Première Intifada

L’Intifada – « insurrection » ou « soulèvement » en arabe – avait éclaté à Gaza le 9 décembre 1987, déclenchée par un accident de circulation impliquant un camion israélien et une voiture palestinienne dans laquelle plusieurs personnes avaient trouvé la mort. Le mouvement, qui avait débuté par une grève générale à Gaza, s’était rapidement étendu à l’ensemble des Territoires Occupés palestiniens. Cet incident survenant quelques mois après le 20ème anniversaire de l’occupation israélienne avait mis en route un processus qui allait profondément transformer la société palestinienne.

Un élément essentiel en était la révolte de toute la jeunesse palestinienne qui n’avait jamais connu autre chose que l’occupation et qui avait assuré, au moins pendant les premières années du soulèvement, le leadership de ce vaste mouvement. Un autre élément important était le fait que la population palestinienne vivant sous l’occupation avait pris en main sa situation sans plus s’en remettre ni aux Etats arabes – comme elle l’avait fait jusque dans les années 60 – ni à l’OLP « extérieure » – comme elle le faisait depuis vingt ans -. A côté de l’aspect médiatique de la « révolte des pierres », l’Intifada était également une révolte fiscale et une nouvelle façon de vivre en recherchant au maximum l’autosuffisance économique.

L’ampleur de l’Intifada excéda celle des soulèvements précédents à bien des égards:  par sa durée de plus de quatre ans, son étendue à l’ensemble des Territoires Occupés, ses manifestations sous formes de rassemblements massifs, arrêts de travail généralisés, autogestion de la vie quotidienne et tentatives de désobéissance civile, ainsi que par ses participants, jeunes et aînés, réfugiés, ouvriers, paysans, commerçants et intellectuels, qui se rassemblèrent autour d’un mouvement uni et coordonné.

Sur le plan international, l’Intifada et sa répression par les forces d’occupation avaient provoqué une véritable prise de conscience de la question palestinienne tant par la population israélienne elle-même que par la communauté mondiale. L’opinion publique à travers le monde entier avait été choquée par la supression violente par l’armée israélienne de la révolte non-armée, en contradiction manifeste avec la IVième Convention de Genève.

Elle avait également suscité d’importants changements dans l’OLP, amenant l’organisation à une position de compromis avec Israël, qui déboucha en 1988 sur la reconnaissance explicite de cet Etat par le Conseil National Palestinien (CNP), malgré une fin de non-recevoir opposée par le gouvernement Shamir-Pérès.

L’Intifada était le plus grand défi jamais adressé par les Palestiniens à Israël, qui exerca avec fort peu de résultats une répression très dure pour tenter d’y mettre fin. Malgré des milliers de morts et de blessés, des centaines de maisons dynamitées, la fermeture de tout le système d’enseignement et l’interdiction de cours alternatifs pendant deux ans, les couvre-feux prolongés, la mise en détention administrative de dizaines de milliers de personnes, l’armée israélienne ne put en venir à bout.

Etant donné que l’OLP avait entamé des négociations avec le gouvernement israélien en 1993 et qu’une Autorité Palestinienne (ANP) avait été mise en place dans les territoires palestiniens autonomes dans le cadre du « processus de paix d’Oslo », l’Intifada n’avait plus de raison d’être. Cependant, avec les retards continuels dans la mise en oeuvre des accords de paix, il existait un risque réel de voir l’Intifada réactivée, comme l’avait démontré l’explosion de violence qui embrasa les territoires palestiniens la dernière semaine de septembre 1996, et qui avait provoqué la mort de 69 Palestiniens, 14 Israéliens et 1 Egyptien. Les Accords d’Oslo finirent par se fracasser, à cause de la continuation de l’occupation et de l’expansion des colonies, ainsi que l’échec des négociations de Camp David en juillet 2000, débouchant sur l’éclatement de la deuxième Intifada, également connue sous le nom de Intifada Al-Aqsa, le 28 septembre 2000.