SYRIE

Nom officiel : République Arabe Syrienne / Al Jumhuriyah al Arabiyah as Suriyah

Superficie : 185 180 km²

Comparaison avec la superficie d’un pays européen : la moitié de l’Allemagne

Capitale : Damas

Divisions administratives : 14 provinces (muhafazah / muhafazat).

DEMOGRAPHIE

Population (2014 est.) : 17 951 639

Densité (2012) : 1021,6 habitants/km²

Taux d’accroissement (2014 est.) : -9,73%

Indice de fécondité (2014 est.) : 2,68

Espérance de vie (2014 est.) : 68,41 ans

Mortalité infantile (2014 est.) : 15,79 ‰

Jeunes (moins de 15 ans) (est. 2014) : 33,1%

Population urbaine (2011) : 56,1 %

Principales villes (2011) : Alep : 3,164 millions – Damas : 2,65 millions – Homs : 1,369 million – Hama : 933 000

Analphabétisme (2011 est.) : hommes 9,7 %, femmes 22,3 %

Groupes ethniques : Arabes : 90,3% – Kurdes, Arméniens, Turkmènes et autres : 9,7%

Religions (2012) : Musulmans sunnites : 82% – Musulmans alaouites : 10,2% – Chrétiens (tous rites) : 4,6% – Druzes : 1,8% – Ismaéliens : 0,9% – Chiites : 0,4%

Langues : arabe (officiel), kurde, arménien, araméen, circassien, français et anglais

IDH (2012) : 116ème position sur 186 pays  (indice : 0,648)

ECONOMIE

Monnaie : 1 livre syrienne = 100 piastres (1 Euro=68,23£ en juillet 2008  )

PIB (2011 est.) : $ 107 600 000 000

PIB par habitant (2011) : $ 5 100

Croissance annuelle : 1994 – 2004 : 2,0% – 2005 : 3,5% – 2011 : -2,3%

Taux de chômage (est. 2013) : 17,8 %

Taux d’inflation : 2011 : 7% – 2013 (est.) : 59,1%

Pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (2006 est.) : 11,9%

Travailleurs par secteur économique (2008) : agriculture 17%, industrie 16% et services 67%

Industrie : pétrole, textile, industrie alimentaire, breuvage, tabac, phosphates

Produits agricoles : blé, orge, coton, lentilles, pois, olives, sucre, betterave, mutton, œufs, produits laitiers, volaille

Exportations (2013 est.) : 2,675 milliards US $

Importations (2013 est.) : 8,917 milliards US $

Dette extérieure totale (fin 2013) : 9,796 milliards US $

Principaux partenaires commerciaux (2012) :  Exportation : Irak 58,4%, Arabie Saoudite 9,7%, Koweït 6,4% – EAU 5,5% – Libye 4,1%. Importations : Arabie Saoudite 22,8%, Émirats Arabes Unis 11,2%, Iran 8,3%, Chine 7,3%, Irak 6,8%

Principaux produits d’importation : machines et matériel de transports, machines d’énergie électrique, nourriture et bêtes, métal et produits métalliques, produits chimiques, plastiques, fils, papier

Principaux produits d’exportation : pétrole brut, minéraux, produits pétroliers, fruits et légumes, fibres de coton, textiles, bêtes et viande, blé

Part des revenus pétroliers dans les recettes budgétaires : 2002 : 70% – 2010 : 22%

Réserves de pétrole prouvées (janvier 2013) : 2.5 milliards de barils

Production de pétrole brut (2012 est.) : 182 500 barils par jour

POLITIQUE ET RELATIONS INTERNATIONALES

Année de l’indépendance : 1946 (l’indépendance fut formellement reconnue en 1941)

Admis aux Nations-Unies : 1945

Membre notamment de : Ligue des Etats Arabes, Organisation de la Conférence Islamique

Signataire de : Traité de Non-Prolifération (TNP), Convention sur l’interdiction des armes chimiques (septembre 2013)

Différends territoriaux avec : Israël (plateau du Golan), la Turquie (sandjak d’Alexandrette) et le Liban

Forme de gouvernement : république (« république dynastique »)

Président : Bachar al-Assad (depuis le 17 juillet 2000)

Vice-président : M. Farouq Al Charaa et Mrs Najah al-Attar

Chef du gouvernement : Wael Nader al-Halqi (août 2012)

Principaux partis politiques – Légaux : la coalition Front national progressiste (Parti social nationaliste syrien, Parti Baas arabe socialiste, Parti communiste syrien, Parti de l’union socialiste, Union socialiste arabe, Unionistes sociaux-démocrates) – Non-légalement reconnus : Parti d’action communiste, la coalition Rassemblement national démocratique en Syrie (Mouvement socialiste arabe, Parti Baas arabe démocratique, Parti populaire démocratique syrien, Parti ouvrier révolutionnaire arabe, Union socialiste arabe démocratique) – Illégaux : la coalition Alliance démocratique kurde en Syrie, Azadi, la coalition Front démocratique kurde en Syrie, Parti du futur, Yekiti

Données militaires: armée nationale par effectif : 2011 : 220 000 – mars 2013 (rapport IISS) : 50 000

Quelques caractéristiques:

  • La Syrie maintient sa revendication sur le sandjak d’Alexandrette (actuellement la province de Hatay en Turquie) que les Français cédèrent à la Turquie en 1939 pour s’assurer de la neutralité turque dans une éventuelle guerre avec l’Allemagne.
  • Le premier coup d’Etat de l’après-guerre au Moyen-Orient a été réalisé en Syrie en mars 1949 contre le gouvernement démocratiquement élu de Choukri Al-Kouatli. Le pays connaîtra au total sept coups d’Etats de 1949 à 1963.
  • De février 1958 à septembre 1961, la Syrie et l’Egypte ont fusionné, devenant la République arabe unie (RAU), sous l’autorité du président Nasser. La Syrie est redevenue membre des Nations-Unies en octobre 1961.
  • Lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), la Syrie est le seul pays arabe à soutenir l’Iran révolutionnaire.
  • Contrairement à une idée reçue, la Syrie ne fait pas partie de « l’axe du mal » de Georges W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre. L’Irak, l’Iran et la Corée du Nord sont visés par ces propos.
  • Le Liban fut détaché de la Syrie en 1920 par les Français. Il faut attendre 2010 pour que Damas accepte d’envoyer un ambassadeur à Beyrouth. Pendant trente ans (1975-2005), le régime syrien a contrôlé le Liban, profitant de la guerre civile entre 1975 et 1990. Les troupes syriennes se sont retirés en avril 2005, lors de la « révolution du Cèdre ».

La Syrie depuis 2011 : du printemps arabe à la guerre civile et régionale

Influencé par les soulèvements du « printemps Arabe », des manifestations antigouvernementales ont éclaté dans la province méridionale de Dar’aa en mars 2011, appelant à l’abrogation de l’état d’urgence en vigueur depuis 1963, la fin de la mainmise du parti Baas dans la vie politique et la fin de la corruption. La contestation a rapidement gagné l’ensemble du pays, sauf Alep, qui entre dans la révolte à partir de l’été 2012. Le gouvernement a réagi avec un mélange de concessions – notamment l’abrogation de l’état d’urgence et approuvant les nouvelles lois qui permettent de la formation des partis politiques et la libéralisation des élections locales et nationales – et de force, en conduisant des affrontements violents entre les forces gouvernementales et les opposants.

Dès l’été 2011 est formée en Turquie l’Armée syrienne libre, par un ex-colonel de l’armée. La militarisation croissante de l’opposition face à la répression violente du régime augmente le nombre de victimes, et les premiers massacres arrivent. En octobre 2011, une instance politique visant à regrouper l’ensemble des opposants au régime est créée : le Conseil national syrien. Cependant, ses divisions internes et les ambitions personnelles l’ont empêché de fonctionner correctement, si bien qu’il ne dispose d’aucune emprise sur le terrain.

Le conflit s’internationalise au rythme des exactions commises dans les deux camps. Depuis la fin 2011, la Ligue des États Arabes, l’Union Européenne, la Turquie et les États-Unis ont élargi les sanctions économiques contre le régime. Entre février et août 2012, l’ancien secrétaire-général de l’ONU, Kofi Annan, est nommé médiateur de l’ONU et de la Ligue des Etats arabes pour la Syrie. Il a proposé un plan en 6 points, dont l’arrêt des violences et la mise en place d’un dialogue. Après s’être rendu trois fois à Damas, il jettera l’éponge, n’ayant pas réussi à réunir les parties autour de son plan et à empêcher la militarisation totale des forces en présence.

Bachar al-Assad entretient l’illusion des réformes : un référendum sur l’adoption d’une nouvelle Constitution est organisé le 26 février 2012. Le régime annonce un taux de participation de 57% ; 89% des Syriens auraient voté « oui ». Ce vote est suivi d’élections législatives le 7 mai. Mais le régime est affaibli par la défection de personnalités de premier plan, notamment celles du vice-ministre syrien du Pétrole, Abdo Hussammedine, en mars, de Manaf Tlass, haut gradé de l’armée et ami d’enfance d’Assad, en juillet, et de Riad Hijab, Premier ministre depuis à peine un mois, en août. Par ailleurs, un attentat meurtrier a frappé au coeur de l’appareil sécuritaire du régime le 18 juillet 2012, tuant quatre hauts responsables de la sécurité, dont le beau frère d’Assad, Assef Chawkat, et le ministre de la Défense.

A l’automne 2012, plusieurs évènements aggravent le risque d’une déstabilisation régionale : tirs parfois meurtriers hors des frontières syriennes au Liban et en Turquie ; incursions de l’armée syrienne au-delà de la frontière Nord avec le Liban ; attentat du 19 octobre à Beyrouth, causant la mort du général Wissam al-Hassan, le chef des renseignements libanais, proche du courant du 14 mars. A cela s’ajoute l’afflux massif de réfugiés, qui constituent une lourde charge pour ces pays.

De son côté, l’opposition poursuit ses efforts de structuration, afin de rassembler des opposants de sensibilité différente et de confession différente (les minorités religieuses, chrétiens et alaouites en tête, sont majoritairement fidèles au régime, souvent plus par défaut que par choix). Ces efforts aboutissent le 11 novembre 2012 à Doha, avec la formation de la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syriennes, qui englobe les mouvements actifs sur le terrain. Cette Coalition est présidée par un dignitaire sunnite, ancien imam de la mosquée des Omeyyades à Damas, le cheikh Ahmad Moaz al-Khatib, opposant de longue date. Sur le terrain, l’opposition poursuit une action efficace notamment dans des zones dites « libérées », administrées par des conseils révolutionnaires.

L’année 2013 constitue un tournant dans le conflit : la rébellion syrienne se détourne de plus en plus des pays occidentaux, qui ne traduisent pas leurs promesses de livraisons d’armes en actes. Les groupes rebelles se multiplient et les référents deviennent de plus en plus explicitement religieux. Cela s’explique par la haine croissante des sunnites, qui sont majoritairement dans les rangs de l’opposition, envers les alaouites, la confession de Bachar el-Assad et de ses proches, mais aussi par souci de capter les financements des pays du Golfe, notamment d’Arabie Saoudite, du Qatar et de Koweït, qui n’hésitent pas à financer des groupes extrémistes. Du côté du régime, la Russie et l’Iran apportent un soutien financier, militaire et diplomatique (la Russie a mis son veto à plusieurs reprises sur des résolutions contraignantes au Conseil de Sécurité de l’ONU) considérable. L’intervention du Hezbollah libanais, notamment à partir de juin 2013 lors de la bataille de Qousseir, et de milices chiites irakiennes sur ordre de Téhéran, a permis aux forces du régime de prendre l’avantage sur les rebelles.

La montée des groupes extrémistes au sein de la rébellion s’intensifie à l’été 2013, lorsque des armes chimiques sont utilisées dans la banlieue de Damas, provoquant la mort de plusieurs centaines de personnes le 21 août (1 400 selon l’opposition). Le président américain Barack Obama, qui avait deux ans plus tôt l’utilisation d’armes chimiques une « ligne rouge » que le régime ne devait pas franchir, fut sur le point de lancer une intervention militaire. La France était prête à suivre, mais Obama décida de ne pas y aller, et la Russie lui offrit une porte de sortie lorsque les deux pays signèrent le 14 septembre un accord sur le démantèlement de l’arsenal chimique du régime. Les « modérés » de l’opposition syrienne furent dès lors rejetés au profit de groupes salafistes, tels que le Front islamique (novembre 2013), Jabhat al-Nosra (la branche officielle d’al-Qaïda en Syrie) et surtout, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe ultra-radical qui a conquis l’ouest du pays et s’est installé à Raqqa.

Les Kurdes sont un acteur majeur du conflit, et ont profité de l’affaiblissement du pouvoir de Damas pour réactiver leur demande d’autonomie. Ils contrôlent de larges pans de territoires dans le nord et nord-est du pays. Ils sont entrés régulièrement en conflit avec les rebelles de l’ASL, mais aussi et surtout avec les djihadistes d’al-Nosra et de l’EIIL, pour le contrôle des champs de pétrole dans l’est du pays. En novembre 2013, ils ont proclamé une administration autonome de transition.

Depuis le début de l’année 2014, le conflit est dans une impasse. Les pays occidentaux sont effrayés par la montée en puissance des groupes extrémistes, dans les rangs desquels on trouve des ressortissants européens. Ces djihadistes constituent une menace pour la sécurité des Etats occidentaux, si bien que ceux-ci commencent à reprendre contact avec les services secrets syriens… La récente offensive de l’EIIL en Irak au début du mois de juin (prise de Mossoul le 10) et la proclamation d’un califat le 29 juin ont introduit le conflit syrien dans un conflit régional où tous les pays sont impliqués, de près ou de loin. Renforcé par sa « réélection » début juin comme président au cours d’une élection bien évidemment truquée, Bachar el-Assad est actuellement en position de force face à une rébellion morcelée, où les éléments extrémistes ont pris le dessus sur des modérés inaudibles. Depuis mars 2011, le conflit a causé la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes et la destruction de tout un pays qui possède de nombreux vieux monuments, sans compter les millions de déplacés et réfugiés dans les pays voisins, en particulier au Liban, en Turquie et en Jordanie.

Sources (données): L’Etat du Monde 2014 (La Découverte), CIA World Factbook 2014, Arab Human Development Report 2009, ministère français des Affaires étrangères, Direction générale du Trésor (publication des services économiques), Youssef Courbage 2012.