17/01/2017

La mort de l’ancien président Akbar Hashemi Rafsandjani secoue le paysage politique iranien

Par Chloé de Radzitzky

Akbar Hashemi Rafsandjani est mort à 82 ans le dimanche 8 janvier d’une crise cardiaque dans un hôpital de Téhéran[1]. Des millions de citoyens se sont rassemblés mardi dernier pour accompagner l’ancien président iranien dans sa dernière demeure[2]. Sa mort représente un bouleversement dans le paysage politique iranien habité par des tensions factionnelles entre les radicaux et les réformistes et modérés. Pour comprendre ce changement, il est nécessaire de resituer ce personnage au sein des réseaux officiels et officieux du pouvoir.

Rafsandjani est un homme politique iranien appartenant à l’ancienne garde. Il est considéré comme étant un des pères fondateurs de la République Islamique d’ Iran, était un proche de Khomeiny. Rafsandjani fut jusqu’à sa mort un des hommes les plus influents de l’Etat. Il a été président du pays de 1989 à 1997 et fut chargé de la reconstruction économique du pays à la fin de la guerre ayant opposé l’Iran à l’Irak. Considéré comme faisant partie de la faction politique réformatrice,  il a également été l’initiateur d’une première tentative de rapprochement avec l’Occident à travers sa doctrine du « dialogue des cultures ». Après la fin de son mandat présidentiel, Rafsandjani fut également président du conseil de discernement (qui tient le rôle de médiateur lors d’éventuels conflits entre le Majlis-le parlement- et le Conseil des gardiens de la constitution, ainsi que de conseiller le chef suprême sur ses fonctions constitutionnelles) et élu à l’assemblée des experts.

La mort de cet homme influent est un coup dur pour l’alliance entre la fonction modérée et réformatrice ayant porté la victoire du président actuel Hassan Rouhani en 2013. Elle risque de fragiliser encore plus l’équilibre instable en de la répartition des pouvoirs entre conservateurs et réformistes et modéré au sein des institutions iraniennes. Celles-ci sont pour moment majoritairement occupées par les conservateurs.

Pour comprendre l’impact que la mort de l’ancien président va avoir sur la politique iranienne, il est nécessaire de rappeler brièvement les mécanismes (pas toujours très claires) du fonctionnement du pouvoir du pays. Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que les dynamiques politiques à l’œuvre en Iran ne se résument pas uniquement aux mécanismes officiels prévus par la constitution. En effet, comme l’exprime très bien un rapport réalisé par la RAND corporation, « the daily dynamics of Iran’s political system do not accurately adhere to the formal structures described in the country’s constitution […Hence] the relative influence an institution has in policymaking depends not only on the constitutional powers ascribed to it but also on the influence of the personality in charge”[3]. La mort de Rafsanjani représente non seulement la perte d’un poste important au sein des institutions du pouvoir, mais aussi d’un individu implanté dans les réseaux officieux du pouvoir[4].

Le système iranien peut être décrit comme étant in réseau de personnalités connecté entre elles par des réseaux informels de pouvoir[5]. Les personnes et réseaux partageant une vision commune sur ce que devrait être la République Islamique d’Iran se regroupe sous l’étiquette de ‘factions’. Quelques individus y occupent des places clés. Ces personnes sont considérées comme étant les  gardes fous du système, décidant qui peut entrer au sien de l’élite politique à travers des élections ainsi que l’approbation, ou non, de nominations[6]. Rafsandjani en faisait partie. Le potentiel d’influence de ces individus est généralement lié à leurs relations avec le guide suprême (cfr Khamenei).

Rafsandjani représente une exception à cette règle. En effet, l’homme n’a jamais eu peur de s’opposer au leader suprême car il dispose lui-même d’un réseau de connexions indépendant de celui de Khamenei. Cette position favorable lui vient de son background révolutionnaire et de son amitié avec Khomeiny. De plus, Rafsandjani est considéré comme étant celui ayant permis l’accession de Khamenei au rang de guide suprême. Son amitié avec Khamenei ainsi que son background révolutionnaire lui ont permis de ne jamais véritablement être marginalisé.

Les dynamiques de pouvoirs œuvrant au sein de la république islamique d’Iran ayant été (brièvement) décrite, quel sera l’impact de l’a mort d’un homme aussi influent que Rafsandjani sur les dynamiques factionnelles ? Rafsandjani faisait partie du groupe ‘pragmatique-conservative’. Lorsqu’on lui refusa sa participation aux élections présidentielles de 2013, Rafsandjani a mobilisé son réseau pour faire élire Hassan Rouhani contre le président sortant ultra-conservateur Mahmmoud Ahmadinejad. Selon Mohammad Marandi, professeur à l’université de Téhéran, affirme que Rouhani a perdu une figure puissante sur laquelle il pouvait compter, rendant sa réélection en mai 2016 moins certaine[7]. De plus, l’alliance entre réformistes et modérés a perdu son principal atout. Comme expliqué ci-dessus, Rafsandjani pouvait se permettre d’être critique vis-à-vis du guide suprême et des politiques conservatrices sans pour autant être complètement marginalisé politiquement. Personne ne semble pouvoir reprendre ce rôle, pas même l’ancien président et successeur de Rafsandjani au pouvoir Khatami. En effet, celui-ci s’est retrouvé, ‘paralysé politiquement’ après que le système judiciaire, dominé par les radicaux, ait interdit les médias de publier ses opinions et même sa photo[8]. Un autre élément risquant de venir perturber l’équilibre entre factions sera aussi la nomination d’un nouveau président à la tête du conseil de discernement. Si le choix de Khamenei se porte sur un conservateur, cela risque d’accentuer davantage le déséquilibre croissant entre factions politiques.

En conclusion, la disparition de Rafsandjani risque de déstabiliser l’alliance entre réformistes et modérés, ainsi que de fragiliser leurs pouvoirs d’influence. Mais la mort de l’ancien président Rafsandjani démontre également le début de la fin d’une époque pour la politique iranienne. Celle-ci sera marquée par la disparition des fondateurs de la république islamique d’Iran. Il s’agira d’une transition progressive dont le premier chapitre s’écrira lors des élections de mai 2017.

[1] Le Monde : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/01/08/l-ancien-president-iranien-akbar-hachemi-rafsandjani-est-mort_5059476_3382.html

[2] Arab news: http://www.arabnews.com/node/1037216/columns

[3] Thaler, DE 2010, Mullahs, Guards, And Bonyads : An Exploration Of Iranian Leadership Dynamics, Santa Monica, CA: RAND Corporation, p21. Discovery eBooks, EBSCOhost, viewed 17 January 2017.

[4] The Washington Post: https://www.washingtonpost.com/world/middle_east/influential-former-iranian-president-hospitalized/2017/01/08/4ecbbb84-d5bf-11e6-a0e6-d502d6751bc8_story.html?utm_term=.f5636f603dd7

[5] Thaler, DE 2010, Mullahs, Guards, And Bonyads : An Exploration Of Iranian Leadership Dynamics, Santa Monica, CA: RAND Corporation, Discovery eBooks, EBSCOhost, viewed 17 January 2017.

[6] Thaler, DE 2010, Mullahs, Guards, And Bonyads : An Exploration Of Iranian Leadership Dynamics, Santa Monica, CA: RAND Corporation, Discovery eBooks, EBSCOhost, viewed 17 January 2017.

[8] Le New York Times: https://www.nytimes.com/2017/01/08/world/middleeast/iran-ali-akbar-hashemi-rafsanjani-dies.html

Le Figaro: http://www.lefigaro.fr/international/2017/01/10/01003-20170110ARTFIG00204-des-centaines-de-milliers-d-iraniens-pleurent-l-ex-president-rafsandjani.php

Aljazeera:http://www.aljazeera.com/indepth/features/2017/01/iran-reformists-stand-lose-rafsanjani-death-170109100325733.html

The Middle East Eye: http://www.middleeasteye.net/news/thousands-throng-tehran-funeral-key-reformist-rafsanjani-363020058