Le projet Desertec serait un des bénéficiaire du PSM

Plan solaire méditerranéen (PSM)

Propos recueillis lors de la Conférence sur le Plan solaire méditerranéen à Paris, le 22 novembre 2008 au Ministère français de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Lancé lors de la présidence française de l’Union européenne (UE), le Plan solaire méditerranéen (PSM) est un des volets clefs de l’Union pour la Méditerranée (UPM), qui a vu le jour le 13 juillet 2008. Fondée sur des projets concrets, l’UPM s’intéresse notamment à la gestion des ressources en Méditerranée (eau, énergie), aux défis environnementaux et au développement de l’économie et du commerce méditerranéens plus largement.

Le Plan solaire Méditerranéen (PSM) regroupe une soixante de projets touchant les pays de la rive sud et sud-est de la Méditerranée. Il a pour objectifs principaux la sécurité et l’indépendance énergétique du bassin méditerranéen, la maîtrise de la consommation d’énergie et la promotion des énergies renouvelables dans un souci de minimisation de l’impact climatique de l’exploitation énergétique.

C’est sur ce projet que des personnalités du bassin méditerranéen ont donné leur vision, attentes et priorités.

-Quelle est l’utilité d’un Plan solaire méditerranéen ?

(Jean- Louis Borloo)

Pour le ministre français de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, le plan solaire méditerranéen est un pilier de l’Union pour la Méditerranée et s’articule autour de trois objectifs :

  • La construction d’ici 2020 de 20 gigawatts de capacité de production à bas carbone
  • L’assurance de la rentabilité des projets à la fois grâce à la consommation locale et aux exportations vers l’UE
  • La maîtrise de la demande d’énergie

D’après lui, ce plan est crucial car :

  • Il s’agit d’une nouvelle ère de coopération méditerranéenne autour d’un projet de convergence
  • Jamais les économies n’ont autant dépendu de l’énergie
  • Re- territorialiser les besoins énergétiques est aujourd’hui une évidence.

Il s’agit d’un projet technique, diplomatique et humaniste ambitieux: les deux premières années du plan devraient voir la mise au point des 60 projets qui forment le plan solaire, c’est-à-dire des phases pilotes, procédures administratives et financières.

-Systèmes européens de soutien aux énergies renouvelables et importation d’électricité verte de la région méditerranéenne

(Matthias Machnig)

D’après le ministre allemand de l’environnement, de la protection de la nature et de la sûreté nucléaire, l’énergie renouvelable a l’avantage de créer un nouveau marché et des emplois. Cependant il estime qu’un cadre politique et économique devrait être donné à ces initiatives afin de donner un signal fort au marché.

En outre, il considère l’énergie solaire comme une nouvelle étape économique. L’Allemagne espère atteindre 45% d’énergie renouvelable d’ici 2030.

Matthias Machnig souligne l’importance d’une nouvelle décision de l’UE qui consiste à accepter l’intégration de l’énergie renouvelable importée dans le calcul des quotas de l’objectif national prévus dans le « paquet énergie ». Ce nouveau mode de calcul va dès lors dans le sens de l’instauration d’un nouveau marché de l’énergie.

Néanmoins, des investissements devront être faits dans le domaine des infrastructures.

-Le plan solaire méditerranéen : des pays du Sud déjà engagés dans le projet, l’exemple de la Syrie

(Ahmad Kussay Kayyali)

Le ministre syrien de l’énergie a rappelé la demande et la dépendance croissantes de la Syrie en énergie.

La Syrie a d’ores et déjà établi des projets servant les objectifs du PSM, à savoir :

  • La construction d’une entreprise de production de panneaux solaires
  • La rédaction d’un cahier des charges (terms of reference) pour la création d’une ferme éolienne de 20 méga watts
  • La rédaction d’un cahier des charges (terms of reference) pour la création de quatre fermes éoliennes de 100 méga watts
  • La création d’une ferme photovoltaïque avec une capacité de 10 méga watts à Homs.

En outre, sur le plan législatif, la Syrie s’est dotée :

  • D’une loi sur la conservation de l’énergie
  • De labels sur l’efficacité énergétique ainsi que de standards pour des applications domestiques
  • De codes sur l’isolation thermique pour les immeubles

-L’intégration de la politique énergétique européenne et du plan solaire méditerranéen

(Fabrizio Barbaso)

Le Directeur général adjoint de l’Energie au sein de la Commission européenne a rappelé que la Commission avait adopté la deuxième revue stratégique sur l’énergie qui s’intéresse plus particulièrement à la sécurité de l’approvisionnement énergétique et à la solidarité énergétique entre les Etats membres.

Grâce à ces initiatives l’Union européenne parvient à réduire sa vulnérabilité. Cependant elle doit s’engager, notamment en Méditerranée :

  • En promouvant les infrastructures permettant le développement du PSM,
  • En créant la « boucle méditerranéenne de l’électricité » (connexion entre les ensembles électriques),
  • En favorisant les investissements tournés vers le marché,
  • En protégeant ses stocks de gaz et pétrole,
  • En permettant une meilleure utilisation des ressources locales d’énergie,
  • En favorisant les technologies et la recherche selon le plan stratégique européen sur l’énergie.

-Projets d’efficacité énergétique dans le cadre du PSM

(Benaïssa Ayadi)

Le président d’ANME Tunisie (association de 12 agences nationales sur la conservation de l’énergie) considère que l’ANME, dans le cadre du PSM, pourrait :

  • Promouvoir les programmes régionaux,
  • Constituer un support pour le développement durable,
  • Lancer des formations publiques et privées,
  • Aider au développement institutionnel,
  • Aider au transfert technologique aussi bien Nord/Sud que Sud/Sud et Sud/Nord.

L’ANME a déjà une expérience dans le domaine de l’efficacité énergétique : le secteur du bâtiment est le 3e consommateur d’électricité en Tunisie, or un gain de 20 à 30% est possible. Le projet pilote mené par l’ANME a été de renforcer l’isolation dans 20 000 maisons. Par ailleurs, la généralisation de 8 millions d’ampoules à basse consommation équivaudra à un gain d’efficacité énergétique équivalant à la production de 300 méga watts/an d’une centrale. Enfin, l’étiquetage énergétique, déjà lancé à l’échelle méditerranéenne, sera également facteur d’efficacité énergétique et de maîtrise de la consommation.

-Le défi de l’infrastructure du réseau

(François Meslier)

Ce responsable de MEDELEC (association des électriciens méditerranéens) rappelle qu’il existe quatre grands systèmes électriques synchrones mais sans continuité entre eux, autour de la Méditerranée :

  • L’UCTE : le système européen, relié au Maroc, Algérie, Tunisie
  • La Turquie, qui a demandé à être reliée à l’UCTE
  • L’ensemble Libye/Egypte/Jordanie/Syrie/Liban/Palestine
  • Israël

Des évolutions sur le court terme sont néanmoins à prévoir :

  • En 1997, l’Espagne a été reliée au Maroc par deux câbles de 700 méga watts. Il est prévu d’en installer un 3e,
  • En 2009, après alignement du système turc, l’UCTE et la Turquie devraient être reliées,
  • En 2005, a eu lieu un essai pour relier le système tunisien au système libyen mais cela a été un échec. Il est prévu de réessayer en reliant l’Europe à l’Egypte,
  • L’Algérie devrait être reliée dans les prochaines années à l’Italie via deux câbles de 1000 mega- watts,
  • Il existe aussi des projets pour relier la Turquie à la Syrie, la Tunisie à l’Italie et la Libye à la Sicile via Malte.

-Quelles étapes pour le PSM ?

(Philippe Lorec)

Le responsable de la DGEC voit trois étapes pour l’établissement du PSM :

  • Etape 1 : la définition des objectifs et l’organisation du déroulement du PSM (2009) qui consiste à faire valider l’approche envisagée par chaque pays concerné, créer pour chaque projet les conditions nécessaires à la rentabilité du projet et à la gouvernance du PSM.
  • Etape 2 : développement des projets économiques et techniques «pilotes» (2009/2011). Il va s’agir avant tout de faire des études de faisabilité, de proposer des projets aux pays et de trouver des investisseurs, de promouvoir les partenariats public/privé et privé/privé et favoriser les harmonisations entre pays.
  • Etape 3 : développement du PSM à grande échelle (2011/2020)

Dossier de presse : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Presentation_Plan_Solaire_Mediterraneen_cle0a6c26.pdf