Barrière de Cisjordanie

En juin 2002, le gouvernement israélien a adopté un plan visant à construire une barrière de sécurité en Cisjordanie. Selon  Israël, cette barrière est vitale pour la protection de ses citoyens contre le terrorisme, et pour empêcher les kamikazes d’entrer en Israël. Israël soutient que cette construction sert à des objectifs purement sécuritaires, et ne représente en aucun cas une frontière permanente ou une déclaration politique. Une grande majorité du public israélien appuie cette initiative. De leur côté, les Palestiniens estiment que la barrière crée des « faits accomplis » sur le territoire palestinien et impose des solutions unilatérales qui excluent la possibilité d’une négociation ultérieure. Ils maintiennent que la barrière rend la création d’un état palestinien viable impossible, puisqu’elle ne laisse aux Palestiniens que la moitié de la Cisjordanie, morcelée en cantons isolés, non-contigu, entourés par des murs et contrôlés de près par l’armée israélienne. Le point principal de contestation est le tracé du mur, qui n’est pas construit sur la frontière de 1967, la « Ligne Verte », mais au contraire s’en éloigne considérablement à certains endroits et s’enfonce à l’intérieur des Territoires Occupés, le rendant illégal. S’il est complété, autour de 16% des Palestiniens seront situés à l’extérieur des limites de la barrière, alors que 98% des colons vivront dans les zones annexées de facto dans le territoire israélien.

Certaines inquiétudes ont également été exprimées quant aux effets néfastes de la barrière de séparation sur la population palestinienne. Les villages et villes palestiniennes aux alentours du mur se sont transformés en ghettos isolés où la liberté de mouvement est fortement restreinte ou même rendue à néant, limitant l’accès au travail, à la santé, et à l’éducation. Les terres fertiles de plus de 50 villages ont été séparées et isolées de leur communauté. Des centaines de fermiers et commerçants ont été coupé de leur seul moyen de subsistance, et sujets à un système de permis afin d’accéder à leurs terres. De plus, la démolition de nombreuses maisons, la confiscation de terres, de puits et de citernes d’eau, et le déracinement  de plantations d’oliviers, ont suscité une vive appréhension et opposition. Aussi, près de 200.000 personnes seront coincées entre la Ligne Verte et la barrière, dans des endroits déclarés « zones militaires fermées » par Israël. L’impact de ce plan a été ressenti plus particulièrement à Qalqiliya, entièrement emmurée à l’exception d’une entrée : un poste de contrôle surveillant l’accès à cette ville de 40.000 habitants.

La construction commença en juin 2002 à l’Est de Jénine. En juillet 2003, l’armée israélienne annonça l’achèvement de la « Première Phase » de la barrière, qui s’étend sur une longueur de 145 km à travers les districts du nord de la Cisjordanie, Jénine, Tulkarem, et Qalqiliya, et qui continuera vers le sud jusqu’à Ramallah. Deux sections de chaque côté de Jérusalem et une autre partie dans la vallée de Jourdan ont également été complétés. Dans le sud de la Cisjordanie, Bethlehem et Hébron sont déjà encerclées. (Voir carte ci-dessous).

La structure atteindra environ 700km de longueur lorsqu’elle sera terminée, en fin 2004 d’après les autorités israéliennes. Elle coûtera au gouvernement israélien 3.4 millions de dollars. Certaines parties de la structure sont constituées d’une base en béton avec une superstructure de 5 mètres de haut de fils barbelés. Des rangées de fils de fer barbelé et un fossé de 4 mètres de profondeur sont placés d’un côté. De l’autre sont placés des senseurs électriques, des caméras et une allée de sable fin pour détecter les traces de pas. A d’autres endroits, la barrière prend la forme d’un mur de béton de 8 mètres de haut, doté de tours de guet militarisées et d’une « zone tampon » de 30 à 100 mètres, destinée aux clôtures électriques, aux tranchées, aux caméras et aux patrouilles de sécurité.

Les Etats-Unis estiment que la barrière de sécurité est problématique parce qu’elle nuit aux négociations de paix. Ils ont donc exercé une pression légère sur l’Israël, en menaçant de bloquer des garanties de prêt. En septembre 2003, ils ont contesté une proposition d’extension de la barrière qui plaçait davantage de colonies entre la Ligne Verte et la barrière. Cependant, en octobre, Les Etats-Unis mettent leur veto sur une résolution condamnant la barrière controversée.  Le Secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan, a appelé Israël à démanteler la barrière qu’il juge contre-productive et un obstacle à la paix dans le Proche-Orient. En fin septembre, l’ONU publie un rapport condamnant la barrière, décrite comme un acte illégal d’annexion.

En décembre 2003, l’Assemblée Générale Unie demanda à la Cour Internationale de Justice de considérer les conséquences légales de la construction du mur dans les territoires occupés. Les audiences de la Cour ont eu lieu entre le 23 et le 25 février 2004. 44 membres de l’ONU ont soumis des arguments à la Cour, dont les Palestiniens, l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Ligue Arabe, et l’Afrique du Sud. Israël a décidé de boycotter l’audience, mais a tout de même soumis un plaidoyer écrit appuyant que la Cour ne possédait pas la compétence de juger ce qu’elle considère comme un cas politiquement justifié. L’Union Européenne et les Etats-Unis, malgré leur critiques quant au tracé de la barrière, ont appuyé l’opposition d’Israël au tribunal. La cour devrait se prononcer dans plusieurs mois, mais son avis, qui n’est pas contraignant, pourrait avoir des conséquences importantes en terme d’opinion publique et éventuellement de relation diplomatique.