Boycott arabe d’Israël

Le boycott arabe à l’égard d’Israël a été institué de fait avant l’existence de cet Etat, en réponse au boycott de la main d’oeuvre arabe sur les terres acquises par le Fonds National Juif (FNK ou KKL). Il avait pour but d’affaiblir économiquement les colonies qui s’y installaient en vue de créer un Etat juif en Palestine.

Son existence officielle, coordonnée par la Ligue des Etats Arabes, remonte à décembre 1945. Il a été renforcé en 1948, puis en 1951 lorsque la Ligue des Etats Arabes adopta une recommandation répondant au refus israélien de laisser retourner sur leurs terres les 750.000 réfugiés palestiniens de 1948. L’année suivante, un Bureau du Boycott fut créé par la Ligue et installé à Damas.

Le boycott est une entrave, autorisée par le droit international, à la liberté du commerce, comme le sont par exemple les embargos.

Il y a deux niveaux officiels de boycott:

primaire: pas d’échanges directs entre pays arabes et Israël;

secondaire: refus arabe de commercer avec certaines firmes qui par le volume ou la nature de leur commerce avec Israël renforceraient son potentiel militaro-économique

Un troisième niveau, non prévu et non contrôlé par le bureau du boycott existerait de fait, certaines firmes évitant d’être en relation avec des firmes réputées être reprises sur la liste noire du boycott.

Selon le Département anti-boycott du Ministère israélien des Affaires étrangères, il existerait un quatrième niveau, personnel, visant des firmes qui compteraient dans leur direction d’importantes personnalités juives. Ceci est cependant démenti par la Ligue des Etats Arabes.

Résultat d’une importante campagne israélienne, le Congrès américain adopta en 1978 une loi permettant de poursuivre en justice toute société qui se conformerait à un « boycott non-décidé par les Etats-Unis à l’égard d’un pays ami » et qui vise évidement le boycott arabe à l’égard d’Israël. Deux pays européens sont réputés avoir adopté des législations similaires, peu appliquées dans les faits: la France (en 1977, avec modification en 1981) et l’Allemagne (en 1990). Un projet de loi a été également discuté aux Pays-Bas en 1982 mais n’a pas abouti.

Par ailleurs, les recommandations du Bureau du Boycott ont toujours été diversement appliquées par les différents pays arabes et le boycott lui-même s’est considérablement assoupli dans les dernières années, bien qu’un seul pays, l’Egypte, n’y soit plus officiellement associé.

Suite à la guerre du Golfe, les pays du CCG ont proposé de lever ce boycott en échange du gel de la colonisation israélienne dans les Territoires Occupés.

Le processus de paix initié à Madrid en 1991 a eu un impact considérable sur l’application du boycott: le Maroc, par exemple, a rapidement développé des liens économiques directs avec Israël avec des échanges commerciaux qui s’élevaient à un total de 100 millions $ en 1993.

La Déclaration de Principes, signée par Israël et l’OLP en septembre 1993, a accentué cette tendance: le Qatar (membre du CCG) a officiellement entamé des discussions préliminaires en janvier 1994, avec pour but un accord valant plus d’un milliard $ sur les exportations de gaz naturel vers Israël.

Dès que le traité de paix entre la Jordanie et Israël fut signé en octobre 1994, les six pays du Conseil de Coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Koweit, Qatar, Bahrein, Oman et les Emirats Arabes Unis) ont annoncé leur décision de ne plus appliquer le deuxième et le troisième niveau du boycott. En fait, ces aspects du boycott étaient déjà largement ignorés étant donné que les pays arabes commerçaient déjà avec Israël par l’intermédiaire de compagnies étrangères, notamment dans l’industrie de l’armement. En légalisant cette réalité, les pays du Golfe montraient publiquement leur soutien au processus de paix.

En septembre de la même année, le Maroc et Israël ouvraient des bureaux de liaison dans leur capitale respective, incitant la Tunisie à faire de même.

Ces développements ont prouvé l’impact positif du processus de paix et ont encouragé l’organisation du premier Sommet Economique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) qui s’est tenu à Casablanca et où ont participé 64 pays dont Israël.

Le quasi échec du processus de paix a naturellement freiné les pays arabes dans leurs gestes d’ouverture à l’égard d’Israël. Ainsi, la conférence MENA, renouvelée chaque année depuis 1994, a misérablement échoué en 1997 à Doha (Qatar), étant donné le refus de nombreux pays arabes, y compris le Maroc, d’y participer aux côtés d’Israël. La Tunisie y a participé mais elle a discrètement rappelé son agent de liaison à Tel-Aviv.

Réduire le boycott économique contre Israël, voire le supprimer officiellement, n’est plus tabou mais dépend des progrès dans l’application des Accords d’Oslo et du processus de paix en général. La dégradation du clmiat diplomatique, consécutive au nouveau soulèvement palestinien dans les territoires occupés et à sa violente répression ont eu pour effet de remettre le boycott à l’ordre du jour au sein des Etats membres de la LEA. Pour l’instant, la Jordanie et l »Egypte se refusent encore à réappliquer cet instrument de rétorsion, aux effets certes très limités, vu que l’Etat hébreu commerce essentiellement avec l’Union européenne et les Etats-Unis.