Travailleurs palestiniens en Israël

Depuis la création de l’Etat d’Israël, un nombre important de Palestiniens y recherchent du travail, en réponse au manque d’opportunités en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, et parce que les salaires y sont plus élevés. De leur côté, les employeurs israéliens bénéficient de cette main d’œuvre bon marché. Avant le processus de paix d’Oslo, plus d’un tiers des travailleurs de Cisjordanie et Gaza étaient employés en Israël, la majorité d’entre eux en construction. Avec l’introduction de la politique de bouclage, formalisée en 1993 par Rabin et institutionnalisée pendant Oslo, le nombre de travailleurs diminua de manière significative (voir tableau). Le bouclage consiste à prohiber le mouvement de main d’œuvre, de biens et des facteurs de production entre les territoires occupés et Israël, ainsi qu’entre, et à l’intérieur de la Bande de Gaza et la Cisjordanie.

La diminution des jours de bouclage entre 1997 et 2000 aida à augmenter le flux de travailleurs palestiniens en Israël. En 2000, autant que 25 % de la  main d’œuvre en Cisjordanie et 20 % dans l’ensemble des territoires palestiniens pouvaient compter sur du travail en Israël.

Depuis le début de la deuxième Intifada en 2000, cependant, l’imposition de bouclages prolongés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, en plus des restrictions de mouvement sévères causées par la clôture de séparation actuellement en construction, ont sérieusement entravé le flux de travailleurs. En conséquence, le taux de chômage a grimpé en flèche, ayant un impact grave sur l’économie palestinienne. Le nombre total de travailleurs a ainsi chuté d’environ 100.000 par rapport aux chiffres d’avant l’Intifada. On peut constater une stratégie manifeste de réduction de la main d’œuvre palestinienne, qui est progressivement remplacée par des travailleurs immigrés des Philippines, de la Chine, de la Thaïlande et des pays de l’Europe de l’est. Le gouvernement israélien a été forcé de rouvrir partiellement son marché du travail aux Palestiniens, en raison des besoins de l’économie israélienne et de la pression internationale. Néanmoins, il a imposé des conditions extrêmement dures,  restrictives, et inhumaines aux travailleurs, violant notamment les droits fondamentaux au travail et à être traité dignement.

Le nombre réel de Palestiniens de Gaza et Cisjordanie travaillant en Israël dépend entièrement des restrictions de mouvement continuellement changeantes. Le travail en est devenu de plus en plus instable, soumis aux quotas décidés unilatéralement par les autorités israéliennes, à la distribution de permis valables sujet à un niveau de contrôle, à l’entrée en Israël sujet à un autre niveau de contrôle, et aux décisions au jour le jour des forces israéliennes de défense concernant l’ouverture et la fermeture des postes de contrôle. Les revenus dérivés du travail en Israël sont donc extrêmement volatiles. Le pourcentage des femmes employées en Israël, estimé à 4,2% en 2004, est beaucoup plus bas que dans les territoires occupés.

Obtenir la permission de travailler en Israël présente toute une série d’obstacles, que peu parviennent à surmonter. Les hommes palestiniens cherchant du travail doivent être mariés avec des enfants et avoir minimum 35 ans. Une limite d’âge de 25 ans est accordée aux travailleurs dans les zones industrielles.  Les travailleurs sont appelés à obtenir une carte magnétique, ensuite un permis de travail auprès d’un employé israélien. Un permis de travail valable n’est cependant pas une garantie réelle d’emploi, particulièrement pour ceux qui doivent entrer en Israël. En réalité, une discordance existe entre les permis qui sont accordés et les flux effectifs de main d’œuvre.

Beaucoup d’organisations internationales et ONG ont dénoncé les conditions inhumaines dans lesquelles les travailleurs sont amenés à passer par des contrôles de sécurité. Ceux-ci impliquent de longues périodes d’attente, la soumission à une humiliation journalière et le danger à la personne. Ces conditions ont notamment causé la mort par asphyxie d’un travailleur au poste de contrôle d’Erez en début 2004.  De plus, de nombreuses violations des droits des travailleurs ont été signalées, dont l’embauche à la journée ou la non-registration officielle des employés. Ces pratiques empêchent les employés de jouir des droits fixés par la loi israélienne, comme la sécurité sociale, l’assurance, et l’indemnisation. Les travailleurs palestiniens rencontrent également des discriminations directes et indirectes en termes de salaires et de conditions de travail. Ils ne bénéficient d’aucune sécurité de travail, et sont sujets à des pressions de la part de leurs employés, capacités à les renvoyer ou retirer leur permis selon leur gré.

L’emploi en Israël, malgré le fait qu’il soit dégradant, offre un salaire plus attractif, et les Palestiniens continueront à se tourner vers celui-ci tant qu’il n’y ait pas de meilleures alternatives dans le marché du travail palestinien.

Nombre de Palestiniens autorisés à travailler en Israël, dans les zones industrielles contrôlées par l’Israël, et dans les colonies israéliennes:

1987 (1) 1991 (2) 1992 1993(3) 1996 1998 janvier 2000 (4) mi 2002 fin 2002 janvier 2004 mars
180.000 100.000 116.000 65.000 35.000 56.000 125.000 7.532 31.018 17.000 33.386

(1) avant la première Intifada

(2)après la Guerre du Golfe

(3) à la suite de la politique de bouclage des Territoires Palestiniens instaurée par Rabin en avril

(4) avant la deuxième Intifada

Sources:

Middle East International, mai 1998; Middle East Report 217, 2000; International Labour Conference, 91st Session, The Situation of Workers of the Occupied Territories, 2003; International Labour Conference, 92nd Session, The Situation of Workers of the Occupied Territories, 2004.