Maison d’Orient

Lieu hautement symbolique et pièce maîtresse dans l’affirmation de la présence politique des Palestiniens à Jérusalem-Est.

Construite en 1897 – à l’époque où le sionisme naissait comme projet politique et l’immigration juive en Palestine se développait considérablement -, cette demeure a toujours été la propriété des Husseinis, une des principales familles de notables arabes de Jérusalem. Elle a reçu la visite de personnalités aussi importantes que le Kaiser Wilhelm II en 1900, le Negus d’Ethiopie Haïlé Sélassié en 1936 ainsi que le roi Abdallah, grand-père du roi Hussein de Jordanie. Son dernier propriétaireétait Faisal Husseini (décédé en mai 2001) – figure emblématique de l’OLP pour la revendication palestinienne de Jérusalem – qui agissait, à titre non-officiel, en tant que ministre palestinien pour Jérusalem. Centre névralgique, la Maison d’Orient abrite également les différents départements de la Société d’Etudes Arabes – dont elle fonctionne officiellement sous le nom – créée en 1979 par Faisal Husseini.

La Maison d’Orient a été fermée à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, notamment de 1988 à 1992, sur ordre d’Yitzhak Rabin alors ministre de la Défense. Une loi israélienne votée en décembre 1994 interdit à l’OLP toute activité politique à Jérusalem-Est sans l’accord du gouvernement israélien. D’un autre côté, Israël s’est secrètement engagée à ne pas entraver les activités des institutions palestiniennes à Jérusalem-Est, ce qui n’empêche pas la Maison d’Orient d’être régulièrement menacée de fermeture. Les Palestiniens invoquent quant à eux la Déclaration de Principes de septembre 1993 (voir processus de paix d’Oslo) selon laquelle les institutions palestiniennes établies à Jérusalem avant la signature de cet accord peuvent continuer leurs activités.

Représentation officieuse de l’OLP à Jérusalem-Est, elle est le lieu où sont reçues les personnalités étrangères de passage dans la ville. Les Troïkas européennes successives ainsi que les ministres européens des Affaires Etrangères, à titre individuel, ont toujours mis un point d’honneur – à la différence du secrétaire d’Etat américain – à se rendre à la Maison d’Orient lorsqu’ils se trouvent à Jérusalem, même si les autorités israéliennes font tout pour empêcher ces visites. Lors de la tournée du Président français Jacques Chirac au Proche-Orient en octobre 1996, son ministre des Affaires Etrangères a préféré ne pas l’accompagner lors de cette étape du voyage plutôt que de déroger à la règle, vu les obstacles posés par Israël: c’est finalement le secrétaire d’Etat français à la santé qui s’est rendu à la Maison d’Orient. Plus récemment, les autorités israéliennes ont fait pression sur Klaus Hänsch, en visite en novembre 1996 en tant que Président du Parlement européen, pour qu’il ne s’y rende pas. Toujours en novembre 1996, la Troïka qui transitait par Tel-Aviv pour se rendre dans les territoires palestiniens et confrontée aux mêmes obstacles a renoncé à toute rencontre avec MM. Nétanyahou et Lévy, limitant leur passage par Israël à un déplacement purement technique.

En juin 2000, suite à un attentat suicide particulièrement meurtrier commis à Tel-Aviv par un membre du Jihad islamique palestinien, le gouvernement israélien décidait d’occuper la Maison d’Orient et d’en expulser ses résidents.

Pour combler le vide laissé par Faisal Husseini après à sa mort en mai 2001, Yasser Arafat nomma Sari Nusseibeh au poste de responsable des affaires concernant Jerusalem. M. Nusseibeh est désormais le point de contact de l’Autorité palestinienne pour tous les diplomates en poste à Jerusalem ainsi que les visiteurs officiels.