Le processus de paix israélo-palestinien : Chronologie

Le terme processus de paix israélo-palestinien peut être pris de façon très large. En effet, depuis le début du 20e siècle, le mouvement sioniste se bat pour établir un « foyer national juif » sur la terre de ses ancêtres, la Palestine. De l’autre côté, le monde arabe se réveille. Sentant le joug de l’Empire Ottoman s’affaiblir, les provinces arabes expriment des velléités d’indépendance de plus en plus marquées. Dès l’après première guerre mondiale, des hommes réfléchissent au problème du partage de cette terre revendiquée par deux peuples.

Il n’y avait pas réellement de Palestine à l’époque, les intérêts des Palestiniens étaient donc pris en charge par différents monarques arabes comme Fayçal, roi de la Grande Syrie après la première guerre mondiale, ou encore, par la suite les rois Abdallah et Hussein de Jordanie. D’un autre coté, il n’y avait pas non plus de gouvernement israélien avant 1948. Les intérêts israéliens étaient donc défendus par le Mouvement sioniste basé principalement en Angleterre.

De nombreux accords sont donc faits entre les représentants des deux peuples, mais aucun ne donne de fruits. En 1947, le Conseil de Sécurité vote sa résolution 181, instaurant un Etat Juif à côté d’une Palestine arabe. Cette décision internationale sera rejetée par les pays arabes qui dès le lendemain de la déclaration d’indépendance d’Israël expriment par les armes la volonté de détruire le nouvel Etat.

Les trois décennies suivantes sont donc marquées par les guerres israélo-arabes. Aucune proposition d’entente réelle n’est avancée. Les deux camps restent sur leurs positions.

Les accords de Camp David (1978)

Le premier pas vers la paix est mené par le voisin le plus acharné d’Israël, l’Egypte. En 1977, Sadate se rend à Jérusalem pour proposer une paix bilatérale entre son pays et Israël. Chapeautés par les Etats-Unis de Jimmy Carter, les accords de Camp David sont signés en 1978. Ils comprennent, outre la paix entre les deux pays, une proposition de résolution de la question palestinienne. L’Egypte entend donc s’ériger en représentante de la cause palestinienne. Mais dans ce rôle, la légitimité appartenait alors déjà à l’OLP qui refuse catégoriquement de se joindre aux pourparlers. Bref il s’agit là d’une proposition de paix menée sans les principaux intéressés et qui n’aboutira donc pas. Malgré tout, il faut souligner que la plupart des idées que l’on retrouve dans les propositions de paix suivantes se trouvent déjà dans les accords de Camp David.

Les accords d’Oslo (1993 – 95)

Voir : Conférences pour la paix au Moyen-Orient (Madrid 1991, Oslo 1993) ; OSLO (processus de paix d’) .

En 1991, au sortir de la guerre du Golfe, le Président George H. Bush appelle les parties israéliennes et palestiniennes à se réunir dans une conférence de la paix à Madrid. Les négociations durent plus ou moins deux ans, se poursuivant à Washington, mais sont freinées par beaucoup de désaccords.

C’est donc une surprise lorsque en 1993 les représentants palestinien, Yasser Arafat, et israélien, Yithzak Rabin, annoncent la signature d’un traité de paix négocié secrètement à Oslo. L’accord est finalement conclu à la Maison Blanche en présence de Bill Clinton. Cet accord est appelé accord d’ « Oslo I ». Il détaille les modalités et le calendrier d’une période intérimaire de cinq ans d’autonomie des territoires palestiniens, suite à laquelle serait établi un Etat palestinien indépendant. Un gouvernement palestinien est mis en place par ces accords, il s’agit de l’Autorité Palestinienne dont Yasser Arafat prend la tête. L’accord d’ « Oslo I » est accompagné des lettres de reconnaissance mutuelles de la part des deux parties.

Entre mai 1994 et septembre 1995, les retards s’accumulent. L’accord sur l’autonomie de Gaza et Jéricho est entériné au Caire en mai 1994. Cette date marque le début de la période d’autonomie, qui doit s’achever au plus tard le 4 mai 1999. Le 28 septembre 1995, un nouvel accord intérimaire, « Oslo II », est signé avec retard sur l’extension de l’autonomie en Cisjordanie et la division de la Cisjordanie en trois zones. Seule la zone A, incluant six villes évacuées par Israël entre le 13 novembre et le 21 décembre, ainsi que Jéricho, déjà autonome, se retrouvent sous autorité palestinienne. Le début des négociations sur le statut définitif des territoires est fixé au 4 mai 1996 au plus tard.

Malheureusement l’assassinat du Premier Minsitre israélien Yithzak Rabin en 1995 et l’élection d’un membre du Likoud, Benjamin Netanyahu, mettent un terme aux efforts pour la paix. En outre la situation des Palestiniens ne s’améliore pas. Des colonies continuent à s’implanter dans la bande de Gaza et la Cisjordanie. En réponse à cela, de nombreux attentats suicides palestiniens sont menés contre des Israéliens. Les forces militaires israéliennes répliquent en réinvestissant les territoires occupés. Bref le processus de paix est totalement gelé.

Les accords de Wye River (1998 – 99)

Voir: WYE RIVER (Mémorandum)

Entre janvier 1997 et septembre 1999 ont lieu de nouvelles négociations. Le retour de la droite israélienne au pouvoir, en 1996, complique le processus. En octobre 1998, l’accord de Wye River, dit « Wye I », précise un calendrier de redéploiement de l’armée israélienne ainsi que la libération de prisonniers. Sans résultats. Enfin, le 4 septembre 1999, le premier ministre israélien Ehud Barak, et le président de l’Autorité Palestinienne, Yasser Arafat, signent le mémorandum de Sharm-al-Sheikh, dit « Wye II ». Des négociations sur le statut final démarrent en novembre mais sans discussions réelles.

Rencontres à Camp David, Sharm-el-Sheikh et Taba (2000 – 2001)

Voir : Dossier spécial : Que s’est-il passé à Camp David?

Les deux parties se sont engagées en 1999 à parvenir à un accord final avant le 13 septembre 2000. Vont alors se succéder une série de rendez-vous ratés. Du 11 au 25 juillet 2000, à Camp David, les deux parties font des concessions inédites, mais les discussions échouent, notamment sur le problème des réfugiés et sur les lieux saints de Jérusalem. Trois mois plus tard, les 16 et 17 octobre 2000, le sommet de Sharm-el-Sheikh se solde par un simple engagement des deux parties à prendre « des mesures d’apaisement », alors que les affrontements ont repris depuis.

Du 18 au 28 janvier 2001, les deux parties se retrouvent à Taba sous la médiation américaine. Les divergences s’estompent mais les Israéliens, en pleine campagne électorale interrompent les discussions. Ehoud Barak est battu par Ariel Sharon lors des élections du 6 février.

Décidée à Sharm-al-Sheikh, la Commission d’enquête internationale sur les causes de l’Intifada appelle en mai 2001, à l’arrêt « sans conditions » de toutes les violences et au « gel des colonies » avant le retour à des négociations. En juin, le directeur de la CIA, George Tenet est dépêché dans la région pour promouvoir la reprise de la coopération sécuritaire entre les deux parties. Ces deux initiatives demeurent lettre morte.

Une nouvelle dynamique s’installe avec le discours du Président américain George W. Bush, le 24 juin 2002. Il appelle les Palestiniens à « changer de dirigeants » et, à ces conditions, envisage un Etat Palestinien.

La Feuille de Route du Quartet (2002)

Voir : Feuille de Route pour le processus de paix du Moyen-Orient (Quartet, avril 2003).

En décembre 2002, une Feuille de Route rédigée par le Quartet (Etats-Unis, Union Européenne, Nations-Unies et Russie) prévoit la création, en trois étapes, d’un Etat Palestinien avant 2005. Ce document est publié le 30 avril 2003. La première phase qui aurait du s’achever en mai 2003 est lancée au sommet d’Aqaba en Jordanie, le 4 juin, mais les discussions piétinent à nouveau et l’application de ce plan de paix s’interrompt dans les faits avec la démission du Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, le 6 septembre.

Néanmoins la Feuille de Route reste à ce jour (fin 2007) la base des différentes rencontres pour la paix.

L’accord de Genève (2003)

Voir : Accord de Genève (10/2003)

Même si elle n’a pas le statut de autres accords, il convient de souligner une initiative originale pour la paix : l’accord de Genève. Mise au point par l’ancien ministre israélien de la Justice, M. Yossi Beilin, et l’ancien ministre palestinien de l’information, M. Yasser Abed Rabbo, elle est signée en présence de nombreuses personnalités à Genève le 1er décembre 2003. Différant de peu avec la Feuille de route, elle résout les problèmes épineux de Jérusalem, des colonies et des réfugiés. L’initiative de Genève a reçu un vif soutien de la part de plusieurs puissances européennes. Les Etats-Unis, bien que réticents au départ parce qui la voyaient comme une concurrente à la Feuille de route, l’ont également soutenue. Yasser Arafat l’a saluée tout en soulignant qu’il ne s’agissait pas d’un texte officiel. Mais cet accord civil a par contre rencontré une vive opposition de la part du gouvernement d’Ariel Sharon qui en refusa même la publication pour les citoyens israéliens. Bien que remarquable, cet accord resta sans lendemain. Les médias ont tout de même souligné à l’époque que les futurs accords de paix ressembleraient forcément à celui-là.

Unilatéralisme israélien et mort d’Arafat (2003 – 05)

Le 19 novembre 2003, le Conseil de Sécurité adopte la Résolution 1515 approuvant la Feuille de Route du Quartet. Ariel Sharon annonce cinq jours après son plan de désengagement de Gaza, dont la mise en œuvre est prévue en 2005.

Mais la période qui suit est marquée par une politique israélienne radicale en matière de terrorisme. Non seulement les services israéliens mènent des assassinats ciblés sur des chefs terroristes, mais Israël entreprend également la construction d’un mur de protection tout le long de sa frontière avec la Cisjordanie. Ces deux initiatives furent violemment critiquées par l’opinion internationale. Le 9 juillet 2004, la Cour Internationale de Justice rend un avis déclarant le nouveau Mur israélien illégal.

La situation semble donc à nouveau totalement bloquée lorsque le 1er novembre 2004, le monde apprend la mort du Président de l’Autorité Palestinienne, Yasser Arafat. Cette disparition inaugure une nouvelle phase du processus de paix.

Elle est inaugurée par la rencontre d’Ariel Sharon et du nouveau Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas à Charm-al-Cheikh le 8 février 2005. Les deux parties acceptent de reprendre les efforts vers la paix, suivant le programme prévu par la Feuille de Route. Mahmoud Abbas obtient bientôt des groupes armés palestiniens qu’ils respectent une trêve et cessent leurs actions violentes contre Israël.

Du 15 août au 12 septembre, le Président israélien entreprend quant à lui de mettre en oeuvre son plan de démantèlement des colonies de la Bande de Gaza. Ce territoire, peu contrôlé par l’Autorité Palestinienne, tombe sous l’influence du Hamas. Le parti islamique gagnera d’ailleurs les légslatives palestiniennes quelques mois plus tard, en janvier 2006. Or le Hamas ne reconnait pas l’existence de l’Etat d’Israël, ce qui engendre de nombreuses crispations à la frontière entre la Bande de Gaza et l’Etat hébreu. De juin à août, les affrontements le long de cette ligne seront ouverts, et cela en même temps que le conflit contre le Hezbollah à la frontière Nord.

Parallèlement les relations entre le Fatah et le Hamas se détériorent jusqu’à ce que ce dernier proclame la sécession de la bande de Gaza.

Le processus de paix semble alors non seulement gelé, mais subit également des retours en arrière. Une médiation est indispensable. Immobiles depuis trop longtemps, les Etats-Unis décident d’intervenir.

La conférence d’Annapolis (2007)

Voir : Annapolis : description et enjeux de la conférence ; Annapolis : résultats de la conférence .

Suite à l’invitation de G.W. Bush, Israéliens et Palestiniens se rencontrent une nouvelle fois à Annapolis dans le Maryland le 27 novembre 2007, entourés de représentants d’autres pays arabes. Les conséquences d’un échec pourraient alors être néfastes non seulement pour les relations israélo-palestiniennes, mais aussi pour la situation politique interne des différentes parties quant à la légitimité de leur gouvernement (pour Olmert, Mahmoud Abbas ou même G.W. Bush).

Le Hamas a d’ores et déjà déclaré qu’il rejetterait le résultat des négociations, quel qu’il soit. Les négociations commencent le 12 décembre 2007.