Mahadisme

Ordre religieux créé au Soudan en 1881, combattant de façon violente et fanatique toute influence extérieure (et plus particulièrement toute présence égyptienne) dans une première phase, mais qui évolua vers une secte « ordinaire » à l’influence et au rôle politiques grandissants dans ce pays.

En 1881, au Soudan, alors sous égide égyptienne, Mohammed Ahmed ibn Abdullah prétendit être le Mahdi (le Libérateur des musulmans, l’Elu) et l’Imam (Leader de de la communauté musulmane). Lui et ses successeurs établirent un ordre religieux, la Mahadiyya, regroupant des activistes, les al-Ansar (les Aides). Le Mahdi appela à une guerre sainte contre les infidèles, y compris les musulmans qui ne reconnaissaient pas sa mission. Ses fidèles, fanatisés – souvent appelés, à tort, Derviches par les Européens – réussirent à battre les troupes égyptiennes lancées à leur poursuite et à conquerir les provinces de Kordofan, Darfour et Bahr-al-Gazzal. En 1885 ils parvinrent même à prendre Khartoum, tuant le gouverneur-général du Soudan, le général Gordon. Le Mahdi étendit ainsi son pouvoir à la plus grande partie du pays.

Après sa mort en 1885, l’ordre perdit beaucoup de sa force sous son successeur et ne put étabir un état organisé. De 1896 à 1898 une force anglo-égyptienne, commandée par le général Kitchener reprit le Soudan et le dirigeant de l’ordre fut tué au combat. Les poches de résistance furent réprimées au début du siècle.

L’ordre survécut néanmoins, devenant une secte « ordinaire », qui gagna au fur et à mesure en importance politique. Favorable à l’indépendance du Soudan et donc opposée à toute union avec l’Egypte, elle aida même les Britanniques pendant la Première Guerre Mondiale à combattre l’influence des Ottomans.

A partir des années 1950 la secte devint le point de ralliement de l’opposition aux régimes militaires et révolutionnaires contrôlant le Soudan, entre autres par le biais de son bras politique, le parti Umma. En juillet 1966, al-Sadek al-Mahdi, leader de l’Umma et arrière-petit-fils du Mahdi, devint même premier ministre, mais fut renversé par Noumeiri. En 1970 la secte en vint à organiser une rébellion contre le régime. Treize ans plus tard, al-Sadek, qui n’avait pas de position prédominante dans la structure religieuse de la secte, s’opposa à l’application de la Sharia* au Soudan. La Mahadiyya joua aussi un rôle de première importance dans le renversement de Noumeiri en avril 1985, puis au sein du gouvernement mis en place par al-Sadeq un an plus tard. Ce dernier fut renversé en avril 1989 par le général Béchir, qui a depuis interdit tous les partis politiques.