Banques Islamiques

L’éthique particulière de l’Islam a longtemps entraîné une forte résistance au développement des outils financiers modernes dans de nombreuses régions du monde musulman, particulièrement dans les pays arabes. Des banques spécifiquement arabes sont seulement apparues dans la région dans les années 20. L’idée selon laquelle les banques sont des institutions étrangères servant les intérêts des « infidèles » était présente dans l’esprit de nombreux musulmans ce qui avait pour conséquence que seuls les Arabes les plus occidentalisés avaient recours aux services bancaires de ce type.

Bien que la première banque à suivre les principes islamiques soit apparue en Egypte en 1963 (la Banque d’Epargne Misr Ghams, qui deviendra plus tard la Nasser Social Bank), le concept de « banque islamique » est né suite au Sommet Islamique de Lahore de 1974 qui avait recommandé la création d’une Banque islamique de développement (BID)

Quatre catégories de banques islamiques coexistent aujourd’hui avec les banques traditionnelles dans les pays arabes:

  • la Banque Islamique de Développement, créée en 1975 et à laquelle participent 44 pays musulmans;
  • certaines banques opérant dans des pays musulmans pauvres liées à la Banque Islamique de Développement;
  • les banques nationales de certains Etats du Golfe;
  • certains groupes bancaires internationaux comme « Dallah Al-Baraka » et « Al-Rajhi Banking and Investment Co » (basés en Arabie Saoudite), « Kuwait Finance House » et « International Investor » (Koweït), « Dar Al-Maal Al-Islami » Trust (Suisse) et la « Faysal Islamic Bank » (Bahreïn).

L’ouverture par des banques occidentales telles que Citycorp ou l’Union des Banques Suisses de comptes conformes à la charia, destinés aux clients musulmans traduirait l’essor grandissant des banques islamiques.

En 1983, les banques islamiques se comptaient à 34 alors qu’en 1997 on en dénombrait 195 puis 200 en 2000. Depuis lors, l’actif total géré par ces banques atteint les 239 milliards de dollars et leur marché croît au rythme annuel de 15%.

La doctrine des banques et autres institutions financières qui se définissent comme « islamiques » peut se résumer comme suit: le prêt à intérêt (riba), assimilé à l’usure, est interdit par le Coran. Il est remplacé par une clé de répartition déterminée à l’avance pour un partage des risques et des profits entre l’épargnant, la banque et le capital productif. Le fonctionnement d’une banque islamique est basé sur la conception islamique de la valeur du capital et du travail. La relation prêteur-emprunteur laisse place à une relation axée sur un partage plus équitable du risque entre le prêteur et le propriétaire d’entreprise.

En Islam, aucune valeur propre ne doit être attribuée à l’argent. Celui-ci ne doit constituer qu’un moyen de transaction, et ne peut donc rapporter de prime que si sa circulation traduit une activité économique réelle.

Les deux principales formes juridiques des contrats islamiques sont la musharaka et la modaraba qui s’appuient sur une mobilisation des capitaux en fonction des bénéfices et pertes.

En vertu du contrat de musharaka, la banque et le client apportent tout deux les capitaux nécessaires à l’élaboration du projet. Les bénéfices qui s’en dégagent sont distribués au prorata de la participation de chacune des parties au contrat. Les pertes sont également supportées par la banque et le client à concurrence de leur apport en capital respectif.

Le contrat modaraba porte sur une relation entreprise-bailleur de capitaux. De ce fait, contrairement à un contrat de musharaka, la gestion du projet revient entièrement à l’entreprise. La rémunération de l’entrepreneur consiste en un pourcentage des bénéfices fixé à l’avance. Concernant les pertes, elles ne peuvent être supportées que par le bailleur de capitaux. Notons qu’à l’origine l’entrepreneur (modareb) proposait un projet à financer par la banque (raab al-mal), chargée de fournir les capitaux. Aujourd’hui, l’application du contrat de modaraba peut être envisagée dans d’autres activités économiques.

Les banques islamiques disposent de différents instruments financiers tels que les placements et prêts, les assurances mais investissent également dans d’autres activités.

Dans le cadre de placement, les institutions financières islamiques proposent à leurs clients des services de gestion de capital (moudareb) tout en sollicitant les dépôts (raab al-mal).

Des instruments à terme fixe tels que compte de placements, compte de titres sont proposés au client qui doit partager avec la banque les risques de participation. Parallèlement, aucun bénéfice ni rendement intégral du capital n’est assuré.

Concernant les comptes de placement, des certificats nominatifs ou au porteur sont émis, donnant droit au porteur de jouir d’une part des bénéfices générés par les activités entreprises par la société d’investissement.

Par contre, dans le cas de comptes à vue, la banque ne partage pas les bénéfices avec le déposant mais assure seule tous les risques.

Un contrat particulier (murabaha) est appliqué dans le cadre de projets ayant pour objet la fourniture de matières premières, biens d’équipement ou autre. Les fournitures sont achetées au prix coûtant par l’institution financière et revendues au client au coût de revient majoré d’une marge négociée entre les parties.

Le client peut également acquérir des biens d’équipement ou des immeubles par le biais d’un système de location-vente (ijara wa iktina). Concrètement, la banque acquiert les biens et les met à disposition du client qui a la possibilité, à terme, d’en devenir propriétaire s’il procède à des remboursements échelonnés sur un compte épargne.

Des prêts sans intérêts peuvent également être consentis soit, sous forme de prêt de bienfaisance, soit, sous forme de compte à terme multiple de régularisation.

Vu leur nouveauté, ces banques soumettent tout nouveau type de transaction à un « Comité de la Charia » afin de s’assurer de sa conformité avec les principes de l’Islam.

Aucun pays arabe, même parmi ceux qui se présentent comme les plus islamiques, n’a cependant interdit l’existence de banques pratiquant le prêt à intérêt. En Arabie Saoudite par exemple, celles-ci ont dû simplement s’adapter au principe de l’interdiction du paiement d’intérêts (il est intéressant de relever que l’Arabie Saoudite n’a autorisé les banques islamiques a traiter avec le grand public qu’en 1982 étant donné que jusqu’alors n’importe quelle autre banque était supposée suivre les principes islamiques en matière d’usure).

Les banques islamiques tirent profit des bénéfices générés par les transactions auxquelles elles participent. La maximisation du profit est cependant freinée lorsque les investissements dans des activités extra-bancaires notamment l’industrie et l’immobilier sont importants. De plus, le risque qu’elles supportent a plus d’ampleur que celui supporté par des banques classiques ce qui leur procure le désavantage d’avoir une structure beaucoup plus lourde.

Avec le temps, les banques islamiques ont suscité de vives critiques notamment concernant leur mauvaise gestion qui aurait pu dans les années 80 causé la faillite de la BID. Leur caractère partiellement public leur est également reproché. Ainsi, les pays du Maghreb et du Moyen-Orient détiennent 80% des parts de la BID. Parallèlement on reproche à ces banques de diriger les capitaux vers l’étranger au détriment du développement national ; 70% de leur épargne étant constituée de devises étrangères.

Leurs investissements dans certains secteurs sont considérés comme insuffisants. A titre d’exemple, alors que les investissements des banques traditionnelles dans le secteur de l’industrie atteignent 36%, les banques islamiques n’y placent que 11% de leur fonds.

Enfin, notons que le premier index de cotation globale en bourse, le Socially Aware Muslim Index (SAMI), lancé en novembre 1998., lient 500 sociétés dont les formes d’investissement sont conformes à la Charia. En 1999, fut lancé le Dow Jones Islamic Market regroupant 600 entreprises qui ont en commun de ne commercialiser que des produits et/ou services licites au regard de la charia. Ces entreprises sont majoritairement américaines (70%) et couvrent plusieurs secteurs tels que l’énergie ou la technologie (exemple : Microsoft, IBM,Toyota…).