Deuxième Intifada

La deuxième Intifada, également connue sous le nom d’Intifada Al-Aqsa, éclata le 28 septembre 2000, en réaction à la visite controversée d’Ariel Sharon, alors chef de l’opposition Likoud, sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Cette visite, approuvée par le gouvernement d’Ehoud Barak, qui ne bénéficiait plus d’une majorité à la Knesset, provoqua une explosion de colère parmi les Palestiniens, excédés par la stagnation du processus de paix, ainsi que par la poursuite de l’occupation israélienne et de l’expansion des colonies. Le lendemain, les premiers heurts éclatèrent, sans aucune directive centrale. La violente répression des manifestations palestiniennes réclamant la fin immédiate de l’occupation fit plus de 200 morts palestiniens en un mois, dont un tiers de moins de 17 ans. Pour répondre à cette brutalité, l’Intifada se militarisa à partir du début novembre 2000.

A la différence de la première Intifada, le nouveau soulèvement est dominé par des actions armées contre l’armée israélienne, les colons et les Israéliens vivant à l’intérieur de la « Ligne Verte » (frontière entre l’Israël et les Territoire Palestiniens avant 1967). Cette fois, des affrontements limités et violents éclatent aux limites des zones palestiniennes autonomes, aux abords des colonies juives, et aux postes de contrôle de l’armée. Alors que la première Intifada était caractérisée par une mobilisation civile de masse, l’Intifada actuelle est une insurrection qui repose sur la participation d’une minorité, même si le soutien de la majorité lui est acquis.

Dès le départ, le Fatah prit la tête du soulèvement, et un haut comité national et islamique fut créé pour coordonner l’activité de tous les groupes. Cependant, aujourd’hui, le parti d’Arafat ne contrôle plus entièrement la révolte, de plus en plus caractérisée par des opérations menées par le Hamas et le Jihad Islamique.

Si le gouvernement d’Ehoud Barak avait déjà mis en œuvre d’énormes moyens contre l’Intifada, l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon en février 2001 intensifia considérablement la répression. Celui-ci  généralisa la politique de « liquidation » des activistes palestiniens, notamment par de nombreux assassinats extrajudiciaires, et multiplia incursions et raids en zones autonomes palestiniennes. Les militants palestiniens du Hamas, du Jihad Islamique et des Brigades al-Aqsa (proches du Fatah), de leur côté, lancèrent des opérations kamikazes à travers les villes israéliennes, et le cycle de violence ne fit qu’escalader.

Les Etats-Unis, à la tête des efforts internationaux visant à calmer les violences, chargèrent l’envoyé George Mitchell de remettre un rapport d’enquête sur le soulèvement, alors que le directeur de la CIA George Tenet tenta de négocier un cessez-le feu. Aucune des initiatives ne déboucha sur un arrêt des affrontements.

L’offensive massive du printemps 2002, nommée opération Rempart et ripostant à la vague d’attentats suicides qui fit de nombreux morts au début de l’année, prit comme cible principale toutes les structures de l’Autorité Nationale Palestinienne et son chef Yasser Arafat. L’ensemble des villes de la Cisjordanie furent réoccupées,  et l’armée amorça la destruction systématique des infrastructures (dont certaines financées par l’Union européenne) et des cadres de la vie matérielle et sociale des Palestiniens, au moyen notamment de démolitions de maisons, bombardements des camps de réfugiés, pillages, destruction de plantations d’olives, arrestations massives et détentions administratives. Sharon avait décidé de rendre le leader palestinien « insignifiant » et d’enterrer pour de bon le processus de paix d’Oslo, auquel il était depuis toujours opposé.

La « Feuille de Route » pour la paix présentée par le « Quartette » (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Nations-Unies) le 30 avril 2003 et qui prône la solution des deux états indépendants, est l’initiative officielle la plus récente visant à mettre fin au conflit. Arafat et Sharon se sont tous deux engagés à mettre en œuvre le plan de paix, mais jusqu’ici l’impasse politique se poursuit, et les perspectives de paix semblent chaque jour plus éloignées.

L’Intifada actuelle a des conséquences extrêmement graves, autant sur la population palestinienne qu’israélienne. Les incursions militaires dans les Territoires Occupés, ainsi que l’imposition de couvres-feu et restrictions de mouvement, dont le blocus des villes et le bouclage des territoires fréquents, ont rendu la vie insupportable pour toute la population civile palestinienne, bloquant toute la vie sociale, économique et politique des territoires. Les activités économiques ont pratiquement cessé, et la plupart des travailleurs palestiniens se sont vus interdire l’entrée en Israël. En conséquence, deux des trois millions de Palestiniens vivent en dessous du seuil de pauvreté, et le taux de chômage s’élève à 60 %. Le mur actuellement en construction amplifie davantage les difficultés auxquelles sont quotidiennement confrontés les Palestiniens, et renforce le « découpage » de la Cisjordanie en cantons sans contacts entre eux.

Du côté israélien, les opérations suicides ont forcé la population à vivre dans la peur constante avec des mesures sécuritaires strictes.  L’économie en a également souffert, particulièrement en 2002, lorsque la perte du Produit National Brut était estimée à 3.5%. Les secteurs du tourisme et de la construction (dans lequel 25% de la main d’œuvre était palestinienne), furent les plus touchés, sans compter les dépenses engagées pour la défense nationale.

Le nombre de morts depuis le début de la deuxième Intifada s’élevait à 4.046 en mai 2004, dont 3.057 Palestiniens et 918 Israéliens. Après quatre ans d’Intifada, un fossé profond s’est creusé entre les deux populations, qui rendra difficile le retour à la paix.