YEMEN

Nom officiel : Republique du Yémen / Al Jumhuriyah al Yamaniyah.

Etymologie : de l’arabe al-Yaman; désigne l’Arabie heureuse (Arabica Felix), qui est « à droite » pour celui qui arrive de la Méditerranée. En arabe, yaman « à droite » signifie aussi « heureux, de bon augure » (ce qui vient de la droite est de bon augure).

Capitale : Sanaa.

Superficie : 517.968 km²

Comparaison avec un pays européen : environ la taille de l’Irlande.

Divisions administratives : 21 governorats (muhafazah / muhazafat)

DEMOGRAPHIE

Population (2014 est.) : 26 052 966 habitants

Densité (2012) : 36,9 habitants/km²

Jeunes (moins de 15 ans) (2014 est.) : 41,7%

Taux d’accroissement démographique (2014 est.) : 2.72%

Indice de fécondité : 2008: 6,40 – 2014 : 4,09

Espérance de vie (2014 est.) : 64,83 ans

Mortalité infantile (2014 est.) : 50,41 ‰

Population urbaine (2011) : 32,3 %

Taux d’analphabétisme (2011 est.) : hommes: 17,9%; femmes: 51,5%

Langue : arabe (officiel)

Religions : Musulmans sunnites (chaféites), 65% – Musulmans chiites (zaydites surtout, quelques duodécimains et ismaéliens), 35% – quelques chrétiens, juifs et hindous

Groupes ethniques : Arabes 97%, (afro-arabes, sud-asiatiques et européens 3%)

IDH (2012) : 0,458 (niveau d’IDH faible). Le Yémen est classé en 160ème position sur un total de 186 pays.

ECONOMIE

Monnaie : Ryal yémenite (0.50 euros= 139.535  Ryal au 10.01.2012)

P.I.B. (2013) : $ 61,63 milliards

P.I.B. par habitant (2013) : $ 2 500

Croissance annuelle (2013) : 3,8%

Taux de chômage (2011) : 16,5% (gouvernement), 40% (estimations internationales)

Exportations (2013) : 6,694 milliards de $

Importations (2013) : 10,97milliards de $

Partenaires commerciaux : (2013) :  Exportations : Chine 41%, Thaïlande 19,2%, Inde 11,4%, Corée du Sud 4,4% – Importations : Union européenne 48,8% – Emirats arabes unis 9,8% – Suisse 8,8% – Chine 7,4% – Inde 5,8%

Part du pétrole dans les revenus du gouvernement : 63%

Répartition par secteur d’activités (2013) : agriculture 7,7%, industrie 30,9% et services 61,4%.

Principaux produits agricoles : céréales, poisson, fruits, qat (végétal légèrement psychotrope), café, coton, produits laitiers, bétail

Principales industries : production de pétrole brut et raffinage de pétrole, production à petite échelle de textiles de coton et d’articles de maroquinerie, transformation alimentaire, travaux d’artisanat, fabrication de petits produits d’aluminium, béton, pêche et exploitation minière

Principaux produits d’exportation:  pétrole brut, café, poisson séché et salé, gaz naturel liquéfié

Principaux produits d’importation:aliments, bestiaux, machines et équipements, produits chimiques

Dette extérieure totale (fin 2013): 7,806 milliards $

POLITIQUE ET RELATIONS INTERNATIONALES

Année d’admission aux Nations-Unies: Année d’admission aux Nations-Unies: Le Yémen du Nord a été admis à l’Organisation des Nations Unies le 30 septembre 1947 et le Yémen du Sud le 14 décembre 1967. Le 22 mai 1990, les deux Etats ont fusionné et sont depuis lors représentés comme un seul et même Etat nommé « Yémen ».

Membre notamment de: Ligue des Etats Arabes, Organisation de la Conférence Islamique, G-77, OMC (juin 2014)

Signataire notamment de : Traité de Non-Prolifération (TNP)

Nature de l’Etat: République

Nature du régime: En transition

Chef de l’Etat: Abderabu Mansur al-Hadi depuis le 12 février 2012

Chef du gouvernement d’entente nationale: Mohamed Basindawa (depuis un accord de sortie de crise conclu le 23 novembre 2011 à Ryad)

Principaux partis politiques : Congrès yéménite pour la réforme, Congrès général du peuple, Organisation unioniste populaire nassérienne, Parti Baas arabe socialiste, Parti socialiste yéménite

Réunification : 22 mai 1990. La République Démocratique Populaire du Yémen (Yémen du Sud) fut intégrée à la République Arabe du Yémen (Yémen du Nord)

Données militaires: Armée nationale par effectif (2010) : 137 900 – Dépenses militaires en % du PIB (2012) : 4,02%

Bref historique

L’occupation ottomane au Nord (1870-1918) et la colonisation britannique au Sud (1839-1967) consacrèrent les frontières des deux Yémen, bien que ces deux Etats n’aient jamais constitué une entité politique unifiée au cours de leur histoire. Cette division donna naissance en 1962 à la République Arabe du Yémen (RAY) en 1967 à la République Démocratique et Populaire du Yémen (RDPY). Dès les indépendances, les orientations politiques des deux régimes sont fondamentalement différentes. Au Nord, le régime républicain, soutenu par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, est marqué par une succession de coups d’Etat. Au Sud, un régime communiste se met en place, inféodé à l’Union soviétique. Après diverses tentatives d’unité infructueuses (1972 et 1979), le Yémen du Nord et le Yémen du Sud ont fusionné en un Etat souverain, la République du Yémen, le 22 mai 1990.

La population yéménite est quasi exclusivement musulmane (99%). La communauté juive compte encore quelques centaines de membres vivant dans le nord du pays. Le clivage religieux principal au sein de l’islam est celui qui oppose le Nord, chiite zaydite (55%), tandis que le Sud est majoritairement sunnite chaféite (90%). Apparu en Irak au IXème siècle, le zaydisme est une branche modérée du chiisme. Comme tous les chiites, les zaydites estiment que l’imamat doit être réservé à un descendant d’Ali, gendre et cousin du Prophète. Mais contrairement aux autres partisans de la shîa, ils ne reconnaissent pas à l’imam une nature suprahumaine et mettent l’accent sur le mérite individuel et l’égalité fondamentale entre tous les Musulmans. Le chaféisme est une des quatre écoles juridiques du sunnisme. Elle écarte l’opinion personnelle et privilégie le consensus des docteurs de la loi.

Seule république de la région du Golfe mais aussi pays le plus peuplé, le Yémen se détache nettement des six autres Etats de la Péninsule Arabique. Le Yémen est aussi le seul pays du monde arabe à être classé parmi les Pays les Moins Avancés (PMA).

Depuis mars 1995, le pays s’est mis à l’heure d’un programme de réformes économiques et financières (privatisations, inflation maîtrisée) et administratives (redécoupage territorial, décentralisation modérée, fonction publique élaguée), sous l’impulsion du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Les efforts en matière d’assainissement budgétaire lui ont valu l’annulation partielle de sa dette publique et le rééchelonnement des crédits étrangers. Cependant, les problèmes sociaux cruciaux (éducation, soins de santé, eau potable) restent négligés et le Yémen est largement dépendant de l’aide financière multilatérale accordée par les institutions internationales.

Le pays est aussi tributaire des cours du brut, son principal produit d’exportation (40% des revenus de l’Etat) dont la production reste modeste par rapport aux monarchies pétrolières voisines (en 1999, la production était de 400.000 barils par jour). Pour construire son développement économique, le Yémen doit aussi compter sur une croissance démographique élevée, malgré plusieurs années de politique de limitation des naissances, un secteur agricole fragile et un faible degré d’industrialisation.

Le secteur agricole yéménite est dominé par la culture du qat. Arbuste dont les feuilles sont mâchées quotidiennement par les Yéménites, sa culture est plus rentable que celle des produits vivriers (café, millet, sorgho, maïs) et elle fait baisser la production céréalière dans des proportions dramatiques, nécessitant une augmentation des importations. La qat a également des effets extrêmement néfastes, tant sur la santé des consommateurs que sur l’économie des ménages (il représente 30 à 40 % du revenu de certaines familles). Les mesures visant à en limiter la culture et la consommation ont jusqu’à présent échouées parce qu’elles n’ont pas tenu compte de son importance dans la vie économique, sociale et culturelle du pays.

Relations extérieures

Depuis l’unification et surtout la fin de la Seconde Guerre du Golfe, le Yémen a amélioré ses relations avec l’ensemble de ses voisins. En 1992, le Yémen et le sultanat d’Oman ont conclu un accord sur la délimitation de leurs frontières et entretiennent depuis d’importants échanges commerciaux. L’archipel des îles Hanish, inhabité et désertique, mais occupant une position géostratégique importante en mer Rouge, a suscité un regain de tension en 1995 et 1996 entre l’Erythrée et le Yémen. Après une médiation de la France, les deux parties finirent par soumettre la question à une commission internationale d’arbitrage, qui attribua la souveraineté sur l’archipel au Yémen, à la fin de l’année 1998.

La stabilisation des rapports avec l’Arabie Saoudite s’est avérée beaucoup plus conflictuelle. Les relations tendues entre les deux pays (Sanaa accusant Ryad d’instrumentaliser les luttes entre tribus afin de contrarier l’unification) se sont fortement détériorées lors de la Seconde Guerre du Golfe. En rétorsion à la position de « neutralité bienveillante » adoptée par le gouvernement de Sanaa à l’égard de l’Irak, l’Arabie saoudite expulsa environ 700 000 travailleurs yéménites. Le retour de ces expatriés a privé Sanaa d’importants transferts financiers et a posé de graves problèmes de réinsertion sociale et professionnelle. La signature du Traité de Djeddah le 13 juin 2000 a permis de définir les frontières terrestres et maritimes entre les deux pays. Avec la normalisation des relations avec ses voisins directs et la résolution des conflits frontaliers, le Yémen a alors rompu l’isolement diplomatique et économique dans lequel il se trouvait depuis la crise du Golfe.

Le Yémen du Nord a été admis à l’Organisation des Nations-Unies le 30 septembre 1947 et le Yémen du Sud le 14 décembre 1967. Depuis la fusion le 22 mai 1990, les deux Etats sont représentés comme un seul et même Etat dénommé « Yémen ». Le Yémen est aussi membre de la Ligue Arabe (Yémen du Nord en 1945) et de la Conférence Islamique (1972).

Le Yémen n’a pas encore intégré une zone de coopération régionale à vocation économique. Officiellement candidat depuis décembre 1996 au Conseil de Coopération du Golfe (CCG), le pays s’est heurté au veto saoudien alors que le sultanat d’Oman et l’émirat du Qatar ont soutenu sa candidature. Le principal obstacle à son adhésion reste la différence entre son système politique et économique et celui des six Etats-Membres du CCG.

En 1997, un accord de coopération concernant la réforme administrative et structurelle de l’Etat a été conclu entre l’Union européenne et le Yémen. Pourtant, le Yémen ne fait pas partie du groupe des Etats Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), ni de l’espace de coopération euro-méditerranéen, ni du Programme MEDA. Concernant les projets de développement, l’aide communautaire est axée sur le développement rural et agricole et sur la sécurité alimentaire, avec pour cadre général la lutte contre la pauvreté. Depuis 1978, l’aide européenne a fourni dans ces domaines plus de 180 millions d’euros couvrant quelques 59 projets.

En outre, l’Union européenne a apporté son appui aux élections législatives de 1993 et de 1997. L’Allemagne et les Pays-Bas sont les principaux bailleurs de fonds au sein de l’Union européenne. En 1998, les exportations européennes vers le Yémen étaient six fois plus importantes que les importations. 15 % du commerce du Yémen se fait avec l’Union européenne.

Au début de l’année 2000, le Yémen a déposé une demande pour adhérer à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Bénéficiant d’un statut d’observateur, le pays est devenu le 160ème membre de l’organisation depuis le 26 juin 2014.

L’attentat contre le destroyer américain USS Cole dans le port d’Aden, le 12 octobre 2000, avait tué 17 marins américains. L’Armée islamique d’Aden-Abyane, figurant sur la liste des organisations terroristes publiées par les Etats-Unis après le 11 septembre, a revendiqué l’attaque contre le pétrolier français Limburg, le 6 octobre 2002, au large des côtes du Yémen. Sous la pression des Etats-Unis, les autorités yéménites ont accentué la traque contre les militants ou sympathisants présumés d’Al-Qaida (voir Oussama ben Laden). Les Américains suspectent le Yémen d’abriter des camps d’entraînement pour les militants islamistes, de larges zones de territoires échappant au contrôle de l’Etat. Le Yémen a aussi fourni d’importants contingents de combattants fondamentalistes pour lutter contre l’occupation soviétique en Afghanistan de 1979 à 1989 (voir Afghans).

Le 3 novembre 2002, six membres présumés du réseau Al-Qaida ont été tués dans l’explosion de leur véhicule, provoquée par un tir de missile, à 200 km de Sanaa. Les Etats-Unis ont indirectement confirmé cette opération, qualifiée d’ « assassinat ciblé », dont la CIA est probablement le maître d’œuvre avec le concours de l’armée yéménite. Parmi les victimes figure un ancien garde du corps d’Oussama ben Laden et principal suspect dans l’attentat contre le USS Cole. Le département d’Etat américain, craignant un risque de représailles a décidé de fermer son ambassade au Yémen pour une durée indéterminée.

Depuis le début des années 2000, le Yémen fait face à des mouvements rebelles islamistes et à des rébellions armées de minorités qui ne reconnaissent pas le régime du président Ali Abdullah Saleh.

Par ailleurs, le Yémen accueille plusieurs centaines de milliers de réfugiés de la Corne de l’Afrique, principalement de Somalie et d’Ethiopie. La communauté internationale, à travers le HCR, tente d’apporter un soutien substantiel aux autorités, mais qui reste insuffisant.

Le Yémen depuis 2011 : le « printemps yéménite »

Inspirées par des manifestations similaires en Tunisie et Egypte, des rassemblements publics ont eu lieu à Sanaa contre le président yéménite, Ali Abdullah Saleh, de la fin de janvier 2011, alimentées surtout pour les mauvaises conditions économiques et la corruption générale. Dès le mois suivant, quelques protestations ont devenues violentes et les manifestations s’étaient propagées aux autres grandes villes du Pays. En mars, l’opposition avait fixé ses exigences, en réclamant l’expulsion immédiate d’Ali Abdullah Saleh. Le Conseil de Coopération du Golfe, à la fin d’avril 2011, dans une tentative de médiation de la crise au Yémen, a proposé un accord dans lequel le Président yéménite se retirerait en échange d’une immunité de poursuites. Ali Abdullah Saleh a refus de signer un accord et a conduit des luttes contre les révoltes et il a été blessé à la suite d’une explosion en juin 2011. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté la résolution 2014 en octobre 2011 appelant les deux parties à mettre fin à la violence et compléter une opération de transfert des pouvoirs. À la fin de novembre 2011, le président yéménite a signé l’accord négocié par le Conseil de Coopération du Golfe de se retirer et de transférer certains de ses pouvoirs au Vice-président Abd Rabuh Mansur Hadi. Après les élections de février 2012, remporté par Hadi, Ali Abdullah Saleh a officiellement transféré ses pouvoirs.

Réunis au sein d’une Conférence de Dialogue nationale, les différents acteurs de la société yéménite ont discuté de l’avenir du pays au sein d’un hôtel 5 étoiles à Sanaa. Dans un contexte sécuritaire qui se dégrade de plus en plus, partis politiques, acteurs de la société civile, organisations de jeunesse et leaders tribaux se sont finalement mis d’accord sur le principe d’un Etat fédéral. La question du Sud, qui réclame un retour à l’ancien Etat avant l’unification, a été primordiale. Si des réformes ont déjà été mises en place, en particulier concernant la réorganisation de l’armée et des différentes brigades, de nombreux enjeux attendent encore des réponses, en matière économique, sécuritaire, juridique et politique.

Sources (données): CIA World Factbook 2014, Arab Human Development Report 2009 (PNUD), L’Etat du Monde 2014 (La Découverte)