24/10/2016

Enlisement diplomatique au Yémen : que fait la communauté internationale ?

Par Chloé de Radzitzky

La trêve qui devait perdurer 72 heures au Yémen n’aura été que de courte durée. En effet, la coalition militaire arabe a accusé les rebelles Houthis de l’avoir transgressée, relançant les frappes aériennes. La décision d’établir un cessez-le-feu avait été prise le 17 octobre dans l’espoir de régler le conflit après deux ans de guerre civile. La crise avait repris le 6 août dernier après 3 mois de pourparlers inter-yéménites au Koweït.

Le conflit oppose le président Hadi aux rebelles Houthis. Ces derniers occupent actuellement la Capital de Sanaa. Les Houthis considèrent avoir été depuis trop longtemps marginalisé politiquement et financièrement. En 2014, les rebelles Houthis ont expulsé le président Hadi qui s’est tout d’abord réfugié à Aden puis à Riyad. En Janvier 2015, une coalition rassemblant des pays arabes menée par l’Arabie Saoudite commençait des frappes aériennes afin d’affaiblir les forces d’opposition au gouvernement. Selon les analystes L’Arabie Saoudite a affirmé son soutien au président Hadi parce que l’Iran soutient les rebelles Houthis. De fait, les Saoudiens craignent que Téhéran ne cherche à les affaiblir en s’attaquant indirectement à leur frontière avec le Yémen.

People inspect the aftermath of a Saudi-led coalition airstrike in Sanaa, Yemen, Saturday, Oct. 8, 2016. Yemeni security and medical officials say at least 45 people have been killed in a Saudi-led coalition airstrike that targeted a funeral hall in the capital, Sanaa. The officials say at least another 100 have been wounded in the Saturday strike. (AP Photo/Osamah Abdulrhman)/YEM101/16282650678469/1610082010

Photo: Osamah Abdulrhman

C’est pourtant un résultat plus que mitigé qui prévaut à l’issue de ces 18 mois de frappes. Si les rebelles ont été expulsés d’Aden, c’est pour être remplacé par l’implantation de groupes islamistes tels que Etat Islamique et Al Qaeda dans la péninsule Arabique. De plus, la fin du mandat du gouvernement transitionnel ainsi que son soutien inconditionnel aux frappes aériennes ont affecté la légitimité du gouvernement transitionnelle.

La solution diplomatique a été rejetée par ceux qui se rendent compte qu’ils n’ont aucun avenir politique dans le processus transitionnel y compris l’ancien présidente Saleh et des membres du gouvernement transitionnel. Les Houthis craignent de déposer les armes et de quitter les zones occupées. Chaque camp veut gagner du terrain avant le prochain round de négociation.

Une solution pacifique serait pourtant bénéfique alors qu’il ne semble qu’aucun des deux camps ne puisse être vaincu militairement. L’intervention de l’Arabie Saoudite est en effet coûteuse, peu effective, et lui vaut d’être critiquée par ses alliés. Washington a déclaré vouloir se distancer de la coalition dans le cas où l’attaque contre les funérailles perpétrée le 9 octobre ait été délibérée. De plus, le conflit a créé une situation humanitaire critique qui ne pourra être prise en charge correctement que lorsque les parties prenantes auront établi un cessez-le-feu et seront revenues la table des négociations. Un tel scénario est possible à condition d’une mobilisation commune  de la communauté internationale, principalement les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, pour établir une confiance mutuelle entre les différentes parties prenantes, y compris l’Iran et l’Arabie Saoudite à participer au processus transitionnel.