BARGHOUTI, Marwan

Marwan Barghouti est né en 1958 à Ramallah. Marié à l’avocate Fadwa Barghouti, il a quatre enfants.

Il fait partie du Fatah dès ses quinze ans. Condamné par Israël en 1976 à dix-huit ans de prison pour participation à une révolte palestinienne, il apprend l’hébreu pendant son incarcération. À sa sortie, il rentre en Cisjordanie et suit des études à l’Université de Bir Zeit et obtient une maîtrise en Histoire, une en Sciences Politiques ainsi qu’un diplôme de troisième cycle en Relations Internationales.

Plus tard, M. Barghouti devient l’un des principaux chefs politiques de la Première Intifada dans la bande de Gaza. Il est arrêté en 1987 par l’armée israélienne et expulsé vers la Jordanie dont il n’a pu revenir qu’après la signature des Accords d’Oslo en 1994. Il est élu au Conseil législatif de Palestine en 1996 où il défend la nécessité d’une paix avec Israël, allant jusqu’à proposer des rencontres israélo-palestiniennes et la constitution d’un groupe d’amitiés parlementaires israélo-palestiniennes aux membres de plusieurs partis de la Knesset. M. Barghouti prend également une part active dans la lutte contre la corruption et pour la promotion de la justice économique et sociale, des droits de l’homme et de l’égalité entre hommes et femmes.

Il évolue par la suite rapidement  au sein du Fatah et en devient secrétaire général pour la Cisjordanie. M. Barghouti devient très populaire chez les Palestiniens grâce à son rôle lors de la Seconde Intifada en tant que chef de la branche armée du Fatah. Cette branche armée se diversifie alors en lançant, via un sous-groupe appelé les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, des attentats-suicides sur le territoire israélien et contre les colonies israéliennes. Le rôle supposé de M. Barghouti dans la campagne d’attentats-suicides contre Israël en fait alors l’un des Palestiniens les plus recherchés par Israël. En 2001, il déjoue une tentative d’assassinat préparée par l’armée israélienne mais le 15 avril 2002, l’Etat hébreu l’ arrête et il est inculpé par un tribunal civil pour meurtres et tentatives de meurtres dans une entreprise terroriste sous son commandement. Si les Palestiniens arrêtés pour des faits de « résistance » sont d’habitude jugés par des tribunaux militaires, dans le cas de M. Barghouti, parlementaire israélien, Israël a du se soumettre aux pressions étrangères et mettre en avant la crédibilité juridique du procès.

Or, tout au long de son procès, M. Barghouti refuse de reconnaître la légitimité du tribunal israélien et de se défendre. Il dit soutenir les attaques armées contre l’occupation israélienne mais ne cautionne pas les attaques contre des civils sur le territoire d’Israël. Il est condamné le 20 mai 2004 pour cinq meurtres par l’intermédiaire d’un groupe armé. M. Barghouti est aussi déclaré coupable d’une tentative de meurtre pour un attentat-suicide déjoué par les forces de sécurité israéliennes. Il affirme être innocent et est acquitté de 21 chefs d’accusation pour meurtres perpétrés au cours de 33 attentats, mais le 6 juin, M. Barghouti est condamné à cinq peines de réclusion à perpétuité et à 40 ans d’emprisonnement pour tentative de meurtre.

Dès la mort de Yasser Arafat, il apparaît comme un successeur potentiel. L’image de Marwan Barghouti n’est en effet pas éclaboussée par la corruption d’une partie de la vieille garde du Fatah durant les années Arafat. Cependant, il n’est pas membre des instances exécutives du Fatah et de l’OLP et il n’est pas dans la ligne officielle de succession contrairement à Mahmoud Abbas et Ahmed Qoreï qui incarnent le système politique palestinien. De ce fait, il reste écarté du pouvoir en 2004.

En décembre 2005, Marwan Barghouti annonce la création d’un nouveau parti, Al-Mustaqbal. Essentiellement constitué de membre de la Jeune garde du Fatah, il constitue alors une réelle menace pour le parti de Mahmoud Abbas, profitant en effet directement au Hamas. Pour cette dernière raison, l’annonce n’est pas concrétisée et Barghouti décide de faire campagne pour le Fatah depuis sa cellule de prison. Cet épisode a été considéré par beaucoup comme un avertissement de la part de la Jeune Garde contre la corruption qui touche l’establishment du parti.

Pendant l’hiver 2009 Marwan Barghouti revient sur le devant de la scène non seulement parce que nombre de médias envisagent un « échange » de prisonniers entre Gilad Shalit et M. Barghouti (Selon le quotidien israélien Maariv, de nombreux responsables israéliens seraient favorables à sa libération, déjà envisagée dans le cadre d’un marché avec Hamas pour la libération du soldat Gilad Shalit) mais aussi parce que l’ancien leader bénéficie d’une popularité grandissante  auprès de la population et pourrait permettre à la société palestinienne de retrouver un semblant d’unité. En effet, le fait d’être emprisonné ne l’a pas empêché de rester une figure de la vie politique palestinienne. Depuis sa cellule, il a notamment aidé à négocier une trêve entre des groupes armés palestiniens et Israël en 2003. Par ailleurs, on a souvent comparé le silence du Président de l’Autorité palestinienne M. Abbas lors de l’opération menée par Israël contre Gaza en décembre/janvier 2009 aux déclarations de M. Barghouti depuis sa prison.

« J’appelle toutes les organisations palestiniennes, toutes les forces nationales dans leur diversité à s’unir pour faire face à l’agression et à dépasser toutes les différences car l’attaque israélienne vise le peuple palestinien tout entier, vise à détruire sa détermination. Le Fatah et ses membres sont parties intégrantes de la bataille pour faire face à l’agression» avait il entre autres déclaré.

Jouissant de toute son aura au moment où son propre mouvement a perdu de sa légitimité aux yeux des Palestiniens depuis la conférence d’Annapolis, M. Barghouti pourrait aujourd’hui donner un nouvel élan au Fatah.

Au sixième Congrès du Fatah qui s’est déroulé à Bethléem au début du mois d’août 2009, Marwan Barghouti a été élu au Comité Central, marquant ainsi un rôle plus important laissé à la Jeune Garde dans la direction du Parti.

En plus de son image positive auprès des Palestiniens, Marwan Barghouti  pourrait être perçu comme un acteur clef par Israël : il a participé activement à l’élaboration de «l’Appel  des prisonniers» de 2006 appelant à un gouvernement d’union nationale palestinien, connaît bien Israël, parle couramment l’hébreu et est avant tout un politique qui avait accepté les accords d’Oslo en 1993. Il pourrait devenir ce partenaire pour la paix que les Israéliens disent rechercher. Sa popularité est telle aujourd’hui que d’anciens chefs du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, estiment que celui qui est parfois appelé le « Mandela palestinien » serait plus «utile» à l’extérieur qu’en prison.