Jérusalem (statut de)

1947, selon le « Plan de partage de la Palestine » (Résolution 181 de l’Assemblée Générale des Nations Unies), Jérusalem devait être un Corpus Separatum sous contrôle international et qui n’appartiendrait à aucun des deux Etats – juif ou arabe – à créer selon le texte. C’est la raison pour laquelle s’y trouvent aujourd’hui encore des Consuls Généraux – américain, belge, britannique, espagnol, français, grec, italien et suédois – qui n’ont de comptes à rendre qu’à leur gouvernement sans passer par leur ambassade à Tel-Aviv ou Amman.

En 1948, à l’issue de la première guerre israélo-arabe, Israël fait une percée jusqu’à Jérusalem dont il occupe désormais la partie occidentale. La population arabe de cette portion de la ville fuit.

En juin 1967, Israël étend son occupation à l’ensemble de la Palestine du Mandat britannique (1922-1948), et au-delà. La partie orientale de la ville de Jérusalem est occupée. Le 11 juin, le gouvernement israélien décide l’annexion de Jérusalem-Est, dont les limites territoriales sont étendues; le 28 juin, la Knesset entérine cette décision en étendant l’application de la loi israélienne à la zone annexée. Quelques jours plus tard débutent en face du mur des Lamentations les travaux qui doivent assurer la sécurité d’accès au site: 5.000 habitants arabes sont délogés et s’ajoutent aux réfugiés du camp de Shufat. En 1969, début de la construction dans la zone annexée d’une ceinture de colonies de peuplement urbain visant à:

  • isoler Jérusalem du reste des territoires palestiniens occupés;
  • minoriser la population arabe de Jérusalem;
  • rendre toute rétrocession extrêmement difficile.

En 1980, le 30 juillet, la Knesset déclare faire de « Jérusalem réunifiée la capitale éternelle de l’Etat d’Israël« . Le 20 août, le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte la Résolution 478 – soutenue par les Etats-Unis – déclarant cette décision nulle et non avenue. Actuellement, mis à part le Costa Rica et le Salvador, tous les Etats qui ont une ambassade en Israël l’ont à Tel-Aviv. Notons que le 6 novembre 1996, le Congrès américain, sous la pression de l’AIPAC – le puissant lobby pro-israélien aux Etats-Unis -, a décidé le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem pour, au plus tard, le 31 mai 1999 (les Présidents américains s’opposent toutefois à la mise en oeuvre de cette décision l’estimant contraire aux intérêts de la sécurité des Etats-Unis).

En 1993, la Déclaration de Principes (Accord d’Oslo) signée par l’OLP et Israël, prévoit, au stade final des négociations de paix, la discussion du statut de Jérusalem. Contrairement à ses prédécesseurs, l’ancien Premier ministre travailliste Ehoud Barak accepta de négocier un nouveau statut pour Jérusalem et ses négociateurs furent sur le point, en janvier 2001, d’apposer leur signature sur un document d’inspiration américaine et prévoyant que, si les faubourgs coloniaux juifs de Jérusalem-Est seraient annexés à Israël, la Vielle Ville et les autres faubourgs de Jérusalem-Est (sauf le quartier confessionnel juif et le Mur des Lamentations) seraient rétrocédés au futur Etat palestinien. Minoritaire à la Knesset (donc inacapable de faire ratifier l’accord) et bientôt battu par le candidat Ariel Sharon, Ehoud Barak demanda l’interruption des négociations.

En 1995, un « Plan métropolitain de Jérusalem » est mis au point par l’administration israélienne qui engloberait le Grand Jérusalem (partie est et ouest) et une portion de la Cisjordanie (15% du territoire). S’il était mis en oeuvre, ce plan conduirait à un développement exponentiel des colonies de peuplement juives dans cette zone, à moins d’une adhésion d’I9sraël aux paramètres du « Plan Clinton ».

Aujourd’hui

75% de la population palestinienne de Jérusalem vit en-dessous du seuil de pauvreté et sa densité démographique est huit fois plus élevée que du côté israélien. Les logements font cruellement défaut: l’administration israélienne ne délivre pratiquement aucun permis de construire aux Palestiniens de Jérusalem et les maisons construites sans permis sont détruites (environ un millier d’habitations et de bâtiments publics palestiniens ont été démolis depuis 1987 et 4000 autres sont en instance de l’être). Israël continue en outre à exproprier des terres palestiniennes à Jérusalem.

Les Palestiniens de Jérusalem sont considérés comme des « résidents étrangers ». Ils possèdent un permis de résidence – révocable – délivré par les autorités israéliennes qui leur offre la possibilité de prendre part aux élections municipales. La politique du Ministère de l’Intérieur à leur égard – cautionnée le 30 décembre 1996 par la Cour suprême israélienne – est sévère et arbitraire (surtout depuis 1994): en trente ans, on estime entre 50.000 et 100.000 le nombre d’habitants arabes de Jérusalem qui ont perdu leur droit de résidence dans la ville. Il s’agit par exemple de Palestiniens jérusalémites ayant séjourné plus de sept ans à l’extérieur des limites de la ville. On estime qu’environ 55.000 Palestiniens de Jérusalem pourraient, à l’avenir, encore être touchés par cette politique. Durant des deux premières semaines de janvier 1997, 233 résidents palestiniens de Jérusalem ont ainsi reçu un ordre d’expulsion. Les réfugiés palestiniens des camps situés à l’intérieur des limites du Grand Jérusalem (camps de Shufat et de Kalandia) n’ont quant à eux absolument aucun droit politique. Enfin, sauf dérogation, Jérusalem est fermée depuis mars 1993 aux Palestiniens non-résidents.

Toute cette « politique de judéaisation » menée ouvertement par le gouvernement israélien pour réduire la présence arabe à Jérusalem porte ses fruits. Alors qu’en 1990, il y avait toujours dans la partie orientale de la ville une majorité de 150.000 Palestiniens pour 120.000 Israéliens juifs, le rapport s’est un temps inversé au profit de ces derniers: en 1993, Jérusalem-Est comptait 155.000 Palestiniens (des « non-juifs » d’après la terminologie israélienne) pour 160.000 Israéliens juifs. En 2000, la tendance s’est à nouveau inversée, suite à la croissance démographique palestinienne et à une certaine émigration juive hors de la ville les chiffres étaient les suivants:

  • Jérusalem-Est et Ouest: 658,000 habitants: 445,000 Juifs et 201,000 Arabes
  • Jérusalem-Est: 190,000 Juifs et 200,000 Arabes