HUSSEIN, Saddam

«L’individu Saddam est sans doute unique, voire diabolique, mais il est aussi un véritable fils de l’Irak

Saïd Aburish biographe du raïs et historien palestinien

L’histoire contemporaine de l’Irak est étroitement liée à l’ascension de son chef d’Etat, Saddam Hussein. Musulman sunnite, il né en 1937 à Tikrit, au nord de Bagdad, dans une famille de paysans modestes. Il ne termine pas ses études secondaires à cause de problèmes familiaux. En 1957, il adhère au Parti Baath.

En octobre 1959, accusé d’avoir participé à une tentative d’assassinat contre le général Kassem, il s’enfuit en Syrie, puis en Egypte, où il achève ses études secondaires. Il s’inscrit en 1961 à la faculté de droit de l’Université du Caire mais ne termine pas ces études. En 1963, un coup d’Etat permet à la branche irakienne du Parti Baath de s’emparer du pouvoir et Saddam Hussein revient en Irak. Pourtant, le Parti subit une éclipse, qui durera 5 ans, et Saddam Hussein passe dans la clandestinité. Arrêté en octobre 1964, il est élu Secrétaire Général Adjoint du Parti Baath, à sa sortie de prison, en 1966.

Le Baath accède définitivement au pouvoir le 30 juillet 1968 lorsqu’Ahmad Hassan Al-Bakr, cousin de Saddam Hussein, devient Président de la République. En novembre 1969, Saddam Hussein accède à la vice-présidence du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR), véritable centre du pouvoir irakien, et s’impose peu à peu comme l’homme fort du régime, en éliminant ses adversaires politiques. En 1971, il obtient son diplôme de la faculté de droit de l’Université de Bagdad.

Le 16 juillet 1979, Ahmad Hassan Al-Bakr démissionne et Saddam Hussein le remplace à la Présidence de la République. Menant une politique volontariste et pragmatique, avec pour ambition d’affirmer sa puissance, il prend des décisions qui marqueront l’Irak contemporain. Sur le plan intérieur, la rente pétrolière facilite le financement des réformes agraires, des politiques de scolarisation et d’industrialisation.

Sur le plan régional, la Révolution Islamique en Iran en 1979 donne l’occasion à Saddam Hussein d’incarner les espoirs déçus du nationalisme arabe. Au sortir de ce conflit, en 1988, l’Irak est exsangue et Saddam Hussein demande au début de l’année 1990 l’annulation de la dette irakienne envers les pays arabes. Devant le rejet de ces derniers et invoquant des droits historiques sur le Koweït, l’armée irakienne envahit le petit Emirat le 2 août 1990. Le Koweït est libéré le 28 février 1991 et la fin de cette Seconde Guerre du Golfe marque, paradoxalement, le renforcement des pouvoirs du Président irakien. En mars 1991, les insurrections chiite et kurde, encouragées par les Etats-Unis, sont violemment réprimées, sans véritable réaction de la communauté internationale. La défection de ses deux gendres en août 1995, et leur assassinat en février 1996, a jeté une ombre de plus sur la brutalité des méthodes utilisées par le régime.

En août 1992, les Nations-Unies désignent des inspecteurs chargés de veiller au respect par l’Irak de ses obligations en matière de désarmement. A l’automne 1998, Saddam Hussein chasse les enquêteurs de Bagdad ce qui pousse les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à bombarder ponctuellement les «zones d’exclusion aérienne ».

Le 15 octobre 2002, Saddam Hussein a remporté 100 % des suffrages lors d’un référendum visant à prolonger son mandat de Président de la République. Il cumule les fonctions de Premier Ministre, Maréchal, Président du CCR, Chef Suprême des Forces Armées et Secrétaire Général du Parti Baath.

Le 13 novembre, il a accepté la résolution 1441 des Nations Unies, autorisant le retour des inspecteurs en armement sur le sol irakien, «dernière chance» d’éviter une intervention militaire.

Saddam Hussein est marié et père de quatre enfants. Deux des ses fils avait un rôle influent dans la vie politique irakienne pendant les années de son régime. Le premier, Oudaï, élu à la Chambre dans une circonscription de Bagdad était rédacteur en chef du journal Babel, un des principaux quotidiens officiels, directeur de Shabab TV, la télévision de la Jeunesse, président de l’Association irakien de photographes, directeur du Comité olympique et de l’équipe nationale de football, de l’Union des jeunes et de l’Union nationale des étudiants irakiens. Apres avoir tiré sur un de ses oncles en 1999, lui logeant une balle dans la jambe, Oudaï connut une brève période d’exil en Suisse et perdit la confiance de son père. Bien qu’autorisé à revenir en Irak, il ne fut plus jamais question d’Oudaï pour la succession de Saddam. Petit à petit, Qousaï, le fils cadet de Saddam, s’est vu désigné comme l’héritier, au dépends de son frère. A l’âge de 25 ans il avait été chargé de la répression contre les Chiites, qui s’étaient soulevés après que l’armée irakienne ait été chassé du Koweït. Après la tentative d’assassinat qu’avait essuyé son frère en 1996 et où ce dernier fut grièvement blessé, sa position d’héritier fut assurée. Qoussaï dirigeait deux des plus importantes organisations irakiennes destinées à maintenir la domination du régime en place : le Conseil de sécurité nationale et le Comité spécial de sécurité. En 1997, il avait pris la tête des miliciens Fedayin, une unité paramilitaire créée par son frère. Qoussaï dirigeait également la garde républicaine. En mai 2001, il avait été nommé directeur adjoint des services militaires du parti Baath et commandant régional en chef. A la veille de l’attaque américaine en mars 2003, Qoussaï avait été chargé par Saddam du contrôle de quatre régions vitales, dont Bagdad et Tikrit. Les deux frères auraient été impliqués dans la lucrative contrebande de pétrole pendant l’embargo international.

Après le déclenchement par les Etats-Unis et leurs alliés de la guerre contre l’Irak le 20 mars 2003, et malgré la traque des anciens hauts dignitaires irakiens, Saddam Hussein disparaît peu avant la chute de Bagdad. Saddam Hussein et ses fils figuraient dans les trois premières positions sur la liste américaine des 55 personnages-clefs du régime les plus recherché. Une récompense colossale avait été offerte pour toute information conduisant à leur capture (25 millions de dollars dans le cas de Saddam Hussein, 15 pour chacun de ses fils). Le 23 juillet 2003, Oudaï et Qoussaï, les deux fils de Saddam Hussein sont tués lors de l’assaut de la résidence dans laquelle ils ont été localisés, aux environs la ville de Mossoul (nord de l’Irak). Le 13 décembre 2003, Saddam Hussein, caché dans une ferme abandonnée des environs de Tikrit, est capturé par l’armée américaine qui le transfère ensuite à Bagdad dans un lieu tenu secret. Les modalités sur son jugement (cour internationale/cour irakienne) et sur les charges qui pèsent sur lui sont en cours de discussion.

Etant donné que les Etats-Unis ont refusé qu’il soit jugé par le Tribunal pénal international, un Tribunal spécial irakien a été créé pour juger Saddam Hussein. Sept chefs d’accusation de crimes contre l’humanité ont été retenus contre lui, notamment pour le gazage des Kurdes à Alabja en 1988, l’écrasement de la rebellion chiite en 1991, la guerre contre l’Iran de 1980 à 1988, l’invasion du Koweit en 1990 et le meurtre de dignitaires religieux chiites et de chefs de partis politiques. Il risque la peine de mort.

La légalité du Tribunal spécial irakien est remise en cause par les avocats de l’ancien dictateur car ce tribunal ne repose sur aucun fondement légal étant donné que l’Irak ne disposait pas d’Assemblée générale. De plus, l’arrestation elle-même semble être contestée par ses avocats puisque les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont envahi l’Irak sans mandat et donc en violation du droit international. Ce sera en tous cas la voie de défense suivie par ses avocats.

Les audiences du procès commencé en 2005 le montrent combatif. Saddam Hussein déclare être encore le président irakien et pour cette raison ce jugement est illégitime tout comme le tribunal dont il ne reconnaît pas l’autorité. Lorsqu’il lance un appel à la rébellion contre les américains et à la cessation des combats en Irak, les micros sont coupés et le procès se fait en huit clos. Il plaide non coupable pour le massacre de Douajil dont il sera formellement accusé de crime contre l’humanité.

Le 5 novembre 2005 Saddam Hussein est condamné à mort par pendaison. Sa dernière volonté sera d’être fusillé comme le prévoit l’ancienne constitution irakienne pour les châtiments prévus pour les criminels politiques. Cette demande sera refusée, la pendaison est réservée en Irak aux droits communs.

L’ancien président irakien est pendu le 30 décembre 2006. Cette date est d’autant plus symbolique qu’elle correspond au premier jour de l’Aïd al Kebir, la plus grande fête musulmane, la fête du sacrifice au cours de laquelle la coutume veut que l’on égorge un animal. La pendaison de Saddam Hussein en un jour si symbolique est perçue par la population sunnite du monde arabe comme une insulte de la part des chiites, dont l’Aïd ne commence que le lendemain.

Quant à cette décision prise par un tribunal à large majorité chiite, elle est moins la punition destiné à un homme ayant commis un crime contre l’humanité qu’une vengeance de chiites à sunnites. La diffusion de la vidéo de sa pendaison sur Internet éveille la colère du peuple sunnite. La dignité et la superbe de Saddam Hussein à l’heure de son décès ravivent sa popularité auprès de la communauté sunnite qui le voit désormais comme un martyr.

Le procès a été remis en question avec virulence par un rapport de Human Rights Watch qui juge que la conduite de la court reflète un manque de compréhension des principes fondamentaux d’un procès, une incapacité à garantir de manière adéquate la notifications détaillées des accusations portées contre l’accusé et des lacunes dans les délais de divulgations d’éléments de preuve. En d’autres termes, HRW juge que le procès ne répondait pas aux principales normes des procès équitables. Selon le rapport, la pertinence du verdict est sujette à caution, l’imposition de la peine de mort -comme châtiment cruel et inhumain- dans le cadre d’un procès injuste est indéfendable.

Pour plus d’informations :  le rapport de Human Rights Watch sur le procès de Saddam Hussein.