BOUTEFLIKA, Abdelaziz

Né le 2 mars 1937 à Oujda (Maroc), il est issu d’une famille originaire de Tlemcen (ouest de l’Algérie). Il s’engage en 1956 dans l’Armée de libération nationale (ALN), en lutte contre l’occupant français, et prend le nom de guerre de Si Abdelkader, surnom qui va lui rester, avec celui de « Marocain ».

A l’indépendance en 1962, il devient député de Tlemcen à la Constituante, puis ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement du président Ahmed Ben Bella. En 1963, il est nommé ministre des Affaires Etrangères et le restera jusqu’à la disparition fin 1978 du président Houari Boumediène, dont il était considéré comme le bras droit.

Au début 1979, il espère succéder à Boumediène à la présidence de la République; l’armée en décide toutefois autrement et lui préfère Chadli Bendjedid. Si ce dernier le nomme ministre d’Etat, Bouteflika est néanmoins peu à peu écarté de la scène politique, qu’il quitte en 1981.

En 1983, il est poursuivi par la Cour des comptes d’Alger et condamné à rembourser trois millions de FF pour des « irrégularités » dans sa gestion du budget des Affaires étrangères. Acquitté par la suite, il quitte l’Algérie et séjourne pendant six ans aux Emirats Arabes Unis, en Suisse et en France. De retour en Algérie, il entre au Comité central du Front de Libération Nationale (FLN) en 1989.

En janvier 1994, il refuse la proposition de l’armée de succéder au président assassiné Mohamed Boudiaf pour ne pas avoir à solliciter l’appui des partis politiques. Le poste revient finalement au général Liamine Zeroual.

En avril 1999, il est élu président de la République, sans opposition du fait du retrait la veille des six autres candidats. Selon les chiffres officiels fournis par le ministère de l’Intérieur, la participation aurait été de 60,25% et Abdelaziz Bouteflika aurait remporté 74% des suffrages. Ces chiffres ont cependant été mis en doute tant par la presse algérienne et internationale que par les diplomates en poste à Alger.

Son élection semble cependant avoir été un tournant dans la guerre civile qui a éclaté en janvier 1992. Suite au cessez-le-feu proclamé par l’Armée Islamique du Salut (AIS) en juin 1999, le Président Bouteflika a permis la relaxe, le mois suivant, à l’occasion de la fête de l’Indépendance, de 2.300 islamistes emprisonnés et dans le cadre de sa loi de « réconciliation nationale » accordant l’amnistie aux membres et sympathisants de l’AIS (voir FIS). Il a également annoncé que les propositions contenues dans la loi, que celle-ci soit ou non approuvée par le Parlement, seraient soumises à réferendum le 16 septembre 1999. Il a promis de démissionner en cas de résultat négatif. Bien que les membres du RCD aient boycotté le vote , la loi a été adoptée en juillet 1999 par 288 votes positifs sur 380 à l’Assemblée Nationale et par 131 votes positifs sur 150 au Conseil de la Nation.  20.000 autres prisonniers ont encore été libérés suite à la confirmation de la loi par le référendum.

L’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika a également conduit à une amélioration des relations de l’Algérie avec le Maroc, qui étaient pratiquement gelées depuis 1994. Parmi les gestes qui ont conduit à cette amélioration, on retiendra notamment sa décision de proclamer un deuil national de 3 jours suite au décès du Roi Hassan II en juillet 1999 ainsi que sa déclaration sur le Sahara Occidental, principal point de tension entre les deux pays, selon laquelle il s’agit d’un problème relevant strictement de la compétence des Nations Unies.

Le 8 avril 2004, Bouteflika est réélu président de la République avec 83.49% des voix contre 5 autres candidats. Ali Benflis, son principal rival et son ancien bras-droit, ainsi que deux autres des candidats, Abdallah Djaballah et Saïd Sadi, ont dénoncé dans un communiqué commun une fraude « à tous les niveaux ». Toutefois, les 120 observateurs internationaux présents dans le pays n’ont pas signalé d’irrégularités, et la réélection de Bouteflika a rapidement obtenu le soutien de Jacques Chirac et de George W. Bush. Pour la première fois depuis l’indépendance du pays, l’armée a affiché publiquement sa neutralité en promettant de ne pas interférer dans les résultats des élections.

Lors de sa campagne électorale, Bouteflika a donné une attention particulière aux Zaouïas, les confréries religieuses qu’il a remises à l’honneur et dont il a reçu en échange le soutien. Malgré des allégations de fraude lors de ce scrutin, beaucoup d’Algériens ont estimé qu’il méritait un second mandat, sans doute parce qu’il est parvenu à restaurer la paix après dix longues années de guerre civile. Pour son second mandat, Bouteflika a annoncé qu’il réviserait la Constitution, qu’il regrouperait la pléthore des partis dans deux « pôles » et qu’il mettrait au pas la presse privée, initiatives qui inquiètent certains analystes et intellectuels quant à l’avenir des libertés en Algérie.

Il est réélu en 2004 au 1er tour. En 2005, Bouteflika est nommé président d’honneur du FLN par le huitième congrès du parti.

Dès les débuts de ce mandat, le président est vivement critiqué et ce notamment pour les atteintes à la presse avec l’arrestation de journalistes en 2004, notamment de M. Benchicou du quotidien Le Matin qui avait écrit un livre sur A. Bouteflika (« Bouteflika, une imposture algérienne »). Il est alors dénoncé par Reporters Sans Frontières, accusé de mettre en péril la presse privée.

En 2005, lance son plan de « restauration de la paix civile en Algérie » qu’il soumet à un référendum en septembre pour faire adopter des mesures censées permettre cet objectif. Parmi ces mesures : le droit à des réparations aux familles de disparus, la mise en place d’une forme d’amnistie pour les membres de groupes armés non coupables de massacres et la création d’une aide pour les veuves et orphelins de membres de groupes armés tués.  Alors qu’elles s’opposent à de telles mesures pendant la campagne du referendum, les familles des victimes de la Guerre civile et les associations de défense des Droits de l’Homme ne sont pas intégrées aux débats. Les médias restent muets tandis que la campagne en faveur du « oui » est largement financée par l’Etat et les fonds publics. Les résultats sont dénoncés par l’opposition. En effet, le « oui » obtient 97,36 % des voix et la participation est établie à 79,76 %  sauf en Kabylie avec seulement 12% de participation.

Par ailleurs, en 2006, M. Bouteflika fait fermer 42 établissements francophones pour « déviation linguistique ».

Le 12 novembre 2008, le parlement algérien a voté la modification de l’article 74 de la constitution (500 « oui », 21 « non » et 8 abstentions). Les modifications prévoient entre autres l’abolition de la limite à deux mandats présidentiels consécutifs. Le 12 février 2009, il annonce qu’il briguera un troisième mandat.

En termes de politique économique, A. Bouteflika mène une politique de grands travaux sans pour autant relancer l’entreprenariat privé et si l’Etat a engrangé de fortes sommes de pétrodollars ces dernières années, la crise sociale et la pauvreté demeurent.

En politique extérieure, A. Bouteflika ne parvient pas à améliorer les relations avec le Maroc à propos du problème du Sahara Occidental. Concernant les Etats-Unis, il propose après les attentats du 11 septembre une collaboration dans tous les domaines. Enfin, la relation qu’il entretient avec la France se dégrade après la loi de 2005 exposant entre autres le « rôle positif de la colonisation » et le projet de traité d’amitié franco-algérien après la visite de 2003 de J. Chirac se trouve dans une impasse.

La question kabyle n’est pas non plus résolue : les élections présidentielles de 2004 sont boycottées par les Kabyles. Avant le referendum sur la réconciliation nationale en 2005, le gouvernement Bouteflika trouve un accord avec les dirigeants kabyles et promet que leurs revendications seront satisfaites. Or, la veille du scrutin, il revient sur ses promesses concernant notamment la question de doter l’Algérie de deux langues officielles. Le référendum est boycotté à 95% par les Kabyles.

Le 9 avril 2009, pour les élections présidentielles, A. Bouteflika est sûr de l’emporter.  Face à lui une opposition peu connue, sans moyens, qui n’a pas bénéficié de la même couverture médiatique que le président et qui appelle au boycott des élections. Pour les médias, seul le taux de participation constitue l’inconnue du scrutin.

Le 10 avril 2009, après une campagne à l’équité contestée et des accusations d’irrégularités par les médias et l’opposition,  Abdelaziz Bouteflika est élu pour la troisième fois président de la République algérienne avec 90,24% des voix pour un taux de participation de 74,11%.