Unification du Yémen

Après deux affrontements militaires, le premier en 1972 et le second en 1979, les tentatives d’unification entre le Nord et le Sud du Yémen s’avéraient vaines. Pourtant, un projet de Constitution d’un Etat unifié était mis au point en 1981. En 1988, un accord est conclu pour démilitariser la frontière et exploiter en commun les gisements pétroliers découverts en 1984. L’effondrement de l’Union Soviétique, principal bailleur de fonds du Yémen du Sud et la réduction de l’aide saoudienne au Yémen du Nord, seront des facteurs déterminants dans la course vers l’unification.

Le 22 mai 1990, la République Arabe du Yémen (RAY) et la République Démocratique et Populaire du Yémen (RDPY) ont fusionné en un Etat souverain, la République du Yémen. Sanaa, ancienne capitale de la RAY, fut désignée capitale politique, tandis qu’Aden serait la capitale économique, par l’établissement d’une zone franche. Les modalités de l’unification stipulaient la fusion des institutions des deux Etats, effaçant de cette façon les options fédérales ou confédérales envisagées auparavant. La période transitoire, au cours de laquelle des élections destinées à légitimer l’unité devaient être organisées, fut fixée à 30 mois.

Le grand bénéficiaire de l’unification fut l’ancien Président du Yémen du Nord, Ali Abdallah Saleh, qui devient Président, alors que Ali Salem al-Beid, ancien Président du Yémen du Sud fut nommé vice-Président. Une des conséquences positives de l’unification fut l’apparition du multipartisme et l’organisation d’élections libres le 27 avril 1993. En outre, la Constitution de l’Etat unifié, approuvée par référendum en mai 1991, garantit la liberté d’expression, la liberté de la presse et le droit d’association.

L’unité, faite de l’absorption du Sud par le Nord, soulève cependant quelques difficultés en termes d’équilibres territoriaux et de poids démographique (11 millions de personnes au Nord pour 3 millions au Sud). La période de l’unité peut être divisée en deux phases.

La première période est celle qui précéda la tentative de sécession sudiste de 1994. Dès les débuts de l’unification, le Sud critique la nomination de « Nordistes » aux postes à responsabilité et conteste l’islamisation des mœurs venues du Nord. L’adoption de la sharia comme « unique source de loi », l’autorisation de la polygamie et la résurgence du « tribalisme » constituent des bouleversements sociaux pour la population sud-yéménite, après plus de 20 ans de régime marxiste.

La seconde phase marque la réalisation effective de l’unité suite à la victoire de l’armée du Nord contre les « sécessionnistes » du Sud à l’issue de la guerre civile inter-yéménite de 1994. Le facteur déclencheur de ce conflit sera la découverte de gisements pétroliers prometteurs au Sud. Les anciens dirigeants sudistes, encouragés par l’Arabie Saoudite, décident alors de remettre en cause l’unité. Malgré diverses tentatives de médiation étrangère, notamment jordanienne, pour résoudre la crise, la guerre civile débute le 5 mai 1994. Elle se solde le 7 juillet par la défaite et l’exil provisoire des dirigeants sudistes, dont certains seront réintégrés peu après aux structures de l’Etat.