31/01/2017

Six ans après : la révolution égyptienne

Par Chloé de Radzitzky

Cela fait maintenant six ans que les égyptiens se sont mobilisés au Caire ainsi que dans d’autres villes d’Égypte pour dénoncer les conditions économiques désastreuses ; et pour réclamer la fin des violences policières perpétrées par le régime du président Mubarak. Ces soulèvements se sont produits dix jours jours après le début de la révolution tunisienne, et se sont rapidement transformée en une révolution réclament la chute du pouvoir en place. A l’occasion de cet anniversaire, le président Égyptien Al Sissi a prononcé un discours dans lequel il félicite la direction qu’a prise son pays. Il a affirmé que l’Égypte prenait actuellement une bonne direction[1], et a demandé aux jeunes ayant participé à la révolution que le pays « avait besoin de leurs efforts pour continuer d’avancer sur le chemin de la réforme, de la construction et du développement »[2]. Cependant, comme lors des précédents anniversaires du soulèvement ayant eu lieu le jour de la police, le président a exigé que la police soit présentes dans les rues du Caire pour éviter toute manifestation lors de ce jour de congé national.

 

Si Sissi se félicite de la direction qu’a prise son pays, certains experts déplorent la situation économique, sociale et politique de l’Égypte depuis son arrivée au pouvoir ; et le bilan de la révolution égyptienne s’en retrouve en vérité plus que mitigé. Tout d’abord qu’il n’y a pas véritablement eu de changement au niveau du pouvoir, ensuite parce que les revendications portant sur la justice sociale, la démocratie et l’économie n’ont pas réussi à être concrétisées.

 

La réalisation d’une véritable révolution requiert un changement radical et rapide des structures de l’état, (autant au niveau des institutions qu’’à celui des personnes occupant des positions de pouvoir), des structures sociales et de l’idéologie[3]. Ces changements n’ont cependant pas réussi à se réaliser totalement dans le cas Égyptien. En effet, la révolution égyptienne s’est produite si rapidement que l’opposition n’a pas eu le temps de poser les fondements de nouvelles institutions qui auraient pu représenter la base de construction pour un nouvel État. De plus, le fait que l’armée ait perpétré un coup d’État destituant le président démocratiquement élu Mohammed Morsi de ses fonctions fait écho aux paroles d’Asef Bayat[4]. Il affirme qu’il existe un risque de sabotage de la révolution par les anciennes élites ; et que pour survivre, les révolutions doivent être assez révolutionnaires que pour éviter la restauration de l’ancien régime. Si l’armée s’était déclarée neutre lors de la révolution, elle ne faisait pas moins partie des cercles gravitant autour de Mubarak lorsque celui-ci était encore au pouvoir. En conséquent, les révoltes égyptiennes ont échoué à provoquer ce changement radical dans les structures de l’état essentiel à la réalisation d’une révolution.

 

Concernant les causes ayant menée les Égyptiens à se soulever contre le régime de Mubarak, l’héritage des révoltes du 25 janvier est également décevant. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président a pris plusieurs mesures pour limiter l’espace au sein du quelle la société civile pouvait s’exprimer . Il a de faire passer une loi « anti-manifestation » en novembre 2013[5] ; et des centaines d’activistes sont maintenant derrière les barreaux pour l’avoir violé[6]. Plus récemment, un projet de loi a été proposé au parlement pour interdire aux organisations de défense des droits humains ; ainsi que les organisations financées par la communauté internationale telle que l’ONU d’agir sur le territoire Égyptien.

 

 

La situation économique du pays ne se porte guère mieux ; et la marche de manœuvre du régime est limitée de par la corruption. Cela existait déjà pendant l’aire Mubarak. En effet, le secteur privé est dominé par un petit nombre d ‘entreprises occupant une position privilégiée au sein du système. Celles-ci limitent la croissance des petites et moyennes entreprises,contrat la création de nouveaux emplois.[7] Le taux de chomage a d’ailleurs augmenter de 3,5% depuis 2011[8] ; et besoin de réformes économiques se fait encore plus ressentir que la croissance de la population a augmenter, faisant pression sur les infrastrcutures.

 

En conclusion, les espoirs portés par la révolution égyptienne sont loin de s’être réalisé. En effet, les brutalités policières, la répression des activites et des journalistes, la situation économique désastreuse et la prédominance des éléments progouvernementaux au parlement amènent certains experts à penser qu’il s’agit d’une dictature bien plus dure que celle précédant les révoltes de 2011[9]. Les espoirs d’un nouveau soulèvement ne sont cependant pas perdus. Rappelons que les révolutions sont des processus lents et jalonés d’épreuves et de pression venant de forces contre-révolutionnaires. Le peuple égyptien aura-t-il encore la force de se soulever une nouvelle fois pour dénoncer sa situation ?

[1] http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2017/01/egypt-war-attrition-revolutionaries-170125074249216.html

[2] http://www.middleeasteye.net/news/egypt-right-track-six-years-after-revolution-says-sisi-1169055645

[4] Asef Bayât in Haddad, Bassan, Rosie Bsheer and Ziad Abu Rish (eds.), The Dawn of the Arab Uprisings: End of an old order? (London: Pluto, 2012), Section 1

[5] La loi a reçu certains amendements que les sceptiques qualifient de ‘cosmétique’ voir almonitor

[6] http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2017/01/egypt-january-revolution-anniversary-alive-challenges.html

[7] http://www.middleeasteye.net/news/egypt-right-track-six-years-after-revolution-says-sisi-1169055645

[8] http://www.worldbank.org/en/country/egypt/overview

[9] http://www.aljazeera.com/news/2016/01/160122114637805.html