ARAFAT, Yasser

Mohammed Abd el-Rahman Abd el-Raouf Arafat, homme politique palestinien né au Caire le 24 août 1929, d’une famille de notables de Jérusalem, les Husseini. Egalement connu sous son nom de guerre, Abou Ammar.

Il participe aux combats en Palestine en 1948 puis se réfugie à Gaza avant de retourner au Caire où il poursuit des études d’ingénieur civil. Président de l’union des étudiants palestiniens de 1952 à 1956, il participe ensuite à la guerre de 1956 avec le grade de sous-lieutenant dans l’armée égyptienne. Plusieurs fois arrêté pour ses activités politiques en Egypte, il s’installe au Koweit où il fonde le Fatah en 1959 – avec Salah Khalaf (Abou Iyad), Khalil al-Wazir (Abou Jihad), Mahmoud Abbas (Abou Mazen) et Farouk Kaddoumi (Abou Loutof). Du fait du nombre important de Palestiniens aisés vivant dans l’émirat et de la liberté dont ils bénéficient, le Fatah devient rapidement la première organisation politique palestinienne.

Après la défaite arabe de 1967 et l’intégration dans l’OLP rénovée des mouvements de fedayins qui se sont créés en dehors d’elle, Arafat devient président du Comité Exécutif désigné par le Conseil National Palestinien (CNP) tenu en février 1969 et est élu président de l’organisation. Il a alors modifié le cap de l’OLP pour, d’un mouvement pan-arabe, en faire un mouvement qui se consacre à la cause nationale palestinienne. En 1973, il est désigné Commandant en chef de toutes les forces combattantes palestiniennes.

Il s’est fait le porte-parole d’une approche pacifiste depuis l’adoption par l’OLP en juin 1974 du principe de création d’un Etat palestinien sur toute portion du territoire palestinien qui sera libérée. Il s’adresse à l’Assemblée Générale des Nations unies à New-York en novembre 1974 et appelle, à cette occasion, toutes les parties à rechercher une solution pacifique pour la Palestine, admettant par là-même implicitement l’existence d’Israël.

En 1983, en pleine guerre du liban, il est forcé de quitter Beyrouth, assiégée par l’armée israélienne, pour Tunis où les quartiers-généraux de l’OLP sont alors installés. En novembre 1988, il proclame l’indépendance de la Palestine, fait adopter une motion politique reconnaissant toutes les résolutions des Nations unies et demandant l’ouverture de négociations directes avec Israël. Il est élu par le CNP Président de l’Etat de Palestine en avril 1989. En dépit d’une position officiellement neutre, son refus de prendre ses distances avec l’Irak de Saddam Hussein durant la crise du Golfe en 1990 lui vaudront une perte de crédibilité sur la scène internationale.

Alors que le processus de paix entamé à Madrid ne donnait aucun résultat, il a mené depuis 1992 des négociations secrètes avec Israël qui ont mené à la signature de la Déclaration de Principes entre l’OLP et Israël en septembre 1993 (voir processus de paix d’Oslo). Depuis lors, il négocie avec Israël, dans le cadre de ces accords, l’avenir de l’autonomie palestinienne. Invité par le Parlement européen en décembre 1993 (il avait déjà été reçu au sein du Parlement en octobre 1988, mais à titre non-officiel), il insiste sur le rôle que l’Europe doit jouer dans le processus de paix. En décembre 1994, il reçoit en même temps qu’Yitzhak Rabin et Shimon Peres le Prix Nobel de la Paix.

En juillet 1994, dans la foulée des Accords d’Oslo, il retourne à Gaza où il met sur pied et dirige l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP). Critiqué pour ses tendances autocratiques, il a malgré tout été élu président de l’ANP avec 87,1% des voix lors des premières élections générales tenues, sous contrôle d’observateurs internationaux, dans les territoires palestiniens en janvier 1996.

La question de sa succession est en principe réglée: sa charge devrait être, dans l’attente d’une nouvelle élection présidentielle, reprise par le président du Conseil législatif palestinien, actuellement Ahmed Koreï (Abou Ala). D’aucuns supputent cependant qu’un coup de force pourrait amener au pouvoir Jibril Rajoub ou Mohammed Dahlan, les chefs des Forces de Sécurité Préventives de Gaza et de Cisjordanie. Concernant strictement l’OLP, c’est vraisemblablement Mahmoud Abbas (Abou Mazen), Secrétaire général de l’OLP, qui devrait lui succéder.

L’échec des négociations de Camp David sur le  » statut définitif  » en juillet 2000 a considérablement terni l’image de Yasser Arafat, accusé de ne pas répondre positivement aux propositions israéliennes. Ces dernières, présentées par le Premier ministre Barak et son ministre de l’Intérieur Shlomo Ben-Ammi n’envisageaient pourtant, de source israélienne, que la rétrocession de 80% de la Cisjordanie et 100% de la Bande de Gaza, tandis que l’origine du problème des réfugiés et sa résolution, le statut de Jérusalem et celui des colonies faisait l’objet d’un profond désaccord. Enfin, l’Etat palestinien était composé de deux enclaves en Cisjordanie coupées du monde extérieur. (Voir Dossier spécial: Que s’est-il passé à Camp David?).

La reprise ultérieure de négociations à Taba aboutit, semble-t-il, à un accord plus équilibré entre Israéliens et Palestiniens sur tous les points de désaccord, sauf celui des réfugiés. La délégation palestinienne ne signa pas l’accord car le Premier ministre Barak ne disposait plus depuis septembre 2000 que d’une majorité de 40 députés sur 120, tandis que les sondages le donnaient perdant à 2 contre 1 contre le candidat du Likoud Ariel Sharon.

Depuis l’éclatement de la deuxième Intifada (Intifada Al-Aqsa), l’avenir de Yasser Arafat est incertain. Vertement critiqué par des troupes qu’il ne semble plus pouvoir canaliser, son pouvoir est menacé par une stratégie israélienne majoritairement concentrée sur la destruction ou la neutralisation des infrastructures de sécurité palestiniennes et de certains dirigeants palestiniens. Il est emprisonné dans son quartier général à Ramallah depuis décembre 2001, assiégé à plusieurs reprises par l’armée israélienne en 2002. En décembre 2001, Sharon le déclare « insignifiant » et refuse de traiter avec lui. Il tente également de convaincre la communauté internationale de le boycotter. En juin 2002, le Président américain Georges Bush a appelé les Palestiniens à choisir un autre dirigeant, qualifiant Arafat d’ « obstacle à la paix ». Cet appel a été rejeté par l’ensemble des dirigeants arabes et européens. En février 2003, sous d’intenses pressions internationales, notamment des Etats-Unis et de l’UE, le leader palestinien a été contraint d’accepter de créer le poste de Premier Ministre et de partager son pouvoir. Le Conseil législatif palestinien (CLP, parlement) a approuvé la création de ce nouveau poste à une écrasante majorité, reflétant son désir de réformer l’Autorité Palestinienne. L’arrangement permet à Arafat de garder le contrôle de la sécurité et de la politique extérieure, alors que le Premier Ministre est chargé de l’Intérieur et de la formation du gouvernement.

La désignation de Mahmoud Abbas (Abou Mazen) à ce poste était soutenue par le « Quartet » (Etats-Unis, Russie, Union Européenne, et ONU), qui l’estimaient capable de réformer l’AP en réduisant les pouvoirs d’Arafat, et de reprendre les négociations de paix. Après sa nomination le 29 avril 2003, les Etats-Unis ont procédé à la publication de la feuille de route rédigée par le « Quartet » et les négociations entre Israël et l’Autorité Nationale Palestinienne ont recommencé. Néanmoins, suite à un conflit de pouvoir avec Yasser Arafat autour de la question du contrôle des forces de sécurité et du refus de ce dernier de lui conférer des vrais pouvoirs, Mahmoud Abbas a renoncé à son poste le 7 septembre 2003. Il a été remplacé par Ahmad Qorei (Abou Alaa), qui, après des semaines de désaccord avec Arafat, a finalement cédé à la nomination de Hakam Balaoui au poste de Ministre de l’Intérieur au lieu de son propre choix, Nasser Youssef.

Suite à la démission de Mahmoud Abbas, Israël a menacé d’expulser Arafat, provoquant des manifestations à travers les Territoires Occupés et suscitant l’opposition de la communauté internationale. Plus récemment, Arafat a également été menacé de mort, une mesure qu’Israël a déjà appliqué contre le Cheikh Ahmad Yassine, le leader spirituel du Hamas, et son successeur, Abdel Aziz ar-Rantissi. Paradoxalement, Arafat a regagné beaucoup de soutien de la part de la population palestinienne grâce aux tentatives israéliennes de le marginaliser. La question de sa succession est en principe réglée: sa charge devrait être, dans l’attente d’une nouvelle élection présidentielle, reprise par Ahmed Koreï (Abou Ala), le Premier Ministre actuel.

Le 29 octobre 2004, après plusieurs jours d’inquiétude quant à sa santé, Yasser Arafat arrive à l’hôpital militaire de Percy, en France, pour y subir des examens. De nombreuses rumeurs circulent au sujet de sa maladie. Suite à plusieurs jours d’attente et d’informations contradictoires, la mort de Yasser Arafat est annoncée le 11 novembre 2004. Le lendemain, en présence de nombreux chefs d’Etat, une cérémonie militaire a lieu en Egypte. Les dirigeants israéliens ayant refusé qu’il soit enterré à Jérusalem, Arafat est enterré à la Mouqata, le quartier général de Ramallah dans lequel il a vécu confiné durant trois ans.

Comme stipulé dans la Constitution palestinienne, le président du Parlement, Rawhi Fattouh, devient président intérimaire de l’Autorité palestinienne. Le 9 janvier 2005, Mahmoud Abbas est élu président de l’Autorité palestinienne.