15/02/2017

Une visite tumultueuse pour Charles Michel en Israël

Par Chloé de Radzitzky

Lundi dernier, le Premier Ministre belge Charles Michel partait pour une visite de trois jours en Israël. Au programme étaient planifiées des visites officielles avec notamment Benyamin Netanyahou, Reuven Rivlin, des rencontres avec de potentiels investisseurs, ainsi que la visite de projets soutenus par la coopération belge. Tout aurait pu se passer sans encombre si le président israélien n’avait dénoncé, dans un communiqué de presse, la rencontre entre Charles Michel et deux organisations israéliennes, B’tselem et Breaking the silence, s’opposant à la colonisation[1].  Netanyahou a déclaré que « le gouvernement belge doit décider s’il veut changer de direction ou continuer sur une ligne anti-israélienne »[2] . Cette déclaration fait écho à la position, quelque peu ambiguë, que le Royaume entretient à l’égard d’Israël.

 

La Belgique se considère comme un ami d’Israël, comme l’indique le site du ministère des affaires étrangères belge . En effet elle a voté pour la résolution des Nations unies en 1947 organisant la partition de la Palestine et a reconnu trois ans plus tard l’existence de l’État d’Israël. Le royaume bénéficie également de bons rapports économiques avec l’État juif, qui se trouve d’ailleurs être son 22ème partenaire économique le plus important (avec 2,325.3 millions d’euros d’exports)[3].

 

Pourtant, les rapports entre la Belgique et Israël, bien que bons, n’ont pas toujours été cordiaux. Leurs relations ont évolué au fil des années. Au début de la création d’Israël, la Belgique a certes voté pour la partition de la Palestine, mais le Premier Ministre de l’époque Paul-Henri Spaak était à la base opposée sur le plan de partage prévoyant l’établissement d’un nouvel État en Palestine en 1947. Il déclare en 1948 devant le sénat « Je suis convaincu (…) que la création d’un État juif avec une immigration non limitée de Juifs représente pour le monde arabe un très sérieux problème et un danger. Car il est certain que le jour où une Palestine juive sera surpeuplée, une première tendance se manifestera : celle de déborder dans la Palestine arabe ; puis une seconde tendance, si le phénomène persiste, de s’étendre au détriment des pays arabes »[4]. Bruxelles se trouvera par la suite plus proche d’Israël lors de la crise de Suez, avant de prendre ses distances à l’issue de l’occupation de certains territoires à l’issue de la guerre du Kippour. Elle a parallèlement toujours soutenu la sécurité et l’existence de l’État juif.

 

Suite à la création de l’Union Européenne, la Belgique est venue calquer sa politique étrangère à l’égard du Moyen Orient sur celle de L’UE. Celle-ci se dit d’être une fervente défenseuse de la solution à deux états, et condamne les colonies. L’UE entretient néanmoins de bonnes relations avec Israël, surtout sur le plan économique. Cela n’a néanmoins pas empêché la Belgique d’avoir quelques déboires avec Tel Aviv. En effet, au début des années 2000 la Belgique entreprend des poursuites contre Ariel Sharon pour son implication des massacres de Sabra et Chatila. La Belgique fait également en ce moment une enquête concernant des crimes de guerre qui auraient été commis pendant l’opération « Plomb durci » entre 2008 et 2009[5]. Cette poursuite avait été entamée dans le cadre d’une loi de compétence universelle qui a depuis lors été abolie.

 

D’un point de vue économique, la Belgique a une position pour le moins ambigüe à l’égard d’Israël. En effet, elle recommande l’étiquetage des produits provenant de territoires occupés, mais ne l’impose pas (ce qui rend cette mesure obsolète en réalité). De plus, elle ne décourage pas l’établissement de business dans les territoires occupés. De même, la Belgique veut le respect du droit international mais s’oppose à l’imposition de sanction à l’égard d’Israël[6].

 

La politique étrangère de la Belgique à l’égard d’Israël est donc ambiguë et manque pour le moins de fermeté, comme il a été démontré dans les paragraphes ci-dessus. D’une part, elle condamne violemment les colonies tout en voulant préserver de bons rapports avec Israël, surtout au niveau économique. Dans un contexte politique changeant, la position de la Belgique, et plus généralement de l’Union Européenne par rapport à Israël et à la question palestinienne semble se craqueler quelque peu, surtout depuis la tenue de la conférence de Paris il y a quelques semaines[7].

 

[1] http://www.rtl.be/info/belgique/politique/ca-chauffe-entre-netanyahu-etcharles-michel-lepremier-ministre-israelien-n-est-pas-content-et-le-fait-savoir-889878.aspx

 

[2] http://www.rtl.be/info/belgique/politique/ca-chauffe-entre-netanyahu-etcharles-michel-lepremier-ministre-israelien-n-est-pas-content-et-le-fait-savoir-889878.aspx

[3] http://israel.diplomatie.belgium.be/en/belgium-and-israel/diplomatic-relations

http://www.cncd.be/IMG/pdf/2015_rapport_liensbel-israel_web.pdf

 

[4]  Lemanska, K., 2014,  « Les liens entre la Belgique et l’occupation israélienne »,  p.17. Consulté le 13 fevrier 2017 sur http://www.cncd.be/IMG/pdf/2015_rapport_liensbel-israel_web.pdf

 

[5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/02/09/netanyahou-en-colere-contre-la-belgique_5077088_3218.html

 

 

[6] Lemanska, K., 2014,  « Les liens entre la Belgique et l’occupation israélienne »,  pp.19. Consulté le 13 fevrier 2017 sur http://www.cncd.be/IMG/pdf/2015_rapport_liensbel-israel_web.pdf

 

[7] https://www.rtbf.be/info/monde/detail_charles-michel-entame-sa-visite-en-israel-et-en-palestine-lundi?id=9522024