14/11/2016

Donald Trump et le Moyen-Orient

 

Par Chloé de Radzitzky

C’est à la plus grande surprise générale que Donald Trump a été élu le 45ème président des États-Unis. Ce sera donc lui qui aura la capacité de déterminer les orientations de la politique extérieure du pays au Moyen-Orient. Après l’aire Obama, que signifie l’élection de ce milliardaire excentrique pour la région ? Le candidat à la présidence a émis diverses opinions concernant l’attitude qu’il adopterait à l’égard des états de la région, opinions parfois contradictoires.

 

Tout d’abord, la présidence Trump va marquer un tournant en ce qui concerne la politique extérieure des États-Unis à l’égard de la Syrie et du problème des réfugiés. Si le président Obama se montrait intransigeant à l’égard du dictateur Bachar Al-Assad et quant à l’importance d’évincer ce dernier, l’attitude de Trump est tout autre. Celui-ci se montre en effet plus ouvert en ce qui concerne la possibilité de coopérer avec la Russie, sous-entendant que le départ du président Syrien n’est pas une obligation. Il justifie cette attitude sur une compréhension plus locale de la définition de ce qu’est le terrorisme. Cela signifie également la fin du soutien américain aux forces rebelles. En ce qui concerne la situation humanitaire, Donald Trump est opposé à la venue de réfugiés syriens (et plus largement musulmans) sur le territoire américain. Il considère que ceux-ci doivent être pris en charge par les États arabes. Il pense également les faire payer pour la mise en place de « zones de suretés » pour réduire le flux migratoire, mais s’oppose à la création de zones d’exclusion aérienne comme le voulait Clinton.

Cette attitude concernant la Russie et le régime Syrien entre néanmoins en contradiction avec les déclarations que le futur président a émises à l’encontre de l’Iran. Trump pense en effet que l’accord nucléaire conclu par Obama était une grave erreur, et pense même à le révoquer. Son attitude vis-à-vis de ce pays, allié aux Russes sur le dossier syrien et au régime al-Assad risque de rendre sa politique étrangère incohérente.

La nouvelle acceptation de la notion de terrorisme comme étant à être définie par les états concernés implique également une coopération plus élargie avec des présidents dit « autoritaires » tels qu’Erdogan et Al Sissi. Donald Trump a en effet plusieurs fois déclaré son respect envers ces deux hommes qu’il considère comme étant « forts ». Cela marque un départ de l’attitude générale des Occidentaux qui ont récemment vivement critiqué ces régimes pour leurs violations des droits humains.

 

La position de Trump concernant les États du Golfe est également ambiguë. D’une part, il reproche à l’Arabie Saoudite de financer le terrorisme à l’étranger ; et veut faire payer  Koweït l’intervention américaine de 1991. D’autre part, il veut renforcer leurs liens économiques avec les États-Unis.

 

La situation palestinienne risque également d’être affectée par l’élection du président républicain. En effet, le manifesto de Donald Trump ne fait en aucun cas référence à la mise en place de la solution aux deux états. Même si sa présidence ne marquera sans doute pas un changement radicale dans la politique étrangère américaine à l’égard d’Israël ; Trump ne semble ni vouloir balancer le pouvoir en faveur des Palestiniens pour instaurer une balance de pouvoir, ni vouloir essayer de mettre la pression sur Netanyahou en ce qui concerne les colonies. Il s’est d’ailleurs proclamer comme étant « extrêmement pro-israélien » pendant sa campagne ; et risquent de diminuer les subsides à l’Autorité Palestienne.

 

 

En conclusion, si la politique étrangère d’Obama au Moyen-Orient se voulait isolationniste, celle de Trump risque de renforcer fortement la tendance. Il n’est cependant pas garanti que cette volonté de s’éloigner des affaires de la région soit tenue sur le long terme, tant celle-ci est d’une importante capitale d’un point de vue géostratégique et économique. La présidence Trump pourrait également être interprétée comme étant d’une perspective plus réaliste, moins influencée par les valeurs telles que le respect des droits de l’homme et de la démocratie. Il est cependant difficile d’émettre de réels pronostics quant à ce que va être l’impact de la politique étrangère Trumpienne au Moyen-Orient. Il faudra attendre que le président commence son mandat pour évaluer si ses actes suivent véritablement la rhétorique qu’il a tenue pendant sa campagne.