Colonies (israéliennes dans les Territoires Occupés)

La première colonie de peuplement – ou implantation – israélienne dans les territoires occupés a été installée sur le plateau syrien du Golan en juillet 1967. Il existe aujourd’hui 179 colonies dont la population est estimée à quelque 400.000 individus. Le Gouvernement israélien a officialisé 145 de ces colonies en Cisjordanie, 19 dans la Bande de Gaza, et 15 à Jérusalem. De plus, des communautés de colons ont créé environ 105 avant-postes ou colonies moindres à travers la Cisjordanie, 60% desquelles ont été construites depuis l’accession au pouvoir d’Ariel Sharon.

Les colonies et leurs habitants se répartissent comme suit dans les différentes régions occupées (ces chiffres sont sans cesse en hausse – ici : chiffres de 2004):

  • Bande de Gaza: 21 implantations / 5.000 colons;
  • Golan: 29 implantations / 20.000 colons;
  • Cisjordanie: 120 implantations / 187.000 colons;
  • Jérusalem-Est: 177.000 colons, principalement dans la ceinture urbaine créée depuis 1967 autour de la vieille ville.

Les trois plus grandes colonies de peuplements sont Maale Adumim (30.000 habitants), Gush Etzion (30.000) et Ariel (18.000), toutes situées en Cisjordanie et auxquelles le gouvernement israélien a conféré le statut de « villes israéliennes », Maale Adumim étant annexée au territoire municipal de Jérusalem.

Selon les estimations, environ la moitié des colons en Cisjordanie ne seraient pas des religieux, mais choisissent de s’installer dans les colonies pour des raisons économiques. En effet, de nombreux avantages fiscaux et économiques leur sont attribués afin de les encourager à déménager dans les territoires occupés, dont des exemptions de taxes, des prêts à intérêts préférentiels, des services d’infrastructures gratuits et un emploi garanti dans le secteur public. On estime à 50.000 individus le noyau dur de colons religieux.

Le système de colonisation est accompagné d’une exploitation intensive des ressources terrestres et naturelles, particulièrement de l’eau. Bien que les sondages indiquent que les colons religieux ne sont pas très appréciés par la majorité de l’opinion publique israélienne, le gouvernement poursuit néanmoins sa politique d’armement et de défense des colonies « officielles », subventionnant leurs services et logements et leur fournissant des routes spéciales de contournement qui sont interdites aux Arabes. D’après une étude effectuée par le quotidien israélien Ha’aretz, le gouvernement israélien dépenserait environ 500 millions de dollars par an pour les colonies, hormis les dépenses sécuritaires et militaires.

Les colonies israéliennes sont considérées comme illégales par la Communauté internationale de par le droit international, sur base de l’article 49 de la 4ième Convention de Genève, qui interdit à toute force occupante la possibilité de transférer les habitants de son propre territoire sur un territoire occupé. En avril 2004, la Commission des droits de l’homme de l’ONU a appelé Israël à mettre fin à ses activités de colonisation sur les territoires palestiniens dans une résolution sollicitée par l’Union Européenne. Pour sa part, Israël maintient que les conventions relatives aux territoires occupés ne s’appliquent pas à la Cisjordanie et à Gaza, car ces territoires n’étaient sous la souveraineté légitime d’aucun Etat à la base. La société israélienne, quant à elle, est divisée sur la question des colonies, qui est à la source de nombreux débats et désaccords.

L’installation de ces colonies a connu deux phases principales: la phase travailliste et la phase Likoud. De 1968 à 1977, le gouvernement travailliste avait centré son programme de colonisation (plan Allon) sur les régions à faible population palestinienne, sur la création d’une ceinture juive autour de Jérusalem Est, dans la vallée du Jourdain et sur le Golan, dans l’idée de la possible rétrocession d’une partie du territoire palestinien à la Jordanie en cas de négociations. Déjà intensifiée dans les dernières années de gouvernement travailliste (sous l’impulsion de Shimon Pérès), cette politique est radicalisée avec l’arrivée du Likoud au pouvoir en 1977. La colonisation s’accélère et vise à empêcher tout « compromis territorial » par l’installation de nombreuses colonies dans les zones palestiniennes densément peuplées. C’est la politique qui se poursuit actuellement, en particulier dans la zone située à l’est de Jérusalem.

Entre décembre 1987 – date du début de l’Intifada – et décembre 1993, le nombre total de colons a augmenté de 136% selon le quotidien Ha’aretz, une croissance due notamment à l’afflux d’immigrants provenant de l’ex-URSS mais aussi semble-t-il à la spéculation sur les compensations qui pourraient être versées par le gouvernement en cas de démantèlement de certaines colonies.

En 1992, le gouvernement travailliste d’Ytzhak Rabin décide de suspendre l’extension géographique de la colonisation juive et d’abolir son statut préférentiel en Cisjordanie (ce statut subsistait pour le Golan, la Bande de Gaza et la vallée du Jourdain), ce qui n’a pas empêché son développement (construction de logements, de routes de contournement pour relier les colonies existantes,…). Pendant la négociation et l’application des accords d’Oslo, soit entre 1993 et 2000, le nombre de colons a ainsi augmenté d’environ 57% (de 248.000 à 390.000 âmes) dans les territoires palestiniens. A la lumière des négociations entamées à Oslo en septembre 1993 entre l’OLP et Israël, on peut y voir une volonté délibérée des travaillistes de perpétuer des faits démographiques et territoriaux qui pèseront immanquablement sur la balance des négociations sur le statut permanent des territoires palestiniens.

En phase avec l’idéologie du Likoud, Benjamin Netanyahou décide, peu après son élection en mai 1996, de supprimer le gel partiel de la colonisation et, en décembre, de rétablir le statut de « priorité nationale » pour les colonies de Cisjordanie et d’encourager leur extension. Si ces plans avaient été complètement réalisés, on estime que la population des colonies israéliennes aurait pu atteindre 500.000 colons en l’an 2000 sur l’ensemble des territoires occupés.

L’élection d’Ehoud Barak comme Premier Ministre en avril 1999 avait fait espérer aux Palestiniens que cette progression pourrait être arrêtée. M. Barak n’avait cependant promis que d’arrêter la construction de nouvelles colonies mais pas l’extension des colonies existantes (voir à ce sujet les déclarations faites par M. Barak à Maale Adumim en septembre 1999).

On ne peut pas parler de réelle rupture dans la politique de colonisation menée par les travaillistes et le Likoud, mais de légères différences idéologiques et tactiques. Les travaillistes conçoivent l’existence des colonies avant tout comme un gage de sécurité stratégique et démographique, le Likoud les voit essentiellement comme l’accomplissement naturel du projet sioniste. Et si les travaillistes ont admis le principe de la création d’une entité palestinienne avec une souveraineté territoriale limitée – à la différence du Likoud qui ne parle que d’autonomie administrative -, tous deux affichent le désir de développer les colonies et de maintenir sous souveraineté israélienne un maximum d’enclaves dans les territoires palestiniens. Les Palestiniens estiment quant à eux que la poursuite de la colonisation va à l’encontre des Accords d’Oslo car elle modifie unilatéralement la situation dans les territoires palestiniens dont le statut permanent doit encore être négocié.

Suite à la relance du Processus de Paix et à la signature de l’accord « Wye 2 » à Sharm El-Sheikh le 5 septembre 1999, M. Barak avait obtenu l’approbation par le cabinet israélien d’un compromis concernant 42 colonies « non-autorisées »: 15 seront démantelées, 11 légalisées tandis que les 16 autres seront temporairement tolérées sans qu’aucune nouvelle construction n’y soit permise.

La poursuite du développement des colonies existantes avait cependant entravé les négociations sur le statut final entamées comme prévu le 8 novembre. Alors qu’une crise persistait déjà depuis trois semaines sur le second redéploiement prévu par l’accord de Sharm El-Sheikh, la partie palestinienne avait arrêté le 5 décembre les négociations sur tous les sujets autres que les colonies de peuplement. L’administration de M. Barak avait en effet autorisé en un an, plus de constructions nouvelles dans ces colonies que son prédécesseur, en moyenne annuelle. Les déclarations selon lesquels ces constructions ne concernaient que les colonies qu’Israël entendait conserver envenimèrent davantage les négociations.

L’élection du chef du Likoud, Ariel Sharon, à la tête du gouvernement israélien a amené au pouvoir l’un des principaux artisans (en tant que, dans le désordre, ministre de l’Agriculture et des Infrastructures) de la colonisation de peuplement dans les territoires palestiniens. Ariel Sharon a proposé un plan de paix prévoyant la création d’un Etat palestinien composé de 5 enclaves et couvrant 52% de la Cisjordanie et 80% de la Bande de Gaza. De plus, celui-ci a continuellement approuvé de nouveaux projets de construction, malgré ses engagements face aux accords d’Oslo et à la Feuille de Route, qui requièrent non seulement un gel de l’expansion des colonies, mais aussi le démantèlement complet des colonies construites après 2001. En décembre 2003, Sharon annonça qu’il planifiait d’augmenter de 50% le nombre de colonies dans le plateau de Golan dans les 3 années à venir.

Ariel Sharon a proposé un plan de « désengagement », qui envisage de démanteler toutes les colonies de la Bande de Gaza, mais de maintenir les 6 blocs de colonies principaux en Cisjordanie : Maale Adumim, Ariel, Gush Etzion, Kiryat Arbe, Givat Zeev, et l’enclave de 500 colons au cœur de la ville de Hébron. Toutefois, son plan a été reçu avec grande hostilité par les communautés de colons, qui ont manifesté à travers Israël, et par les membres de son parti, qui l’ont rejeté à une majorité lors du referendum du 2 mai 2004. Sharon avait néanmoins obtenu, deux semaines auparavant, le soutien du président américain Georges Bush, qui avait implicitement approuvé le maintien des colonies en Cisjordanie en déclarant que les réalités actuelles ne permettraient pas un retour aux frontières de 1967.