tous les matériaux dans la bande de Gaza, tandis que le régime militaire du général Al-Sissi impose lui aussi un quasi-blocus à l’enclave palestinienne. Il a fallu attendre le 19 mars dernier pour que l’Etat hébreu autorise l’entrée de 1000 tonnes de ciment dans Gaza. Néanmoins, les officiels palestiniens affirment qu’il faudrait la même quantité de ciment au quotidien pendant trois ans pour reconstruire entièrement Gaza et aucune autre cargaison de ciment n’a été autorisé à rentrer depuis. L’UNICEF affirme que moins de 2% du matériel nécessaire à la reconstruction de Gaza a pu être importé à ce jour. L’organisation Oxfam estime, quant à elle, qu’au rythme actuel la reconstruction de Gaza prendra 70 ans.

L’économie gazaouie, déjà asphyxiée avant le conflit, atteint désormais elle aussi de tristes records. Le taux de chômage y est le plus fort au monde, avec 43% de la population sans emploi, et 68% parmi les jeunes, qui composent l’essentiel de la population. Robert Turner, en charge des opérations de l’UNRWA à Gaza, estime que les deux tiers des Gazaouis sont désormais dépendants de l’aide alimentaire.

Aux dégâts économiques et matériels s’ajoutent l’ampleur des tragédies humaines et humanitaires. Les vingt-neuf hôpitaux et centres de santé qui ont été endommagés par l’opération bordure protectrice n’ont pas été reconstruit, tandis que le matériel médical et les médicaments rentrent eux aussi au compte goûte dans l’enclave palestinienne. Il faut ajouter à ce désastre sanitaire les séquelles psychologiques profondes de ce conflit, particulièrement chez les enfants. Ceux de plus de six ans ont déjà connu trois conflits au cours de ces dernières années et près de 92% d’entre eux souffrent de stress post-traumatique, un mal quasiment universel à Gaza. La violence de conflit aura des conséquences psychologiques à long terme pour une génération entière.

Un an après le lancement de l’offensive israélienne, la population de Gaza se retrouve donc dans une situation encore plus vulnérable, à tous les niveaux, qu’elle ne l’était déjà. La reconstruction peine à se concrétiser et la situation humanitaire et sociale, déjà préoccupante avant ce dernier conflit, continu de dangereusement se dégrader. L’ONU a récemment affirmé que sans amélioration rapide des infrastructures sanitaires et des autres secteurs clés, Gaza ne sera plus un territoire vivable d’ici 2020.