24/01/2017

Perspective sur la conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient

Par Chloé de Radzitzky

Le 15 janvier 2017 se tenait la conférence sur la paix au proche orient à Paris. Cet événement est une nouvelle étape dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, alors que le processus de paix entre Israël et Palestine  est au point mort depuis 2014[1]. En effet, plus de septante pays se sont réunis pour réaffirmer soutient à la solution à deux états. Cette conférence a été initiée par le président français François Hollande. Elle avait pour but de maintenir en vie la solution à deux états, solution de référence pour la communauté internationale. Il est pourtant désormais nécessaire de s’interroger sur la pertinence de cette solution ainsi que sur l’utilité de la conférence. En effet, beaucoup sont sceptiques quant à la pertinence de la conférence de Paris ainsi que critique de la solution à deux états. En effet, cette solution a été à la base de toute les initiatives de paix entre les israéliens et les palestiniens, initiatives qui n’ont en rien réussi à amener la paix.

La solution à deux états semble être simple de prime abord. Celle-ci veut la création d’un état Palestinien au côté d’un état israélien. Il y aurait donc deux pays pour deux peuples différents[2]. Pour se faire, la communauté internationale demande le retour aux frontières pré-1967 afin d’effectuer le partage de territoire. De fait, suite à une attaque conjointe de l’Egypte et de la Jordanie, Israël a pris de contrôle de la Cisjordanie et de Gaza. L’occupation de ces  territoires a été jugées illégale par la résolution n°242 des Nations Unies. Pourtant après plusieurs tentatives de résolution du conflit, les perspectives de paix semblent être de plus en plus inatteignables.

Après plusieurs années marquées par les conflits Israélo-arabes, le PLO qui était au départ pour la libération totale et complète de la Palestine a proposé la mise en place d’une solution à deux états en 1988[3]. Ses dirigeants étaient prêts à se démilitariser et à arrêter les actes de violences à l’encontre d’Israël en échange de la récupération des territoires de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est. Les accords d’Oslo en 1993              ont été un tournant majeur en ce qui concerne les relations entre les deux camps. Ceux-ci impliquaient la reconnaissance mutuelle entre Israël et le PLO ainsi que le transfert du contrôle de Gaza et de la Cisjordanie aux Autorités Palestiniennes pendant une période transitionnelle de 5 ans durant laquelle l’accord définitif de paix serait négocié. Le problème de ces accords est qu’ils n’abordaient pas les questions de contentieux majeurs, tel que la création d’un état Palestiniens, la fin des colonies, les problèmes liés à l’eau ainsi que la question concernant les territoires de la Cisjordanie et de Jérusalem[4].

L’incapacité[5], ou le manque de volonté[6] de Yasser Arafat à contrôler les attaques terroristes à l’encontre des israéliens ainsi que l’élection de Benjamin Netanyahu en 1996 a mis à mal le processus de paix. Les dernières phases prévues par les accords d’Oslo visant à restituer 75% de la Cisjordanie et l’entièreté de la bande de Gaza aux Autorités Palestiniennes furent abandonnés tandis que l’expansion des colonies continuait.  Barak ayant gagné les élections en 1999, il alla plus loin que n’importe quel président israélien en ce qui concerne les concessions faites aux Palestiniens lors du sommet de camp David en 2000. Si celles-ci semblaient correspondre aux attentes exprimées par le PLO au début des accords d’Oslo, leurs mises en pratiques concrètes auraient été un frein à la création d’un état palestinien indépendant[7]. De fait, le territoire était divisé de la sorte à ce que les Palestiniens aient peu, voir aucun contrôle sur les ressources hydrauliques[8]. En ce qui concerne Jérusalem, Barak concédait aux palestinien une partie du territoire, mais celle-ci était complètement déconnecté des villages palestiniens et Israël gardaient des partie sur lesquels la population palestiniennes étaient encore majoritaires, ce qui auraient pu encore aggraver le problème des réfugiés[9]. Les Israéliens refusaient également de reconnaître leur responsabilité en ce qui concerne les réfugiés palestiniens ayant fui le pays lors de la Nakba[10] même si ils autorisaient le retour de plusieurs milliers de palestiniens sur 10 ans. En résumé, Ehud Barak proposaient aux palestiniens d’avoir des territoires bien à eux, mais sans réelle possibilité d’avoir un jour un état réellement indépendant d’Israël. De ce fait, Yasser Arafat refusa le compromis et ce fut le début de la deuxième intifada.

Les événements développés ci-dessus représentent le cadre général dans lequel la solution à deux états a été négociée jusqu’à présent. La Conférence de paix organisée à Paris représente la première tentative de ramener les parties prenantes à la table des négociations depuis l’interruption des négociations suivant la guerre de Gaza en 2014[11]. A l’issue de la conférence, les participants ont réitéré leur soutien à la solution à deux états et ont dénoncé l’expansion des colonies et la violence palestinienne comme étant des freins à l’établissement d’une paix durable[12]. Pourtant, le processus a été dépeint par les journaux comme pouvant peu probablement amener la paix. Les raisons de ce scepticisme sont multiples.

Tout d’abord, l’absence d’un leadership palestinien fort et unifié rend la relance d’un dialogue compliqué. En effet, le Hamas, aux pouvoir dans la bande de Gaza, souhaite l’établissement d’un état palestinien selon les  frontières établies avant 1948 (et non celles de 1967). La création de cette organisation a d’ailleurs été encouragée par Israël dans les années 1980s[13]. En effet, le PLO était à l’époque comme une organisation terroriste, et il se réjouissait de tout élément pouvant être en compétition avec le PLO.  Le Hamas qualifié la conférence « d’absurde »[14] alors que le Fatah et le PLO s’en réjouissent[15].  Les divisions entre ces groupes n’est pas l’unique problème auquel se retrouve confronté le leadership palestinien. L’écart grandissant entre la population palestinienne et le leader Mahmoud Abbas vient également questionner la légitimité de celui-ci comme en étant son porte-parole. De plus, le nombre de jeunes désillusionnés perpétuant des actes de violences à l’égard d’Israël sans pour autant avoir un programme politique claire a également augmenté[16].

Les perspectives ne sont pas plus réjouissantes du côté israélien. Benjamin Netanyahou a refusé de se rendre à Paris et considère l’initiative du président français comme étant futile et contre-productive. Il affirme que celle-ci encourage les palestiniens à internationaliser le conflit au lieu de favoriser les négociations directes[17]. De plus, le président semble garder une rhétorique favorable à l’établissement d’une solution à deux états, ses actes vont dans la direction contraire. Son gouvernement a récemment proposé une loi légalisant les colonies ; et celles-ci n’ont cessé de s’étendre durant les derniers mois[18]. Il craint que le retrait des territoires palestiniens n’engendre l’implantation de groupe comme le Hamas[19].

Enfin, si le taux de participation à la conférence fut extrêmement élevé, la situation au niveau de la communauté internationale ne semble pas pouvoir offrir de meilleures perspectives que lors des accords de Camp David en ce qui concerne l’a mise en place sérieuse d’un processus de paix. En effet la balance de pouvoir entre les israéliens et les palestiniens a toujours été peu équilibrée, et ce depuis la chute de l’URSS. Les Russes ne veulent pas torpiller les bonnes relations qu’ils entretiennent avec Israël, et l’administration Obama a augmenté de vingt pourcent l’aide à la défense pour les Israéliens et s’est limité à dénoncer les colonies. Le désintérêt des pays arabes concernant la question palestinienne ne cesse de croître, le nouveau secrétaire générale des nations unies ne veut pas se mettre Israël à dos tout de suite et l’Europe ne fait rien[20]. L’arrivée de l’administration Trump à Washington ne présage rien de bon pour le processus de paix alors qu’il a déjà démontré une tendance pro-israélienne durant les mois précédent la prise de ses fonctions présidentielles.

En conclusion la route est encore longue si les parties prenantes aux négociations veulent arriver à mettre en place une solution à deux états, si l’on part du prédicat qu’il n’est pas déjà trop tard pour agir.

Sources

[1] Le Monde, 2017, « Israël et Palestine : la conférence de Paris appelle à une solution à deux Etats et à la négociation », 16 décembre. Consulté le 23/01/2017 sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/15/israel-et-palestine-la-conference-de-paris-appelle-a-une-solution-a-deux-etats-et-a-la-negociation_5063087_3218.html

[2] Fisher,M., 2016, “The Two-State Solution: What It Is and Why It Hasn’t Happened”,  The New York Time, 27 Décembre. Consulté le 23/01/2017. https://www.nytimes.com/2016/12/29/world/middleeast/israel-palestinians-two-state-solution.html

[3] Slater, J 2001, ‘What went wrong? The collapse of the Israeli-Palestinian peace process’, Political Science Quarterly, 2, p. 171, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[4] Cohen-Almagor, R 2012, ‘The failed Palestinian–Israeli peace process 1993–2011: an Israeli perspective’, Israel Affairs, 18, 4, pp. 563-576, Academic Search Premier, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[5]Slater, J 2001, ‘What went wrong? The collapse of the Israeli-Palestinian peace process’, Political Science Quarterly, 2, p. 171, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[6] Cohen-Almagor, R 2012, ‘The failed Palestinian–Israeli peace process 1993–2011: an Israeli perspective’, Israel Affairs, 18, 4, pp. 563-576, Academic Search Premier, EBSCOhost, viewed 23 January 2017

[7] Slater, J 2001, ‘What went wrong? The collapse of the Israeli-Palestinian peace process’, Political Science Quarterly, 2, p. 171, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[8] Hanieh, A 2001, ‘The Camp David papers’, Journal Of Palestine Studies, 2, p. 75, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[9] Slater, J 2001, ‘What went wrong? The collapse of the Israeli-Palestinian peace process’, Political Science Quarterly, 2, p. 171, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[10] Hanieh, A 2001, ‘The Camp David papers’, Journal Of Palestine Studies, 2, p. 75, RAMBI, EBSCOhost, viewed 23 January 2017.

[11] Le Monde, 2017, « Israël et Palestine : la conférence de Paris appelle à une solution à deux Etats et à la négociation », 16 décembre. Consulté le 23/01/2017 sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/15/israel-et-palestine-la-conference-de-paris-appelle-a-une-solution-a-deux-etats-et-a-la-negociation_5063087_3218.html

[12] Knell, Y., 2016, “Israel-Palestinians: Blame and bitterness keeping peace at bay”, BBC, 1/06/2017. Consulté le 23/01/17 sur http://www.bbc.com/news/world-middle-east-36682062

[13] Tharoor, I., 2014, « How Israel helped create Hamas”, The Wallstreet journal,30 juillet. Consulté le 23/01/2017 sur  https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2014/07/30/how-israel-helped-create-hamas/?utm_term=.32dad9957c23

[14] RTBF, 2017, « Conflit israélo-palestinien: le Hamas qualifie la conférence de Paris « d’absurde » », 16/01/17. Consulté le 23/01/17 sur https://www.rtbf.be/info/dossier/perspectives-dans-le-conflit-israelo-palestinien/detail_conflit-israelo-palestinien-le-hamas-qualifie-la-conference-de-paris-d-absurde?id=9504529

[15] Le Monde, 2017, « Israël et Palestine : la conférence de Paris appelle à une solution à deux Etats et à la négociation », 16 décembre. Consulté le 23/01/2017 sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/15/israel-et-palestine-la-conference-de-paris-appelle-a-une-solution-a-deux-etats-et-a-la-negociation_5063087_3218.html

[16] International Crisis Group, 2016, “Israel/Palestine: Parameters for a Two-State Settlement”, Middle East Report N°172. Consulté le 24/01/17 sur   https://www.crisisgroup.org/middle-east-north-africa/eastern-mediterranean/israelpalestine/israel-palestine-parameters-two-state-settlement

[17] Times of Israël, 2017, « Réactions d’Israël et des Palestiniens suite à la conférence de paix », 15 janvier. Consulté le 23/01/2017 sur http://fr.timesofisrael.com/reaction-disrael-suite-au-communique-final-de-la-conference-de-paix/

[18] Middle East Eye, 2016,« Israël veut légaliser les colonies sauvages en Cisjordanie, limiter le volume des appels à la prière »,  14 novembre. Consulté le 23/01/17 sur http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/isra-l-veut-l-galiser-les-colonies-sauvages-en-cisjordanie-limiter-le-volume-des-appels

[19] Knell, Y., 2017, “Israel-Palestinians: Blame and bitterness keeping peace at bay”, BBC, 1/06/2017. Consulté le 23/01/17 sur http://www.bbc.com/news/world-middle-east-36682062

[20] http://www.iris-france.org/87374-conflit-israelo-palestinien-conference-de-paris-une-conference-pour-rien/