31/07/2015

la Turquie face à ses démons

Par Mac-Henry Saillard

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Les récentes attaques de Daesh sur le sol turc ont finalement poussée la Turquie à agir contre Daesh et le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan, interdit en Turquie), ce dernier étant considéré par Ankara comme un groupe terroriste. Ce revirement stratégique à l’encontre de Daesh a fait s’évanouir la complaisance dont ce dernier jouissait en Turquie.

Les attaques de la semaine dernière furent attribuées à l’EI,  ont eu lieu à Suruç (32 morts) et près de la frontière syrienne, dans le village d’Elbeyli, suite à un accrochage meurtrier entre des combattants de Daesh et l’armée Truque qui fit un mort coté truc.

Ces attaques dans la zone frontalière sont les plus sérieuses depuis que le groupe État islamique a pris le contrôle de larges portions de territoire en Syrie et en Irak il y a plus d’un an. Suite à ces attaques, les autorités turques ont annoncé un renforcement des mesures de sécurité le long des 900 km de frontière qui séparent la Turquie de la Syrie. Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama ont convenus de lutter ensemble contre l’afflux de djihadistes étrangers en Syrie et de renforcer le contrôle à la frontière syro-turque.

La Turquie, sous pression, a donc décidé de permettre aux États-Unis de mener des frappes aériennes contre les djihadistes de l’Etat islamique à partir de plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik, située près de la frontière syrienne.

Jusqu’à présent la Turquie, membres de l’OTAN, s’était contentée d’une participation minimale aux opérations anti-djihadistes. En effet le gouvernement Islamo-conservateurs d’Erdogan, n’est pas intervenu militairement dans le conflit syrien laissant les mains libre à Daesh qui combat deux de ses principaux ennemies dans la région : le gouvernement de Bachar Al Assad, issue de la secte Chiite Alaouite et les Kurdes de Syrie et d’Irak. En effet lors des combats de Kobané, suitée à quelques kilomètres de la frontière turque qui avaient opposés Daesh aux combattants Kurdes, l’armée Turque n’est pas intervenue, Ankara préférant alors soutenir tacitement Daesh plutôt que de renforcer la cause Kurde et le gouvernement de Damas.

D’ailleurs le quotidien turc Cumhuriyet a publié le 29 mai dernier, des photos qui ont accrédité l’hypothèse farouchement démentie par le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, de livraisons d’armes aux rebelles extrémistes syriens dont Jabhat al Nosra et Daesh.

Mais suite aux derniers attaques de Daesh et à l’attentat à Diyarbakir attribué par les autorités truc au PKK, la situation stratégique et sécuritaire a évolué rapidement. Cela a poussé les autorités turques à réévaluer leurs positions stratégique et à bombarder Daesh et les rebelles Kurdes du PKK pour éviter que ce crée un Etat kurde aux frontières de la Turquie.

Les Kurdes sont sans aucun doute les grands perdants du partage de l’empire Ottoman. En effet le traité de Sèvre en 1920 prévoyait la constitution d’un Kurdistan autonome, mais cela ne fut jamais pris en compte par les puissances mandataires de l’époque. Au même moment, la Turquie alors en pleine transformation passant de l’Empire Ottoman à la République Kémaliste, a nié totalement l’existence et les droits de la forte minorité kurde présente sur son territoire pour créer un Etat-nation moderne avec une république laïque et un peuple, le peuple turc.

Le réveil des Kurdes d’Irak et de Syrie suite à la chute de Saddam Hussein et à l’arrivée de Daesh pourrait bien être le cauchemar des autorités turques qui craignent que cela ne réveille le nationalisme kurde de Turquie. Les tentatives de déstabilisation de Daesh ainsi que la monté en puissance des Kurdes d’Irak et de Syrie pourraient à terme déstabiliser la partie est de la Turquie, ou, dans le pire des scénarios fragmenter petit à petit du territoire turc.

Cette fragmentation de la Turquie, qui est un état centralisé et bien établit, est cependant peu envisageable dans l’immédiat ; les groupes non-étatiques irrédentistes comme Daesh, au contraire, prospèrent dans des états faibles caractérisé par un faible centralisme, une économie déliquescente et une société segmentaire.