Zones d’exclusion aériennes en Irak

La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis avaient établi successivement en 1991 et 1992 au-dessus du territoire irakien deux zones d’exclusion aériennes interdites aux avions et hélicoptères irakiens. Dès leur établissement, ces zones ont été patrouillées par des avions de chasse français, britanniques et américains basés, pour la zone nord, à Inçirlik près d’Adana en Turquie, et, pour la zone sud, au Koweit et en Arabie Saoudite.

La première zone comprenait toute la région située au nord du 36ème parallèle. Elle a été instaurée le 7 avril 1991, six semaines après la fin de la première Guerre du Golfe. Elle comprenait notamment l’espace aérien autour de la ville de Mossoul.

La seconde zone d’exclusion aérienne, au sud du pays, est située au sud du 32ème parallèle. Elle a été instaurée le 27 août 1992 et incluait notamment la ville de Bassorah. En septembre 1996, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont étendu cette zone jusqu’au 33ème parallèle mais la France s’est dissociée de cette mesure et n’a jamais patrouillé dans cette extension de la zone sud.

Ces deux zones, qui couvraient plus de la moitié du territoire irakien, n’ont jamais fait l’objet d’aucune résolution de la part du Conseil de Sécurité ni de l’Assemblée Générale des Nations-Unies.

Par l’instauration de ces zones, les alliés prétendaient protéger les populations kurdes et chiites d’Irak, s’appuyant en cela sur la Résolution 688 du Conseil de Sécurité du 3 avril 1991 sommant Bagdad de cesser la répression menée contre sa population civile. Cependant, contrairement à d’autres textes concernant l’Irak, la résolution 688 n’a pas été adoptée dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations-Unies autorisant le recours à la force.

Jusqu’à la chute de Saddam Hussein en avril 2003, le gouvernement irakien a toujours protesté contre cette violation de sa souveraineté mais a de fait tenu compte de l’existence de ces deux zones d’exclusion. Après les bombardements américano-britanniques qui ont eu lieu du 17 au 20 décembre 1998, l’Irak a toutefois commencé à défier les avions américains et britanniques patrouillant dans ces zones.

Des désaccords entre les trois alliés occidentaux ont commencé en septembre 1996 lorsque la France n’a pas souscrit à l’élargissement de la zone d’exclusion sud et n’a pas envoyé d’avions au-delà du 32ème parallèle. Ces désaccords sont devenus plus évidents après les bombardements de décembre 1998 lorsque la France, qui ne patrouillait plus dans la zone nord depuis 1997, a décidé également de ne plus prendre part aux patrouilles dans la zone sud.

Données militaires:

L’Opération Northern Watch (ONW) avait officiellement débuté le 1er janvier 1997. Sa base était située à Inçirlik en Turquie. Trois pays y prennaient part au début – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Turquie – et y ont engagé environ 45 avions. Le Parlement turc renouvellait après débat tous les six mois (en juin et en décembre) le mandat de l’ONW. Les appareils en mission au-dessus de l’Irak dans le cadre de cette opération étaient des F-15E et des F-16CJ de l’US Air Force et des EA-6B de l’US Navy utilisant des bombes à guidage laser GBU-10, GBU-12, GBU-24, des AGM-88 « HARM » (missile anti-radar à grande vitesse – pesant 363 kg – pour F-16 et EA-6B uniquement) ainsi que des AGM-130 (missile air-sol de 1.362 kg pour F-15 uniquement).

L’Opération Southern Watch (OSW) est l’équivalent de l’ONW pour le sud de l’Irak. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne y ont engagé des avions de combat basés au Koweït et en Arabie Saoudite. Les avions britanniques prennaient une part active dans l’opération avec 13 Tornados GR1A de reconnaissance tactique du 13ème escadron de la RAF sur la base Ali Al-Salem (Koweït) ainsi que 13 Tornados F3 de défense aérienne du 11ème escadron de la RAF sur la base Prince Sultan en Arabie Saoudite. Ces avions étaient appuyés par des avions ravitailleurs VC-10 du 101ème escadron basé à Bahrein. Le Tornados GR1A étaient équipés de missiles air-air Skyflash (guidage radar et rayon d’action moyen) ainsi que de missiles à infra-rouge à court rayon d’action Sidewinder AIM-9L. Les Tornados F3 étaient généralement équipés de bombes hautement explosives (pesant 454 kg): les Mk20 GP (General Purpose), ou bien de leur version à guidage laser: le Paveway II, ou encore de leur dernière version (908 kg): le Paveway III.