Yémen, système tribal

Le terme de « tribu » a souvent été employé de manière péjorative, en opposition au processus de construction de l’Etat-nation moderne. Il peut désigner le premier stade de l’évolution des sociétés mais aussi une société sans Etat. Pourtant, les relations entre les tribus et l’Etat constituent un instrument fondamental d’étude du système politique yéménite.

Le tribalisme et les valeurs tribales étant prépondérant au Yémen, on pourrait croire que les Yéménites sont essentiellement des nomades. Or, il s’agit d’agriculteurs, voire de citadins attachés à leurs terres, dont la sédentarisation est souvent antérieure à l’avènement de l’Islam. La tribu yéménite n’a aucune connotation ethnique mais concerne uniquement l’organisation sociale. La tribu, qabila, est le groupe dont les membres, qabili, se réfèrent à un ancêtre fondateur, que cette filiation soit mythique ou réelle. La tribu se divise en clans, qui se subdivisent en fractions.

Chaque faction comprend plusieurs familles, cellule sociale de base. A l’échelon supérieur, les tribus se regroupent en confédérations tribales, groupement de tribus apparentées et solidaires en cas de danger extérieur.

On regroupe aujourd’hui la dizaine de milliers de tribus yéménites en deux grandes confédérations, les Hached et les Bakil, qui englobent l’essentiel de la population du Yémen du Nord. Elles sont incontestablement les plus influentes, aussi bien par leur poids politique que par leur importance numérique. Au Sud, les bases du système tribal ont été sapées, par l’administration britannique d’abord, par le régime communiste ensuite.

Le Président de la République, Ali Abadallah Saleh bénéficie de l’appui de la confédération tribale des Hached, dont il est issu, et de celui des Bakil. La deuxième force politique du pays, l’Islah, est dirigée par Cheikh Abdullah Al-Ahmar, chef de la confédération tribale des Hached. Cela signifie qu’au Yémen, les tribus sont imbriquées dans l’Etat et l’Etat est imbriqué dans les tribus.

Les tribus yéménites jouent un rôle de contre-pouvoir face à l’ « Etat centralisateur ». Certaines tribus se sentent mal représentées au sein du système politique. S’estimant lésées par le pouvoir central et mal dotées en équipements collectifs (écoles, dispensaires, routes), elles manifestent leur mécontentement de différentes manières. L’une d’entre elles consistent à enlever des touristes, des coopérants ou des hommes d’affaires mais on assiste aussi à la destruction d’installations pétrolières. Compte tenu du nombre d’armes en circulation dans le pays (estimé à 60 millions environ, soit trois armes par habitants), l’armée est souvent impuissante face à des tribus déterminées et est fréquemment forcée de capituler dans les confrontations.