IRAK

Nom officiel: République d’Irak (‘al-jumhûriyyatu al-iraqiyah)

Capitale: Bagdad

Forme de gouvernement : démocratie parlementaire

Superficie: 438.317 km²

Comparaison avec un pays européen: environ la taille de la Suède

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEMOGRAPHIE

Population (juillet 2014): 32 585 692

Densité (2011 est.): 71,2  habitants/km2

Jeunes (moins de 15 ans) : 36,7%

Taux d’accroissement (2014 est.): 2,23%

Indice de fécondité (2014 est.): 3,41

Espérance de vie (2014 est.): 71,42 ans

Mortalité infantile (2014 est.): 37,53‰

Population urbaine (2011): 66,5%

Principales villes (2011) : Bagdad (6,036 millions), Mossoul (1,494 million), Erbil (1,039 million), Bassora (942 000), Souleimaniye (867 000), Najaf (779 000)

Taux d’analphabétisme (2011): hommes 14 % –  femmes 28,8 %

Groupes ethniques: Arabes 75-80%, Kurdes 15-20%, Turkmènes et Assyriens et autres 5%

Langues : arabe, kurde, syriaque (off.), turkmène, assyrien, arménien.

Religions: musulmans chiites: 60-65% – musulmans sunnites: 32-37% – chrétiens (divers rites): 0,8%

IDH (2012): 0.59 (soit développement moyen) – 131ème rang sur 177 pays

ECONOMIE

Monnaie: 1 euro = 1517.13 dinars irakiens (au 24.01.2012)

PIB total  (2013 est.): $ 249 400 000 000

PIB par habitant(2013 est.): $ 7 100

Taux de chômage (2012) : 16%

Taux d’inflation (2013) : 2% (6,1% en 2012)

Croissance économique (2013 est.): 4,2%

Industrie: pétrole, chimie, textile, matériaux de construction

Produits agricoles: blé, orge, riz, légumes, dattes, coton, bétail, moutons, volaille

Exportations (2013 est.): 91,99 milliards US $

Importations (2010 est.): 66,61 milliards US $

Principales exportations : pétrole brut (84%), matières brutes (excepté les combustibles), nourriture, bêtes

Principales importations : nourriture, médicaments, produits manufacturés

Principaux partenaires commerciaux (2012) : Exportations: États-Unis 21,1%, Inde 20,2%, Chine 13,6%, Corée du Sud 11%, Canada 4,7%, Italie 4,4%, Espagne (4,2%) – Importations:  Turquie 27,5%, Syrie 16,2%, Chine 12,5%, États-Unis 5,2%, Corée du Sud 4,7%

Dette extérieure (fin 2013) : 59,49 milliards US $

POLITIQUE ET RELATIONS INTERNATIONALES

Indépendance : 3 octobre 1932

Membre notamment de: Ligue des Etats Arabes, Organisation de la Conférence Islamique (OCI)

Signataire notamment de: Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP)

* Avant la chute de Bagdad le 12 avril 2003 et l’occupation du pays par les Etats-Unis et leurs alliés, le système politique irakien se présentait comme suit:

Depuis le 8 juin 2006, le gouvernement est le suivant :

Président de la République : M. Jalal TALABANI

Premier ministre :  M. Nouri AL MALIKI

Vice Premier ministre: Tariq al-Hashimi, Khudayr Musa Jafar Abbas al-Khuzai

Ministre des Affaires Etrangères : Hoshyar Mahmud Zebari

Ministre de la Défense : Sadun al-Dulaymi

Principaux partis politiques : Conseil suprême islamique irakien, Entente nationale irakienne, Front national irakien du dialogue, Mouvement national pour la reforme et le développement, Mouvement pour le changement, Mouvement sadriste, Parti démocratique du Kurdistan, Parti islamique Dawa, Parti islamique Dawa – Organisation d’Irak, Union patriotique du Kurdistan

Données militaires: Armée nationale par effectif (2013) : 193 400 (+500 000 policiers) – Dépenses militaires en % du PIB (2012) : 2,88% – Montant de l’aide américaine à l’armée irakienne par an : 1,3 milliard $

Bref historique

Etat d’Asie occidentale, l’Irak est le nom actuel de l’ancienne Mésopotamie («pays entre les fleuves» en grec). Traversé par le Tigre et l’Euphrate, le pays est un des berceaux de la civilisation antique où se sont succédés les Sumériens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Romains, les Byzantins, etc.

Les Arabes conquirent la Mésopotamie au VIIème siècle. Après la proclamation du Califat abasside en 750, Bagdad devint l’un des centres les plus brillants de la vie économique, politique, culturelle et religieuse de l’islam, qui connut son apogée sous le règne d’Haroun al-Rachid. Cette période prospère prit fin lors de la conquête mongole au XIVème siècle puis de la domination ottomane au XVIème siècle.

L’Irak moderne

L’Etat irakien, dans ses frontières actuelles, est le résultat d’un découpage territorial récent. Après la Première Guerre mondiale et le démembrement de l’Empire ottoman, la Grande-Bretagne se voit confier en août 1920 un mandat de la Société des Nations (SDN) sur le territoire irakien et installe au pouvoir la monarchie hachémite (famille dont une autre branche est actuellement au pouvoir en Jordanie). L’Emir Fayçal, fils du Chérif Hussein de la Mecque, est intronisé par la puissance mandataire en août 1921. Dès le début des années trente, le pétrole devient la principale ressource économique du pays. L’indépendance formelle est proclamée en octobre 1932, deux ans après la fin du mandat, mais la domination britannique continue de s’exercer par le biais des intérêts économiques.

Le 14 juillet 1958, un coup d’Etat, fomenté par un groupe d’officiers nationalistes, renverse le roi Fayçal II. Le Général Kassem proclame l’avènement de la République. En 1974, un statut d’autonomie est accordé au Kurdistan, divisé en trois provinces.

En 1963, un nouveau coup d’Etat permet à la branche irakienne du Parti Baath de s’emparer du pouvoir et Saddam Hussein revient en Irak après plusieurs années d’exil en Syrie et en Egypte (il avait été accusé d’avoir participé à une tentative d’assassinat contre le général Kassem en octobre 1959). Pourtant, le Parti subit une éclipse, qui durera 5 ans, et Saddam Hussein passe dans la clandestinité. Arrêté en octobre 1964, il est élu Secrétaire Général Adjoint du Parti Baath, à sa sortie de prison, en 1966.

Le Baath accède définitivement au pouvoir le 30 juillet 1968 lorsqu’Ahmad Hassan Al-Bakr, cousin de Saddam Hussein, devient Président de la République. En 1970, l’Irak devient une démocratie populaire et adopte une Constitution provisoire qui garantit la liberté de religion et interdit toute discrimination à caractère racial, religieux ou linguistique.

En novembre 1969, Saddam Hussein accède à la vice-présidence du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR), véritable centre du pouvoir irakien, et s’impose peu à peu comme l’homme fort du régime, en éliminant ses adversaires politiques. Le 16 juillet 1979, Ahmad Hassan Al-Bakr démissionne et Saddam Hussein le remplace à la Présidence de la République. Menant une politique volontariste et pragmatique, avec pour ambition d’affirmer sa puissance, il prend des décisions qui marqueront l’Irak contemporain.

Sous le régime monarchique, le développement du pays était resté limité. Les efforts les plus marquants seront entrepris dès l’arrivée du parti Baath au pouvoir, en juillet 1968. Par la nationalisation des compagnies pétrolières entre 1972 et 1975, l’Irak bénéficie d’une indépendance financière. La manne pétrolière est à l’origine de profondes mutations au sein de la société irakienne. Le quintuplement du prix du pétrole en 1973 permet au pays de renforcer ses programmes d’éducation, d’irrigation et d’industrialisation. Cas unique dans le monde arabe, l’Irak était en passe d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en 1980. Alors que le secteur industriel se développait et se diversifiait, la quasi-totalité des nouveaux investissements fut, à partir de 1980, consacrée à l’armement, l’Irak dépensant jusqu’à 40% de son PNB/habitant pour sa défense.

Première Guerre du Golfe (1980-1988)

Bien que l’Iran et l’Irak aient signé, en mars 1975, l’accord d’Alger, mettant fin à leur différend frontalier, les relations entre les deux pays se détériorent rapidement après l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny à Téhéran en février 1979. La crainte d’une contagion révolutionnaire justifiera l’engagement des pays occidentaux aux côtés de Bagdad. De plus, le leadership irakien -sunnite, craignait que la révolution islamique -chiite, n’ait des répercussions sur la majorité de la population irakienne, elle aussi chiite. Paradoxalement, les régimes conservateurs et monarchistes du Golfe apportent une assistance financière massive à l’Irak laïc et républicain.

Outre la rivalité séculaire entre Arabes et Perses, entre Sunnites et Chiites, cette guerre a pour enjeu le contrôle de la zone stratégique du Chatt al-Arab. Après une série d’incidents frontaliers, l’armée irakienne attaque, le 22 septembre 1980, la province iranienne du Khouzistan, peuplée majoritairement d’Arabophones. Contrairement aux attentes irakiennes, l’Iran offre une forte résistance. En 1987, les Nations Unies exigent que l’Iran et l’Irak cessent les combats. Après un premier refus des deux pays, l’Iran accepte le cessez-le-feu en 1988. Cette Première Guerre du Golfe mobilisera, pendant huit ans toutes les ressources économiques, militaires et humaines du pays. La complaisance des pays occidentaux à l’égard de l’Irak n’est nullement entamée par la probable utilisation d’armes chimiques contre la population kurde du nord du pays. Le bombardement du village d’Halabja, dans le Kurdistan irakien, qui causa la mort de milliers de personnes, et que les Etats-Unis attribuaient alors à l’Iran, ne suscita qu’une protestation discrète de la communauté internationale. Bien que ruiné par son effort de guerre contre l’Iran, l’Irak put reconstituer rapidement son outil militaire, en partie grâce à l’octroi de crédits occidentaux et à la technologie acquise auprès d’Etats européens et aux Etats-Unis.

Deuxième Guerre du Golfe (1991)

Dès la fin de la guerre avec l’Iran, Saddam Hussein relance sa politique belliciste. L’Irak considère le Koweït comme une création de l’impérialisme occidental, privant Bagdad d’un débouché maritime sur le Golfe Persique. En 1961 déjà, l’Irak, refusant de reconnaître l’indépendance du petit émirat, avait tenté d’envahir le nouvel Etat indépendant. Les troupes britanniques repoussèrent l’agression et furent ensuite remplacées par une force interarabe.

Héraut du panarabisme, Saddam Hussein pense jouir d’une position privilégiée en tant que dictateur non-islamiste de la région du Golfe Persique. Dès le mois de juillet 1990, Saddam Hussein accuse le Koweït, les Emirats Arabes Unis, Israël et les Etats-Unis, d’empêcher l’Irak d’exploiter librement son pétrole. Il fustige ses voisins de faire baisser le cours du brut en augmentant leur production. Personne ne se doute alors que l’Irak pourrait déclencher un conflit.

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït et prennent le contrôle de tout le pays, le proclamant 19ème province irakienne. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte le jour même la résolution 660, exigeant le retrait immédiat et inconditionnel des forces irakiennes du territoire koweïtien (voir Résolutions du Conseil concernant la situation entre l’Irak et le Koweït). Quatre jours plus tard un embargo financier, commercial et militaire est décrété. Le 8 août, Saddam Hussein proclame unilatéralement la «fusion totale et irréversible» des deux Etats. Refusant de se plier aux différentes résolutions de l’ONU, il pousse l’organisation internationale dans ses derniers retranchements. La résolution 678 du 28 novembre 1990 est un ultimatum dont il ne tient pas compte. Le 17 janvier 1991, deux jours après l’expiration de cet ultimatum, une force multinationale de 32 pays et de 750.000 hommes, sous le commandement américain, attaque l’Irak (opération « Tempête du Désert »). L’offensive militaire, bombardements massifs suivis d’une courte campagne militaire de quatre jours, se termine le 28 février. Le 2 mars, le Conseil de Sécurité adoptait la résolution 686 définissant les conditions d’un cessez-le-feu définitif avec l’Irak. Le 3 avril 1991, est adoptée la résolution 687, qui oblige l’Irak à détruire ses armes de destruction massive et certains types de missiles, établit un système d’inspection et crée l’Unscom (Commission spéciale des Nations Unies sur le désarmement de l’Irak). Deux zones d’exclusion aériennes, au nord (36ème parallèle) et au sud (32ème parallèle, étendue au 33ème parallèle en septembre 1996), sont instaurées par les alliés (sans l’aval de l’ONU) et coïncident avec les riches zones pétrolières du pays.

Embargo des NU et répression intérieure (décennie 1990)

A l’issue de ce conflit, première crise majeure de l’après-guerre froide, l’ONU et les forces coalisées ne cherchèrent pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Irak. Cette stratégie permit aux Etats-Unis d’asseoir leur influence dans la région. Dès la fin de la guerre, le Président irakien se heurte à un fort mécontentement populaire engendré par les restrictions économiques. Il répond à la menace d’un éventuel coup d’Etat par une répression sanglante dirigée notamment contre l’armée. Mais la passivité occidentale lui permet paradoxalement de renforcer son pouvoir et d’écraser dans l’indifférence de la communauté internationale les insurrections chiite et kurde du printemps 1991.

Pendant toute la décennie ‘90, le bras de fer entre l’ONU et le régime irakien se poursuit, Saddam Hussein refusant à plusieurs reprises aux inspecteurs de l’ONU de visiter tous les sites susceptibles de receler des armes de destruction massive. Dès 1992, les Nations Unies exigent le démantèlement des capacités nucléaire, chimique et bactériologique de l’armée irakienne. Le 10 décembre 1996, le programme « pétrole contre nourriture » entre en vigueur et marque un «assouplissement» de l’embargo. Il permet à l’Irak d’exporter son pétrole pour se procurer des denrées alimentaires, des médicaments et des produits de première nécessité (une partie des recettes de la vente de pétrole étant destinée aux réparations dues au Koweït). Bien que cette résolution ait été assouplie à deux reprises, les conséquences de l’embargo sont dramatiques pour la population civile. Selon l’Unicef, un demi million d’enfants de moins de 5 ans seraient mort des suites du système de sanctions draconien imposé à l’Irak.

En janvier 1998, l’Irak suspend les inspections de l’Unscom. Au mois d’août, Bagdad cesse de coopérer avec les Nations Unies et les inspecteurs se retirent. Les Etats-Unis renforcent alors leur dispositif militaire dans le golfe arabo-persique. Du 16 au 19 décembre 1998, sous l’administration démocrate de Bill Clinton, a lieu l’opération « Renard du Désert ». Une série d’attaques aériennes anglo-américaines sont prétendument dirigées contre les programmes d’armements nucléaire, chimique et biologique de l’Irak.

En décembre 1999, la Cocovinu (Commission de surveillance, de vérification et d’inspection des Nations Unies, Unmovic en anglais) est créée par la résolution 1284 du Conseil de Sécurité avec à sa tête Hans Blix, en remplacement de l’Unscom.

Troisième guerre du Golfe (2003)

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis change la donne internationale. Au-delà d’une menace sur la sécurité des approvisionnements pétroliers, l’administration américaine fait de la lutte contre le terrorisme l’objectif principal de sa politique étrangère. La tension monte progressivement entre Washington et Bagdad. En janvier 2002, dans son discours annuel sur l’état de l’Union, le Président américain déclare que l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord constituent un « axe du mal », soutenant les mouvements terroristes et développant des armes de destruction massive. Pourtant, aucun lien tangible n’a pu être établi entre Saddam Hussein et le réseau Al-Qaïda, dirigé par Oussama Ben Laden, responsable des attaques du 11 septembre contre le World Trade Center et le Pentagone. Progressivement, le Président américain, appuyé la droite néoconservatrice et les faucons du Pentagone, développe l’idée d’une «guerre préventive», destinée à désarmer l’Irak. Dans un second temps, l’objectif avoué de Washington est le renversement du régime de Saddam Hussein et l’émergence de nouvelles structures démocratiques dans la région, par effet de contagion.

En septembre 2002, Saddam Hussein annonce qu’il accepte un retour inconditionnel des inspecteurs de l’ONU. La résolution 1441 du Conseil de Sécurité, adoptée à l’unanimité (y compris par la Syrie) le 8 novembre 2002, impose à l’Irak de fournir dans un délai d’un mois une liste « complète, exacte et à jour » de ses stocks et programmes d’armes non conventionnelles et de missiles balistiques. Le 25 novembre arrivent à Bagdad Hans Blix, chef des inspecteurs de la Cocovinu (Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies) et Mohamed El-Baradei, directeur de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique). Le 12 décembre, Bagdad transmet aux Nations Unies un document de 12.000 pages, censé rendre compte de l’état de son armement.

Dès le début de l’année 2003, la « question irakienne » divise la communauté internationale au sein du Conseil de Sécurité, alors que l’armée américaine se masse autour de l’Irak. Les rapports des Nations Unies et de l’AIEA, présentés le 7 mars 2003 au Conseil de Sécurité, mettent l’accent sur la coopération active du régime irakien (notamment la destruction de missiles Al Samoud 2, dépassant la portée autorisée par l’ONU) et l’absence d’un programme nucléaire. Les chefs des inspecteurs demandent plusieurs mois de délai afin de déterminer de quels types d’armes dispose l’Irak et de procéder à leur éventuelle destruction. Cela ne calme pas la détermination des Etats-Unis et du Royaume Uni qui intensifient leurs préparatifs militaires dans la région.

Au mois de février, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne envisagent de présenter un nouveau projet de résolution, estimant que Bagdad n’a pas fourni le niveau de coopération attendu. Les trois autres membres permanents du Conseil de Sécurité (France, Russie, Chine) annoncent qu’ils s’opposeront à un nouveau texte autorisant le recours à la force et prônent la prolongation des inspections. Les Etats-Unis et le « camp de la paix » tentent chacun de leur côté, une dernière offensive diplomatique afin de convaincre les indécis. Conscients du risque que cette résolution ne soit pas votée par la majorité qualifiée d’au moins neuf voix sur quinze parmi les membres non permanents du Conseil de Sécurité (même avec cette majorité, le projet se heurterait au veto de la France, de la Russie et de la Chine), Washington, Londres et Madrid retirent leur proposition de résolution. Georges W. Bush lance alors un ultimatum à Saddam Hussein et à ses fils, lui donnant jusqu’au 17 mars pour quitter le pays.

Le déclenchement de la guerre le 20 mars, -baptisée par l’administration américaine «Liberté en Irak»- en dépit des imposantes manifestations pacifistes dans le monde qui l’ont précédée, marque l’effondrement du système de sécurité collective hérité de la Seconde Guerre mondiale.

L’offensive terrestre est lancée dans le Sud irakien (Oum Kasr, Bassora, Nassiriya, Nadjaf, Kerbala) alors que Bagdad subissait une série de bombardements visant les cibles stratégiques du régime (bâtiments gouvernementaux, complexes présidentiels) mais provoquant de nombreux dégâts collatéraux auprès de la population civile. Devant la résistance des premiers jours de l’armée irakienne, Georges W. Bush annonce que la guerre sera plus longue que prévu. Mais l’armée américaine progresse rapidement vers Bagdad et investit la ville le 9 avril. Tikrit, ville natale de Saddam Hussein, tombe le 14 avril. La crainte d’une guérilla urbaine dans la capitale, métropole de 5 millions d’habitants et deuxième ville du monde arabe après Le Caire, semble sans objet.

Les Etats-Unis décident ensuite la mise en place d’une force internationale de stabilisation. Cette force se partagerait en trois secteurs géographiques administrés séparément par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne. Les Etats-Unis contrôleraient la région de Bagdad, la Grande-Bretagne, le Sud chiite et la Pologne, le Kurdistan. La Pologne a en effet envoyé un petit contingent de 200 militaires dans la région, dont 50 ont participé aux opérations militaires. L’Italie et l’Espagne dévoient simplement envoyer des tropes, donc or cadre (3.000 hommes pour l’Italie et 1.500 pour l’Espagne). Le Président américain a chargé Paul Bremer, spécialiste des situations de crise et ancien chef du contre-terrorisme au Département d’Etat sous le président Reagan, de superviser la reconstruction de l’Irak. Il coiffera le général Jay Garner, administrateur civil à Bagdad. Sept à neuf personnalités de l’ancienne opposition irakienne participeraient à la formation d’un gouvernement intérimaire. Parmi ces personnalités, Ahmed Chalabi, Président du Congrès National Irakien (principal parti d’opposition en exil), les deux dirigeants kurdes irakiens Massoud Barzani (Parti Démocratique du Kurdistan) et Jalal Talabani (Union Patriotique du Kurdistan), Abdel Aziz al-Akim (Assemblée suprême de la Révolution islamique, basée en Iran) Iyad Alaoui (Entente nationale irakienne) (voir Partis politiques kurdes). La composition de cette direction transitoire est censée représenter la complexité et la diversité ethnique et religieuse de l’Irak.

La France, l’Allemagne et la Russie se voient écartées du processus de reconstruction de l’Irak, les Etats-Unis ne pardonnant pas leur opposition à la guerre. L’ONU est dépourvue de tout rôle politique et est cantonnée à un rôle strictement humanitaire.

Le défi principal de l’«après Saddam Hussein» est la réorganisation des infrastructures de base, des services publics et du secteur pétrolier afin d’éviter l’explosion sociale qui menace le fragile équilibre confessionnel. Les manifestations de protestation à la présence américaine et les scènes de pillage se sont multipliées et la vacance du pouvoir a fait naître une insécurité croissante dans tout le pays.

Les démonstrations de la ferveur religieuse des chiites, mis à l’écart par le pouvoir bassiste et exclus de la fonction publique et des postes à responsabilité, ont pris de court les stratèges du Pentagone. Le clergé chiite, revenu de ses années d’exil et réclamant l’instauration d’un régime islamique, est en effet la force la mieux organisée du nouvel Irak et bénéficie de l’appui du régime de Téhéran. La laïcité de l’Irak, principal acquis de la période bassiste, s’en trouve largement menacée.

Les fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, ont été tués par l’armée américaine le 22 juillet 2003 à Mossoul. Saddam Hussein a quant à lui été arrêté le 13 décembre 2003 sans résistance au sud de son fief de Tikrit. Il était terré dans un cache en possession d’armes et d’argent. Son procès débute en octobre 2005 – il est jugé pour génocide, crime contre l’humanité et crime de guerre, et est condamné à mort le 5 novembre 2006. Il est exécuté à Bagdad le 30 décembre 2006.

L’après Saddam et les conséquences de la guerre (2005 – 2008)

L’année 2005 marque un tournant dans la politique irakienne. Dès janvier de cette même année s’organise l’élection d’une assemblée nationale constituante, qui désignerait un nouveau président et un nouveau gouvernement. Le 30 janvier, jour du vote on a dénombré une participation électorale importante malgré les attentats perpétrés contre les électeurs.

La nouvelle Constitution est adoptée le 15 août 2005, et est acceptée par 78% du peuple irakien.

le 20 avril 2006, le gouvernement du premier ministre Nouri Al-Maliki entre en fonction, le 8 juin 2006, le Parlement approuve la nomination des ministres de la Défense (le général Abdul-Qadre Mohammed Jassim), du ministre de l’intérieur (Jawad al-Bulani) et de la sécurité nationale (Chirwan al-Waili). Ces élections sont les premières élections libres depuis 50 ans.

La guerre a eu des conséquences dramatiques sur la situation en Irak, elle a causé des milliers de morts et de nombreuses personnes ont fuit le pays, notamment vers l’Iran. A l’heure actuelle, l’absence de stabilité est la porte ouverte à tous les actes terroristes, détruisant les infrastructures, les équipements, ou encore des écoles, augmentant toujours plus le nombre de victimes. Les attentats dans les provinces de Diyala ou de Ninive sont presque quotidiens; l’insécurité y est omniprésente.

Économiquement en revanche, on observe une hausse importante du PNB et du nombre d’entreprises privées du fait de la libéralisation de l’économie. De nombreuses entreprises étrangères ont investit dans le pétrole irakien, empêchant l’Irak de jouir de toutes ses ressources, plusieurs usines ont été sabotées, les pertes en pétrole sont gigantesques.

Aujourd’hui la situation en Irak est loin d’être rétablie, les forces américaines, toujours présentes sur le territoire confient progressivement les provinces irakiennes à l’armée – au 16 juillet 2008, dix provinces sur un total de 18 sont passées aux mains des irakiens. L’objectif du général David Petraeus, (chef du commandement central qui supervises les opérations en Irak et en Afghanistan) étant que les huit restantes passent sous contrôle irakien d’ici à la fin de l’année 2008.

Une reprise lente et des réformes en suspend

L’Irak a fait des progrès lents pour promulguer des lois et développer les institutions nécessaires à la mise en œuvre de la politique économique, tandis que des réformes politiques sont encore nécessaires pour apaiser les inquiétudes des investisseurs. Le gouvernement irakien est désireux d’attirer davantage d’investissements directs à l’étranger (IDE), mais il est confronté à un certain nombre d’obstacles, en termes de stabilité politique, sociale et sécuritaire. La corruption endémique, la vétusté des infrastructures, l’insuffisance des services publics et les vieilles lois commerciales freinent l’investissement et continuent à freiner la croissance du secteur privé.

En 2010, Bagdad a signé des accords avec le FMI et la Banque Mondiale pour les programmes d’aide conditionnel destinés à aider et à renforcer l’économie et les institutions nationales. L’Irak envisage un ensemble de lois visant à établir un cadre juridique moderne pour le secteur pétrolier et un mécanisme permettant de diviser équitablement les revenus du pétrole au sein de la nation. Les tensions politiques et économiques entre Bagdad et les gouvernements locaux, en particulier avec le Kurdistan, ont conduit certains conseils provinciaux à utiliser leurs budgets de façon indépendante, afin de faciliter les investissements à leur niveau. Alors que les revenus pétroliers ne sont pas redistribués à l’ensemble de la population, dont le niveau de vie ne s’améliore pas, l’Irak peine à se projeter dans le long terme, en particulier dans l’élaboration d’une politique économique post-pétrole. Le tarissement des puits de pétrole doit encourager le développement du secteur privé, rendant plus que jamais nécessaire une réforme du système politique irakien.

Un point positif peut être noté : le retour de Bagdad comme l’une des capitales du monde arabe capables d’accueillir des conférences internationales. En mars 2012, la capitale irakienne a accueilli le sommet de la Ligue arabe, une première depuis la Première Guerre du Golfe (1990). Le sommet fut marqué par des discussions sur la crise syrienne, mais aussi par l’échange d’ambassadeurs entre l’Irak et l’Arabie Saoudite, une première depuis 1990.

Printemps arabe et offensive djihadiste (2011- )

Dans le contexte des révoltes arabes qui ont secoué l’ensemble de la région, l’Irak a connu également des révoltes. Les manifestants réclamaient plus de libertés, des infrastructures, un meilleur accès à l’eau et aux soins, et la fin de la corruption. Le régime de Nouri al-Maliki était particulièrement visé, le Premier ministre étant accusé de gérer le pays de façon autoritaire. L’armée a réprimé les points de contestation, sans pour autant que la situation ne se stabilise. Les attentats de la branche irakienne d’al-Qaïda sont quotidiens dans le pays, ce qui accroît les tensions communautaires et le déchirement du tissu social.

Au lendemain du départ des troupes américaines d’Irak, Maliki a intensifié sa politique de marginalisation des sunnites, dans la continuité de la « débaasification » qui a suivi le renversement du régime de Saddam Hussein. L’arrestation du vice-président sunnite Tarek al-Hachémi en décembre 2011, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, en est l’illustration.

En janvier 2014, les provinces sunnites de l’ouest (province d’Anbar) se soulèvent contre le régime de Bagdad. Le conflit syrien, dont les rebelles recrutent en majorité dans la communauté sunnite, fut un catalyseur pour les Irakiens sunnites, las d’être marginalisés dans leur propre pays. Les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont profité de ce mécontentement pour s’imposer et s’emparer de Ramadi et Fallouja, deux villes à l’ouest de Bagdad.

Les élections législatives de fin avril 2014 achèveront le mécontentement et la radicalisation des sunnites, puisque l’on assiste à l’effondrement de leurs partis, au profit des chiites. Les djihadistes de l’EIIL, renforcés par leurs succès en Syrie et l’acquisition d’armes lourdes, ont lancé en juin une offensive éclair dans le nord de l’Irak, s’emparant notamment de Mossoul le 10 juin, la deuxième ville du pays. Depuis, ils ont poursuivi leur offensive vers Bagdad, en s’emparant de la ville natale de Saddam Hussein, Tikrit, et ont proclamé un califat le 29 juin à cheval sur l’ouest de la Syrie (qu’ils contrôlent, depuis leur fief à Raqqa) et le nord de l’Irak. Le calife, Abu Bakr al-Baghdadi, qui se fait appeler désormais « Ibrahim », a fait sa première apparition publique dans une mosquée de Mossoul, le vendredi 4 juillet. Quant au Kurdistan irakien géré par Massoud Barzani, hostile à la fois au gouvernement de Bagdad et aux djihadistes, il a profité de la situation pour s’emparer de la ville de Kirkouk et annoncer un référendum d’indépendance. La région accueille de nombreux réfugiés de Mossoul et d’ailleurs, en particulier des minorités religieuses, telles que les chrétiens.

Sources:  CIA World Factbook 2014, Arab Human Development Report 2009, BBC, International Herald Tribune, Financial Times, l’état du Monde 2014, International Institute for Strategic Studies (IISS)