AL TOURABI, Hassan

Né en 1932 au Soudan, diplômé d’Oxford et de la Sorbonne, Hassan Al Tourabi, se décrit volontiers comme un intellectuel, un « penseur » de l’islam. En fait il fut associé au pouvoir dès les années septante et joue un rôle politique de première importance au Soudan.

Il a été tour à tour ministre de la justice – ce qui lui permit de promouvoir au Soudan la Loi Islamique, la Sharia – puis chef de la diplomatie sous Gaafar Noumeiri. Après une arrestation de courte durée en 1985, parce que soupçonné de complot au profit de l’Iran, il crée le Front national islamique (FNI).

Il élabore alors sa charte du Soudan, Unité et diversité nationales, instrument législatif rejetant la solution neutre du droit laïc. La Sharia devrait, selon Tourabi, être adaptée aux régions et aux coutumes, afin que les minorités soient protégées, un souhait dont est loin la réalité du Soudan d’aujourd’hui.

En 1988, il entre dans le gouvernement de Sadek al-Mahdi, cette fois en temps que vice-Premier ministre et ministre des affaires étrangères. Le FNI ne participera plus au nouveau cabinet mis en place le 25 mars 1989, qui sera renversé le 30 juin par le général Ahmed El Béchir. Tourabi peut à ce jour être considéré comme l’éminence grise du pouvoir en place. Bien que, à l’image de tous les partis politiques, le FNI soit interdit, ses partisans sont majoritaires au gouvernement et nombreux au sein de l’administration et de l’armée.

Du 25 au 28 avril 1991 il réunit à Khartoum une Conférence populaire arabo-islamique regroupant des délégués venus de 45 Etats à majorité ou à fortes minorités musulmanes, et essaie ainsi de conférer à la capitale soudanaise le statut de centre majeur du monde islamique. Une deuxième Conférence arabo-islamique, dont Tourabi a été réélu secrétaire général, a été tenue du 2 au 4 décembre 1993 et suivie par près de 500 délégués, représentants un large éventail de mouvements islamistes de par le monde, le commun dénominateur étant le refus de l’hégémonie américaine. Les débats furent avant tout centrés sur les défis du monde arabo-islamique face au nouvel ordre international dicté par l’Occident. Cette conférence se veut bien évidemment le concurrent populaire de l’Organisation de la Conférence Islamique (O.C.I.)

Toutefois Tourabi, qui rêve de plus en plus de devenir un sorte de pape musulman, se targue de maintenir une ligne modérée et de controler les mouvances les plus extrémistes. Ainsi, les accords israélo- palestiniens ont-ils simplement été rejetés et non pas explicitement condamnés. La conférence a mis en évidence la rupture existant en de nombreux pays entre des courants populaires et les gouvernements et est, selon Tourabi, la preuve du rapprochement qu’opèrent entre elles les sociétés musulmanes.