BAQR AL-HAKIM, Mohammed

L’Ayatollah Mohammed Baqr Al-Hakim (Najaf, Irak, 1939) était le fils de feu Agha Mushin Al-Hakim, leader du monde chiite pendant la période 1955-1970.

Il est le co-fondateur du mouvement politique islamique d’Irak qui a vu le jour pendant les années 1950 (Daawa). En 1972, l’ayatollah Al-Hakim est arrêté par le régime Baathiste. En 1977, il est une nouvelle fois arrêté et condamné à la prison à vie par une cour spéciale et cela sans aucun jugement. En juillet 1979 il est relaxé. L’ayatollah Al-Hakim quitte l’Irak en 1980, après l’éclatement de la guerre Irak-Iran.

En 1982, l’ayatollah Al-Hakim joue un rôle prépondérant dans l’établissement du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak (CSRII) avant d’en devenir le leader en 1986. En guise de réaction aux activités politiques d’Al-Hakim, le régime de Saddam Hussein arrête 125 membres de sa famille en 1983 (environ 25 d’entre eux seront exécutés).

En Iran, il fonde la brigade Badr (l’aile armée du Conseil supérieur de la Résistance islamique en Irak), une milice regroupant entre 8.OOO et 15.000 soldats. Cet organisme avait été armé et commandé par la Garde Révolutionnaire d’Iran afin de lutter dans la guerre Irak-Iran.

En 1991, Bush, le Président des Etats-Unis, encourage la rébellion des Chiites contre le régime de Saddam Hussein, mais une fois que celle-ci éclate, les Etats-Unis ne leur offrent pas le moindre soutien. La rébellion a été brutalement étouffée et l’on estime que des dizaines de milliers de personnes ont été massacrées dans le sud du pays.

L’ayatollah Al-Hakim retourne en Irak le 12 mai 2003 après 23 ans d’exil. Son arrivée dans la ville sainte de Najaf est acclamée par des milliers de musulmans Chiites. Cependant, son statut de dirigeant de la communauté chiite est contesté, notamment par des membres du groupe Sadra. Ce groupe incarne des tendances radicales et doit son nom à l’ayatollah Sadeq al-Sadr, assassiné en 1999. Il fût probablement assassiné par les agents de Saddam Hussein sous la direction de son fils, Muqtada al-Sadr.

L’ayatollah Al-Hakim souleva quelques inquiétudes quant à la revendication possible d’un style de régime iranien, ayant lui-même rejeté à plusieurs occasions l’extrémisme religieux. Depuis son retour d’exile, il avait pris de la distance par rapport aux clercs au pouvoir en Iran. Il était partisan d’un Etat islamique moderne, rejetait toute forme d’extrémisme religieux, était en faveur d’élections libre dans le pays et envisageait la création d’un Etat fédéral qui reconnaîtrait les différents cultes et ethnies du pays.

L’ayatollah Al-Hakim était opposé à l’occupation américaine en Irak (le CSRII avait boycotté la première réunion sponsorisée par les Etats-Unis des fractions irakiennes le 15 avril 2003). Cependant, il était pragmatique au point de refuser  cette occupation  sans se confronter aux américains et en acceptant même de faire partie du gouvernement américain mis en place. Son frère, Abdel Aziz, est le représentant du conseil de gouvernement provisoire du CSRII.

Al-Hakim est mort dans un attentat massif à la voiture piégée dans la ville de Najaf le 29 août 2003, après le serment des prières du vendredi (plus de 80 personnes ont perdu la vie dans cet attentat et environ 250 personnes ont été blessées). Les loyalistes du régime de Saddam Hussein ainsi que les islamistes wahabistes sunnites non-irakiens (ou une alliance contre nature des deux) ont immédiatement été soupçonnés. Quatre hommes ont été arrêtés après l’attentat, deux d’entre eux faisant partie de l’ancien régime, les deux autres étant originaires d’Arabie Saoudite.