SAID, Edward

Critique littéraire, universitaire, théoricien et activiste Palestinien né en 1935 à Jérusalem (qui à l’époque faisait partie de la Palestine sous influence britannique) d’une famille chrétienne aisée. Il passe une grande partie sa jeunesse en Egypte et au Liban. Il étudie et passe sa vie adulte aux Etats-Unis : il obtient son baccalauréat à Princeton en 1957, un master (1960) et un PHD (1964) à Harvard. Il passe une grande partie de sa carrière académique en tant que professeur d’anglais et de littérature comparative à l’Université de Columbia à New York. Il est également professeur visiteur dans d’autres grandes universités, telles que Yale, Harvard et John Hopkins. Il est aussi éditeur musical dans le magazine The Nation et un pianiste réputé.

Son plus célèbre livre, intitulé Orientalism (1978), expose les influences idéologiques qui se cachent derrière les perceptions occidentales de l’Orient. Dans son livre, il explique que l’entièreté de la discipline académique occidentale des études orientales perçoit l’existence arabe en tant que statique, passive et à la traîne, face à un Occident supérieur. Ceci implique donc un renforcement de l’autorité impériale occidentale sur l’Orient. Malgré beaucoup de critiques (de la droite mais également de la gauche), le livre a reçu énormément de louanges en inaugurant le mouvement d’études Postcoloniales au sein de la Faculté de Lettres. Il a toujours beaucoup d’influence de nos jours.

Son intérêt pour la politique se déclenche suite à la guerre des Six Jours en 1967, moment où il commence à se sentir concerné par la cause palestinienne. Il dénonce la défaillance des nationalismes arabes postcoloniaux, qui ont « abandonné les peuples à leur sort », vivant de népotisme et corruption.

Il a été un membre important du Conseil National Palestinien (1977-1991) au sein duquel il refusa de participer aux luttes fractionnelles. Il considéra que la politique de la lutte armée était inacceptable et la rejeta. Il était d’une solution à deux états, reconnaissant implicitement le droit à Israël d’exister (cette politique a été adoptée lors Conseil National Palestinien d’Alger en 1988). Cependant, lorsque le processus de paix commença à prendre de l’ampleur, Edward Said adopta une position de plus en plus critique. En 1991, il donna sa démission au sein du Conseil National Palestinien. Après la signature des Accords d’Oslo entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine en 1993, Said critiqua Yasser Arafat publiquement « pour avoir collaboré avec l’occupation militaire israélienne. » Ses critiques sur l’Autorité Nationale Palestinienne (un mélange de corruption et de dictature) et Yasser Arafat lui ont coûté cher. Ses écrits ont été bannis dans les territoires Palestiniens pendant un certain temps.

Plus tard il accepta l’idée d’une solution à deux états, en tant que mesure transitionnelle, le but étant d’installer un état binational. Cette solution éviterait le déplacement des Palestiniens vivant en Israël ainsi que des colons vivant en Palestine. Edward Said aimait affirmer que la réalité d’une population déjà mixte servirait à la création du premier Etat laïc du Moyen-Orient.

Il essuya beaucoup de critiques après le retrait israélien du sud du Liban en 2000. En vacances, lors d’une visite en à la barrière de frontière, il a été photographié jetant une pierre en direction d’Israël. Cet évènement laissa supposer des rétrogradations académiques, mais l’Université de Columbia ne l’abandonna pas.

En 1999 il fonda l’orchestre « Western Eastern Divan » avec le musicien israélien Daniel Barenboim, partant du point de vue que l’art transcende toute idéologie politique. Le « Western Eastern Divan », regroupant des musiciens Arabes, Palestiniens et Israéliens ont joué des récitals en Cisjordanie et ailleurs dans une campagne réunissant des musiciens Arabes et Israéliens.

Le professeur Said est décédé d’une leucémie le 25 septembre 2003 dans un hôpital new-yorkais. La maladie avait été découverte pour la première fois en 1991.

Voici une bibliographie concise :

  • Orientalism, 1978
  • The Question of Palestine, 1979
  • Covering Islam: « How the Media and the Experts Determine How We See the Rest of the World », 1981
  • After the Last Sky: Palestinian Lives, 1986
  • Culture and Imperialism (suite d’Orientalism), 1993
  • The politics of dispossession: the Struggle for Palestinian Self-Determination, 1969-1994
  • Peace and Its Discontents: Essays on Palestine in the Middle East Peace Process. (Peace and Its Discontents: Gaza-Jericho, 1993-1995). 1995
  • Out of Place: A Memoir. 1999.