SHARON, Ariel

Ariel Sharon, dont le nom d’origine est Sheinerman, est né en 1928 à Kfar Malal dans un moshav (communauté agricole). Très actif dans la Haganah (organisation juive d’autodéfense) dès son plus jeune âge, il est commandant de section durant la guerre de 1948. En 1952-53, il étudie l’Histoire et les Etudes Orientales à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il fonde en 1953 l’Unité 101, un corps d’élite spécialisé dans les opérations de représailles contre les fedayins palestiniens qui agit à partir de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie.

Durant la guerre de 1956, il est commandant d’une brigade parachutiste. Son manque de discipline durant cette guerre excède ses supérieurs et sa promotion dans la hiérarchie est bloquée durant des années. Après une année d’études, en 1957-58, à l’Ecole Militaire de Camberley au Royaume-Uni, il commande une brigade d’infanterie tout en étudiant le Droit à l’Université de Tel-Aviv. En 1962, il devient Commandant des brigades blindées de l’armée israélienne. Il est ensuite promu Chef du Commandement Nord en 1964, puis Chef du Commandement Sud en 1969. Considérant que ses chances de devenir un jour Chef d’Etat-Major sont minces, Sharon quitte l’armée en juin 1972. Il est toutefois brièvement rappelé sous les drapeaux durant la guerre de 1973.

En décembre 1973, il est élu à la Knesset sur les listes du Likoud. En 1974, il quitte son siège et le Likoud pour devenir, jusqu’en 1977, conseiller spécial du Premier ministre Yitzhak Rabin pour les questions de sécurité.

En 1976, il forme un nouveau parti, Shlomzion, qui récolte deux sièges lors des élections de 1977. Ce parti disparaît peu après lorsque Sharon rejoint à nouveau les rangs du Likoud et est nommé dans le gouvernement Begin ministre de l’Agriculture et président du comité ministériel en charge des colonies de peuplement jusqu’en 1981. Bien qu’il n’ait jamais été religieux, il soutient le Goush Emounim et est considéré, aujourd’hui encore, comme le protecteur des colons religieux. Il encourage alors la mise sur pied d’un vaste réseau de colonies de peuplement israéliennes dans les Territoires Occupés et conteste la possibilité d’un retour de ces territoires sous souveraineté arabe.

Ministre de la Défense dans le second gouvernement Begin en 1981, il est le maître d’œuvre de l’invasion israélienne du Liban en juin 1982. Une commission officielle d’enquête (la Commission Kahan) le tient indirectement responsable des massacres perpétrés dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila en septembre 1982. Il démissionne de son poste à la Défense en 1983 mais reste ministre sans porte-feuille jusqu’en 1984.

Shimon Peres le nomme ministre du Commerce et de l’Industrie dans le gouvernement d’union nationale de 1984. En mai 1990, il devient ministre de la Construction et du Logement dans le gouvernement Shamir jusqu’à la défaite du Likoud aux élections de 1992. A la Knesset, il est membre de la commission des Affaires Etrangères et de la Défense de 1990 à 1992 et préside le comité chargé de la supervision de l’immigration juive en provenance d’URSS.

Nommé en 1996 ministre des Infrastructures Nationales – un poste spécialement créé pour lui – dans le gouvernement de Benjamin Netanyahou, il devient, le 9 octobre 1998, ministre des Affaires Etrangères. Ce choix est censé rassurer l’aile droite du gouvernement. Sharon, connu pour être un des « faucons » les plus durs du Likoud, a toujours proposé des solutions radicales au « problème palestinien » comme par exemple l’annexion de la majeure partie de la Cisjordanie.

Suite à la victoire d’Ehud Barak et des Travaillistes aux élections de mai 1999 et la démission de Netanyahu de la présidence du Likoud, Ariel Sharon succède à ce dernier à la tête du parti le 2 septembre 1999. Sa visite controversée de la Mosquée al-Aqsa en 2000 est considérée comme l’un des facteurs qui déclencha la deuxième Intifada. Du fait d’enquêtes judiciaires contre M. Netanyahu, Ariel Sharon reste à la tête du Likoud et se présente aux élections du 6 février 2001. Il gagne ce scrutin avec 62,5 % des votes et devient Premier ministre d’Israël. Suite à cette victoire électorale, il forme un gouvernement de coalition avec sept partis, qu’il présente à la Knesset le 7 mars.

Peu après sa victoire, la question de sa responsabilité dans les massacres de Sabra et Chatila est relancée par une émission diffusée par la chaîne télévisée britannique BBC. Quasi simultanément, en juin 2001, une plainte contre Sharon pour crime contre l’humanité est déposée en Belgique par un avocat libanais au nom de 23 survivants desdits massacres. La plainte, jugée recevable par le parquet belge grâce à la loi de compétence universelle de 1993, qui permet aux tribunaux belges de juger les crimes de droit international (crimes de guerre, crimes contre l’humanité,…), est ensuite jugée irrecevable le 26 juin 2002 par un arrêt de la chambre des mises en accusation. Puis, en janvier 2003, la Cour de Cassation annule la décision de justice antérieure, réouvrant la voie des poursuites lorsque le Premier Ministre ne sera plus en fonction. Finalement, à cause de l’embarras diplomatique engendré par cette loi, le nouveau gouvernement adopte en juillet 2003 un projet de loi abrogeant la compétence universelle, et les actions en cours sont suspendues. Cette affaire a néanmoins provoqué l’inquiétude et la colère de Sharon.

Sharon est considéré, à l’instar de Rabin, comme un héros militaire. Tout au long de sa carrière, il s’est assuré, grâce à un discours populiste prônant la sécurité, une large audience parmi l’électorat de droite. Il a une réputation d’homme qui, convaincu de l’hostilité des Palestiniens (les « autochtones » dans son discours) et du destin tragique réservé aux Juifs, ne connaît pas de limites et qui use de la force sans ménagement.

Cette caractéristique s’est vue confirmée par l’offensive brutale lancée en Cisjordanie le 29 mars 2002 après une série d’attentats meurtriers en Israël, visant à démanteler les infrastructures terroristes (détruisant par la même occasion toutes les structures civiles et officielles construites depuis l’inauguration de l’Autorité Nationale Palestinienne) et à isoler le président palestinien, Yasser Arafat, auquel Sharon refuse de s’adresser depuis décembre 2001. Le siège et la réoccupation des villes autonomes de Cisjordanie ont suscité de vives réactions dans la communauté internationale, choquée par le degré d’oppression dont a fait l’objet la population civile palestinienne.

Sharon est également l’un des principaux promoteurs de la colonisation des territoires palestiniens. En mai 2001, il rejette les conclusions du rapport Mitchell qui appelle au gel de l’expansion des colonies dans les territoires occupés, qu’il qualifie d’ « entreprise nationale vitale ». Il    possède une maison qui arbore en permanence un gigantesque drapeau israélien en plein cœur du quartier musulman de Jérusalem-Est (mais il n’y réside pas) et est l’éleveur de bétail le plus riche d’Israël. En juin 2002, son gouvernement adopte un plan relatif à la construction d’une barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie. La construction controversée de ce mur est en cours aujourd’hui.

En octobre 2002, les travaillistes annoncent leur départ du gouvernement Sharon en protestation contre des crédits alloués à la colonisation juive dans les Territoires Occupés, amenant Sharon à proclamer la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées. Celles-ci ont lieu le 28 janvier 2003, amenant une victoire écrasante pour le Likoud avec 38 sièges, alors que le parti travailliste d’Amran Mitzna ne remporte que 19 sièges. Le 27 février 2003,  Sharon présente son gouvernement, formé d’une coalition entre le Likoud, le Parti National Religieux (PNR) (porte-voix des colons), le Shinui (laïc militant), et l’Union Nationale (extrême droite).

En mai 2003, Sharon approuve la « Feuille de Route » rédigée par le Quartet (Etats-Unis, UE, Russie et ONU), entame un dialogue avec Mahmoud Abbas, et s’engage à la création d’un Etat palestinien. Il rejette cependant le droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël. Depuis, le cycle de violence n’a fait que s’amplifierr et la perspective de la paix semble s’être éloignée. En avril 2004, Sharon obtient l’appui du président américain George W. Bush pour son plan de désengagement unilatéral de Gaza, s’assurant par la même occasion du soutien de Bush pour le maintien des principales colonies de la Cisjordanie et pour la négation du droit de retour des réfugiés palestiniens en terre israélienne.  En déclarant que les réalités actuelles ne permettraient pas un retour aux frontières de 1967, Bush est devenu le premier président ayant légitimé la présence de colonies en territoires occupés, considérées illégales par la loi internationale. Son plan est rejeté par une grande majorité des membres du Likoud lors d’un referendum le 2 mai 2004.

En octobre 2004, le plan de désengagement des colonies juives de la Bande de Gaza voulu par Ariel Sharon est entériné par la Knesset grâce au soutien des travaillistes (67 voix contre 45 et 7 abstentions). C’est une décision historique puisque c’est la première évacuation de colons en 37 ans d’occupation des territoires palestiniens.

La mort de Yasser Arafat va marquer un tournant pour Ariel Sharon. Il se dit immédiatement prêt à reprendre le dialogue avec le nouveau président palestinien, si celui-ci est pour la paix et qu’il empêche les violences contre l’Etat hébreu. En février 2005, Mahmoud Abbas, nouveau président de l’Autorité palestinienne, et Ariel Sharon se rencontrent au sommet de Charm-el-Cheik au terme duquel ils annoncent formellement l’arrêt des violences entre Palestiniens et Israéliens.

Le 9 mai 2005, Ariel Sharon annonce le retrait des colonies présentes dans la bande de Gaza. Celui-ci débutera « immédiatement après le 9 Ab », date du calendrier juif correspondant au 14 août.

Après la période dite de « départ volontaire » pour les colons de la bande de Gaza, l’armée d’Ariel Sharon procède, le 15 août 2005, à l’évacuation forcée de toutes les colonies israéliennes présentes dans la bande de Gaza. Le 12 septembre, après 38 années d’occupation et de colonisation de la bande de Gaza, les derniers soldats israéliens s’en vont. Cependant, la souveraineté palestinienne sur Gaza demeure réduite : l’Autorité ne contrôle ni ses frontières, ni ses eaux territoriales, ni son espace aérien.

En novembre 2005, Sharon demande la dissolution du parlement et crée son propre parti, Kadima. Il anticipe ensuite les élections initialement prévues pour l’automne qu’il fixe au 28 mars 2006. L’orientation politique de Kadima, selon l’échiquier politique israélien, est centriste, modérée. Son slogan est « On continue de l’avant ! ».

En décembre 2005 et janvier 2006, Sharon subit deux attaques cérébrales consécutives et est hospitalisé à l’hôpital Hadassah Ein Karem de Jérusalem.

Le 4 janvier 2006, les médecins d’Ariel Sharon annoncent que ce dernier a subi une « grave attaque cérébrale et a été placé sous respiration artificielle ». Suite à cela, le secrétaire général du gouvernement annonce que « le vice-Premier ministre Ehoud Olmert assure l’intérim du pouvoir », conformément à la loi israélienne.

Etant dans un coma profond, Ariel Sharon ne fut pas officiellement candidat aux élections du 28 mars 2006 enIsraël. Cependant, son image resta largement présente dans la campagne menée par Ehud Olmert, à la tête de Kadima.

Le 28 mars 2006, le parti d’Ariel Sharon, Kadima, gagne les élections législatives avec Ehud Olmert comme leader. Kadima remporte 28 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Ehoud Olmert a annoncé sa démission à la tête du gouvernement israélien à la fin du mois de juillet 2008. Deux membres du parti Kadima (Tizpi Livni et Shaul Mofaz) briguent aujourd’hui la présidence du parti et le poste de Premier ministre israélien. A l’heure actuelle Tzipi Livni est donnée favorite pour les élections internes, en revanche les sondages donnent Benjamin Netanyhaou, leader du Likoud, gagnant au poste de Premier ministre.

Ariel Sharon est à ce jour toujours dans un coma profond.