11/10/2016

Shimon Peres, un homme controversé.

Par Chloé de Radzitzky

Shimon Peres, prix Nobel de la paix et ancien Premier ministre israélien est décédé le 28 septembre 2016 à l’âge de 93 ans. Une fois cette nouvelle annoncée, les dirigeants du monde entiers se sont dépêchés de présenter leurs hommages à cet homme de paix[1]. Cependant, de multiples voix se sont fait entendre pour remettre en question l’héritage de Peres, dépeignant une image différente de l’ancien homme d’État.

Shimon Peres est sans doute l’une des figures politiques les plus controversés du Moyen Orient. Etant l’un des architectes de l’accord d’Oslo, l’homme se présentait comme un fervent défenseur de la solution à deux états. Il a soutenu cette opinion jusqu’à la fin de sa vie, considérant que la terreur continuerait à moins d’en arriver à cette solution[2]. L’accord d’Oslo, signé en 1993, a été le premier accord important entre Israël et le PLO[3] et était censé établir un cadre à cette solution à deux états[4]. C’était la première fois qu’Israël et Palestine se reconnaissaient mutuellement et l’accord impliquait également le retrait des structures militaires et administratives des centres palestiniens. En échange, les autorités palestiniennes s’engageaient à arrêter la violence contre Israël et à coopérer avec leurs forces de sécurités.

Ce processus n’a cependant pas tenu ses promesses. En effet, si cet accord créait un cadre pour la paix, il a postposé la discussion de sujets contentieux tel que la discussion des frontières de l’État palestinien, les colonies israéliennes, la question des réfugiés, le problème de l’eau, ainsi que les questions concernant les territoires de Jérusalem et de la Cisjordanie[5]. Ces éléments ont entre autres contribué à l’échec du processus.

L’accord d’Oslo n’est cependant pas l’unique héritage de Peres. L’ancien Premier ministre est en effet derrière la mise en place des premières colonies. Celles-ci sont considérées comme étant l’un des obstacles majeurs à la résolution du conflit Israélo-Palestinien. Il était également derrière la destruction de Cana (Liban) en 1996, qui fit plus de  100 victimes civils[6]. Il est également considéré comme étant à la source des punitions collectives à l’encontre des palestiniens[7]. Finalement, il est celui qui a développé le programme nucléaire israélien en secret. Dans une interview, Peres explique que ce programme nucléaire représente la stratégie de dissuasion destinée à protéger Israël[8].

L’échec d’Oslo couplé à tous ces éléments a mené à remettre en question la qualité « d’homme de paix » de Shimon Peres. C’était un pragmatique qui pensait avant tout à la sécurité de son pays. Une fois l’existence d’Israël sécurisée, il a commencé à envisager l’accord de paix entre les Israéliens et les Palestiniens comme étant l’ultime solution pour mettre fin à la terreur[9]. Selon Gérard Haddad, auteur pour Jeunes Afrique, ‘Si l’on comprend l’animosité de la presse arabe à son égard, celle-ci devrait tenir compte du fait que Peres a brisé le mur de verre qui semblait séparer pour l’éternité Israéliens et Arabes.’[10]. Si l’échec du processus de paix lancé à Oslo ne peut être attribué à Shimon Peres, Ian Black, professeur à la London School of Economics, considère néanmoins qu’il n’a pas été capable d’en faire assez pour mener son projet à bien[11].

Sources

[1] lesoir.be, 28/9/2016. Mort de Shimon Peres: les politiques saluent la mémoire «d’un homme de paix». lesoir.be, nd URL http://www.lesoir.be/1328226/article/actualite/monde/2016-09-28/mort-shimon-peres-politiques-saluent-memoire-d-un-homme-paix (accessed 6/10/2016)

[2] Exclusive: Shimon Peres on Peace, War and Israel’s Future | TIME, n.d. URL http://time.com/4224947/exclusive-shimon-peres-on-peace-war-and-israels-future/ (accessed 9/10/2016).

[3] Organisation pour la Libération de la Palestine

[4] Oslo explained | Al Jazeera America, n.d. URL http://america.aljazeera.com/articles/2013/9/13/oslo-accords-explained.html (accessed 9/10/2016).

[5] Slater, Jerome, “What went wrong? The Collapse of the Israeli-Palestinian Peace Process” in Political Science Quarterly, 116:2 (Summer 2001).

[6] SAFI-EDDINE, P. recueillis par K., 2016. Leïla Shahid : « Peres, c’est le discours de paix sans les actes » – Propos recueillis par Kenza SAFI-EDDINE [WWW Document]. Orient- Jour. URL http://www.lorientlejour.com/article/1009934/leila-shahid-peres-cest-le-discours-de-paix-sans-les-actes-.html (accessed 9/10/2016).

 

[7] Shimon Peres: Man of peace or war criminal? [WWW Document], n.d. URL http://www.aljazeera.com/programmes/insidestory/2016/09/shimon-peres-man-peace-war-criminal-160928192418385.html (accessed 6/10/2016).

 

[8] Exclusive: Shimon Peres on Peace, War and Israel’s Future | TIME, n.d. URL http://time.com/4224947/exclusive-shimon-peres-on-peace-war-and-israels-future/ (accessed 9/10/2016).

 

[9] Exclusive: Shimon Peres on Peace, War and Israel’s Future | TIME, n.d. URL http://time.com/4224947/exclusive-shimon-peres-on-peace-war-and-israels-future/ (accessed 9/10/2016).

[10] Haddad, 4/10/2016, Israël : Shimon Peres, un faucon devenu colombe – JeuneAfrique.com [WWW Document], n.d. URL http://www.jeuneafrique.com/mag/361839/politique/israel-shimon-peres-faucon-devenu-colombe/ (accessed 7/10/2016).

 

[11] Shimon Peres: Man of peace or war criminal? [WWW Document], n.d. URL http://www.aljazeera.com/programmes/insidestory/2016/09/shimon-peres-man-peace-war-criminal-160928192418385.html (accessed 6/10/2016).