Le Hamas au pouvoir

Après dix années placées sous le règne du Fatah, le Hamas devient le 25 janvier 2006 le premier mouvement islamiste à prendre le pouvoir au sein du monde arabe.

Au lendemain de la victoire du Hamas, le 26 janvier 2006, les habitants des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza crient leur colère. Une série d’affrontements surviennent entre partisans du groupe radical Hamas et partisans du Fatah.

Le 14 février, Ismaïl Haniyeh, 43 ans, tête de liste du Hamas aux élections législatives du 25 janvier est désigné Premier ministre du futur gouvernement palestinien.

C’est au cours de la séance du Conseil législatif palestinien (CLP) tenue au QG de l’Autorité palestinienne à Ramallah, que Mahmoud Abbas inaugure le nouveau parlement palestinien.

Avec son arrivée au pouvoir, le parti du Hamas sème le doute et la crainte au sein de la communauté internationale. Le Hamas, est considéré par le Quartet (Etats-Unis, Russie, Onu et Union européenne) comme un mouvement terroriste. Le Quartet annonce d’ailleurs ne poursuivre son aide à la Palestine que si le parti Hamas consent à respecter les accords d’Oslo qui en 1993 visaient à établir la paix entre Israël et la Palestine et mettaient les Palestiniens en demeure de reconnaître Israël et de renoncer à la violence.

Le gouvernement israélien d’Ehud Olmert suspend le versement mensuel de quelque 50 millions de dollars de TVA et de droits de douane dus à l’autorité palestinienne.

Le Premier ministre palestinien Haniyeh déclare que le Hamas ne souhaite pas «jeter les Israéliens à la mer » mais établir «une paix par étapes » si Israël se retire des territoires conquis durant la guerre de 1967. C’est aussi ce qu’affirme l’un des dirigeants politiques du Hamas, Khaled Mechaal «Nous voulons la paix dans la région, mais la paix ne peut être réalisée qu’avec la fin de l’occupation».

Haniyeh est formellement chargé par Mahmoud Abbas de former le premier gouvernement contrôlé par le Hamas. A compter du 21 février il dispose de trois semaines pour former le gouvernement et le faire approuver par le Conseil législatif (CLP, Parlement). En cas d’échec, deux semaines supplémentaires seront accordées.

Ce délais supplémentaire est de convenance car le 11 mars, Mahmoud Abbas, après avoir demandé l’avis du comité exécutif de l’OLP, rejette le programme du gouvernement, ce dernier devant être nécessairement en accord avec les engagements de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et le programme du président Abbas basé à la fois sur l’objectif de paix et sur les exigences de la communauté internationale.

Le 19 mars, le second programme de gouvernement présenté par Haniyeh essuie un nouveau rejet de la part du comité exécutif de l’OLP.

Le principal problème qui justifie le refus ferme des programmes gouvernementaux est la réticence du Hamas à reconnaître l’OLP, comme « seul représentant légitime du peuple palestinien ». Or l’A.P. tire sa légitimité des accords d’Oslo que l’OLP signe avec Israël en 1993. L’OLP est étroitement liée à l’Autorité palestinienne qui représente les peuples de Cisjordanie et de la bande de Gaza de même que la diaspora.

Le 29 mars 2006, l’ensemble du gouvernement Hamas prête serment devant Mahmoud Abbas avant d’entrer en fonction. Le Premier ministre Ismaïl Haniyeh promet coopération, coordination et harmonie avec le chef de l’A.P. et ce dans l’intérêt du peuple palestinien.

Le gouvernement qui est investi compte 24 membres. Les postes clés des Affaires étrangères, des Finances et de l’Intérieur sont occupés par des leaders du Hamas, respectivement Mahmoud Zahar, Omar Abdelrazeq et Saïd Siam.

Début avril 2006, l’Autorité palestinienne déjà aux prises de difficultés financières avant la victoire du Hamas, frôle désormais la banqueroute lorsque le 11 du mois, l’Union européenne annonce l’arrêt officiel des subventions directes destinées à l’Autorité palestinienne. Les Etats-Unis, en vue d’isoler le Hamas, adoptent des mesures similaires à celles de l’UE en privant l’Autorité palestinienne de tous les financements directs. La décision de l’UE fait suite au refus de la part du Hamas de renoncer à la violence et de reconnaître l’existence d’Israël et les accords israélo-palestiniens. Le Hamas accuse ainsi l’Europe et les USA de ne pas respecter la volonté démocratique du peuple palestinien.

Le 14 avril, plusieurs milliers de partisans du Hamas descendent dans les rues de la bande de Gaza aux côtés du Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, pour soutenir le gouvernement en place, isolé par la communauté internationale et privé de ressource financière.

Le 9 juin, sept membres d’une famille palestinienne sont tués sur une plage de Gaza alors que la marine israélienne bombarde le secteur. Israël dément être responsable de leur mort. La branche armée du Hamas met fin au cessez-le-feu.

Le 25 juin, trois groupes armés palestiniens dont les Brigades Ezzedine Al-Qassam, considérées comme la branche armée du Hamas, revendiquent l’enlèvement d’un caporal israélien, Gilat Shalit. Au cours de cette action, deux militaires israéliens et deux assaillants palestiniens sont tués.

Depuis l’enlèvement du caporal israélien, un fossé s’est créé entre le gouvernement dirigé par Ismaïl Haniyeh, et les milices téléguidées par la direction du Hamas en exil, en particulier par Khaled Mechaal qui serait actuellement basé en Syrie.

En réponse à l’enlèvement du soldat Gilad Shalit, Israël déclenche le 28 juin, dans la bande de Gaza, une offensive baptisée « opération pluie d’été ». Le samedi 8 juillet, le Hamas propose un cessez-le-feu à Israël mais la proposition est rejetée par le Premier ministre israélien qui n’entrevoit aucune trêve tant que le soldat Gilad Shalit ne sera pas libéré.