Hamas

Abréviation de Harakat Al-Mouqawama Al-Islamiya (Mouvement de la résistance islamique). Le mot Hamas lui-même signifie enthousiasme, exhaltation, notamment dans un sens religieux. C’est le principal mouvement politique islamiste palestinien. Il est l’héritier direct de tout un réseau d’associations religieuses anciennes et se réclame philosophiquement de la mouvance des Frères Musulmans dont l’influence s’était développée à Gaza durant l’administration égyptienne et avait été largement tolérée pendant les premières années de l’occupation israélienne pour faire pièce à l’OLP.

Son fondateur, le cheikh Ahmed Yassine, emprisonné en Israël en 1991, dut être libéré par le Premier ministre Netanyahou, suite à l’ultimatum lancé par le roi Hussein de Jordanie à la suite d’une tentative manquée d’assassinat contre Khaled Mashaal, un des responsables du Hamas en exil à Amman. Créé en 1987 à Gaza dans la foulée du soulèvement palestinien dans les Territoires Occupés, l’Intifada, Hamas a rapidement gagné en influence et s’est imposé en rival direct de l’OLP « laïque » (sans toutefois contester le rôle de celle-ci comme représentant du peuple palestinien au plan international). C’est aussi un mouvement qui a fortement marqué la vie sociale palestinienne: création de cliniques, d’écoles, contrôle de mosquées, dont l’encadrement se fait aujourd’hui par l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP).

En décembre 1987, après l’éclatement de l’Intifada, un « Commandement Unifié de l’Intifada » qui comprenait 1/3 de représentants d’Hamas pour 2/3 de l’OLP avait été mis sur pied. Hamas s’en est retirée en mai 1988, continuant la lutte à son compte. En décembre 1992, Israël a déporté au sud-Liban 415 activistes islamistes directement ou indirectement liés au Hamas (voir déportation).

Hamas s’est imposé comme un mouvement foncièrement nationaliste qui centre son action sur la libération de toute la Palestine historique (tranchant en cela avec la stratégie de compromis de l’OLP), et milite pour la création d’un Etat islamique en Palestine. Rejettant catégoriquement les accords de septembre 1993 (accords d’Oslo) conclus entre l’OLP et Israël, Hamas s’est joint à « l’Alliance des Forces palestiniennes », un ensemble de mouvements palestiniens opposés à la paix. L’influence d’Hamas s’est alors perpétuée en se nourrissant des frustrations nées des échecs et des retards dans les négociations de paix, d’une dégradation de l’image de l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP) (notamment ses tendances non-démocratiques) et de l’attitude du gouvernement israélien (notamment les bouclages de territoires  incessants ou la poursuite de la colonisation). Hamas a refusé de participer aux élections palestiniennes de janvier 1996.

Proche de Hamas, les brigades Ezzedine El Kassam sont une nébuleuse de groupuscules armés impliqués dans de nombreux attentats meurtriers en Israël depuis 1994 et qui firent, depuis lors, l’objet d’une répression sévère menée par l’Autorité Nationale Palestinienne.

Le dialogue entre l’OLP et Hamas a toutefois toujours été maintenu. De nombreux membres de la direction politique de Hamas voudraient normaliser les relations du mouvement avec l’Autorité, cherchant ainsi à lui donner un rôle de force d’opposition démocratique. Cette tendance a subi en 1996 un sérieux revers lorsque Yahya Ayache, responsable d’une série d’attentats en Israël, fut assassiné par un missile télécommandé israélien, malgré l’observation pendant 18 mois d’un cessez-le-feu tacite négocié par l’intermédiaire de l’OLP. Cet assassinat allait déclencher une terrible vague d’attentats suicides à Tel-Aviv et Jérusalem, et précipiter la défaite de Shimon Pérès lors des élections d’avril 1996 qu’allait remporter le candidat de droite, Binyamin Netanyahou.

Il y a aujourd’hui au sein de Hamas un déchirement entre deux tendances, l’une – basée à Gaza – prônant le dialogue dans la perspective d’une transformation du parti en une force politique respectant le processus démocratique, l’autre – basée à Amman – privilégiant la violence comme moyen d’action.

Le déclenchement de l’Intifada Al Aqsa (deuxième intifada) et sa lourde répression par l’armée israélienne ont sensiblement rapproché le Hamas du Fatah, le mouvement politique de Yasser Arafat, dont les sections locales sont très actives dans le soulèvement et les actions contre l’armée israélienne, mettant souvent l’Autorité palestinienne dans l’embarras. Depuis octobre 2000, les responsables politiques et militaires du Hamas sont les principales cibles de la politique de  » liquidations  » lancée par les renseignements militaires israéliens. En mars 2004, le Cheikh Yassine, leader spirituel du mouvement, est assassiné par l’armée israélienne, sur ordre d’Ariel Sharon, il fut ensuite remplacé par Abdelaziz Ar Rantissi, considéré comme un dur du mouvement bien que, selon de nombreux analystes, le véritable « patron » du Hamas soit Khaled Mashaal, basé à Damas.

Al-Rantissi est tué par l’armée israélienne en avril 2004. Le 25 janvier 2006, la liste « Changement et Réforme » du Hamas remporte 74 des 132 sièges à pourvoir au Parlement palestinien contre 45 au Fatah lors des élections législatives. A sa tête, Ismaïl Hamyeh se dit prêt à travailler avec le Fatah. Dés lors le Hamas forme le nouveau gouvernement et Hamyeh est nommé Premier Ministre.

L’investiture du parti au gouvernement signe le début d’une profonde crise en Palestine avec en premier lieu, l’interruption des subventions internationale, la victoire du Hamas étant perçue par les États étrangers comme un retour en arrière. Parallèlement les États-unis et Israël refusent d’engager le dialogue avec le Hamas, Ehud Olmert, alors Premier Ministre par intérim déclare : « nous ne négocierons pas et nous ne traiterons pas avec une Autorité palestinienne dominée par une organisation terroriste ». En outre, la situation entre les Palestiniens eux même s’est largement détériorée, l’impossible dialogue en le Fatah et le Hamas conduit Mahmoud Abbas à dissoudre le gouvernement en place et à organiser des élections législatives anticipées en dépit de la Loi Fondamentale. Face au refus du Hamas, les deux partis conviennent d’un accord sur un gouvernement d’union nationale palestinien.

Malgré ces efforts, Hamas et Fatah vont se séparer à la suite d’une guerre civile en juin 2007 à l’issue de laquelle le Hamas prend le contrôle de Gaza. Mahmoud Abbas entreprend aussitôt de limoger Ismaïl Hanieyh nommant à sa place Salam Fayyad. Ce faisant, le président de l’Autorité palestienne a ignoré la Loi Fondamentale qui impose que le Premier Ministre doit être remplacé par un membre de la majorité parlementaire, ce qui n’est pas le cas de Fayyad et conduit à des distorsions internes au parti Fatah.