Zone Arabe de Libre Echange (ZALE)

Contexte historique

Bien que les pays arabes partagent dans une certaine mesure une histoire commune, pour ce qui est du développement économique et social, ils ne constituent pas un bloc homogène.

Alors que les pays du Golfe ont un PIB par habitant élevé (EAU: 17.935 US $ par habitants), celui des autres pays arabes reste faible (PIB/hbt, Yémen: 893$). Cette disparité est visible également avec l’indice de développement humain (IDH) -sur les 162 pays classées par le PNUD, quatre pays arabes: le Bahreïn, le Koweït, les E.A.U et le Qatar- sont dans la tranche de développement humain supérieur (rang : 40), quatre autres -le Yémen, Djibouti, le Soudan et la Mauritanie- sont dans la tranche de faible développement (rang: 130) alors que le reste se trouve dans la tranche médiane.

Les premières tentatives pour développer l’intégration économique entre les pays arabes remontent à 1950. Le Traité sur le transit commercial (1953) a été le premier accord visant à faciliter les échanges commerciaux par la mise en place de tarifs préférentiels sur des produits agricoles et industriels. Le développement de la coopération s’est poursuivi avec la signature en 1964 par la Jordanie, la SyrieEgypte et l’Irak, rejoints par la Libye en 1975 d’un accord sur un marché commun arabe.

Un autre accord signé en 1981 et destiné à faciliter et à encourager la promotion du commerce intra-arabe, avait pour objectif l’instauration d’une zone de libre-échange ( libéralisation progressive des échanges et mise en place d’une union douanière).

Cependant, toutes ces initiatives n’ont eu que des effets limités en raison des difficultés économiques et politiques.

La zone arabe de libre-échange

En février 1997, l’Union Economique Arabe (institution créée en 1957 dans le cadre de la Ligue Arabe) a décidé de créer pour 2008 une « zone arabe de libre-échange» (AFTA, Arab Free trade Area)

A cette fin, 18 des 22 membres de la Ligue Arabe ont signé un traité visant à éliminer toutes les barrières commerciales existantes entre eux, en abaissant annuellement de 10% leurs droits de douane à partir de janvier 1998. Les pays signataires de la grande zone arabe de libre-échange (GAFTA, Greater Arab Free Trade Area) sont disposés à aller plus loin en supprimant les droits sur les produits industriels pour 2005, et à libéraliser progressivement les échanges de produits agricoles. Le projet de zone de libre-échange devrait permettre la création d’un marché commun arabe pour 2008.

A l’occasion du sommet de la Ligue Arabe, tenu à Amman en avril 2001 (voir Sommets arabes), les chefs d’Etat ont insisté sur la nécessité d’avancer vers l’objectif à long terme de créer un véritable bloc économique arabe. En septembre 2001, le Conseil Economique et Social de la Ligue Arabe, qui vérifie les progrès réalisés et tient des réunions régulières sur l’état de la situation, s’est réuni à Riyad, où il s’est félicité des progrès importants réalisés et a décidé d’avancer la date de la fin de la période de transition à 2005.

La grande zone arabe de libre échange devrait renforcer les économies des états membres dans le sens suivant:

  • Créer un marché plus grand et plus homogène et donc attirer plus d’investissements directs étrangers (régional, européen et international).
  • Accroître le commerce entre les pays membres: même si certain de ces pays ont des productions similaires et sont donc concurrents sur les marchés d’exportations, ils sont pourtant complémentaires dans plusieurs secteurs (ex. la Tunisie, le Maroc et l’Egypte pourraient exporter des produits textiles et agricoles vers les pays du Golfe, l’Algérie et la Libye). Réduire la contrebande de produits, qui, soustrayant les produits de la taxe, cause des dommages aux productions locales et fausse la balance des paiements (d’autre part, les producteurs ne sont jamais responsables en cas de faute ou de produits dangereux).
  • Renforcer le pouvoir de négociation des pays membres pour traiter avec des blocs commerciaux puissants tels que l’UE ou dans des cadres internationaux comme les réunions de l’OMC (6 pays arabes sont à présent membres de l’O.M.C: le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie, Oman et le Koweït).
  • Augmenter l’interdépendance économique entre les pays arabes et est essayer d’ augmenter la stabilité et la sécurité dans la région.

Il est à noter que ces récentes tentatives pour promouvoir l’intégration économique inter-arabe et régionale sont plus réalistes que les précédentes : basées sur l’économie, elles impliquent un nombre limité de participants et une intégration progressive des pays dans la zone de coopération. Elles signifient aussi un abandon du principe d’unanimité, qui jusqu’à présent a entravé le développement de la coopération économique régionale.

La création de la zone arabe de libre-échange a répondu au besoin d’accroître le commerce inter-arabe qui demeure très faible (15.5 milliards de $US en 1997), soit moins de 10% de l’ensemble des échanges commerciaux des pays arabes.

Ce programme, au contraire des précédents, insiste sur le rôle du secteur privé. L’Union des Chambres de commerces arabes doit être l’organe directeur pour la mise en place de la zone de libre-échange. Cette instance est chargé de la rédaction d’un rapport bi-annuel sur les difficultés rencontrées par les commerciaux avec les administrations des douanes des pays membres et les agences de régulation des pays-membres.

Une des limites de la grande zone arabe de libre-échange réside dans le fait que les produits agricoles ne bénéficient pas des réductions tarifaires durant la période de récolte. Les régulations techniques et de standardisation restent encore en dehors des compétences de la ZALE.

*Tous les 22 membres de la Ligue Arabe , excepté l’Algérie , Djibouti, les Comores et la Mauritanie.

La réalisation du programme de mise en œuvre d’une grande zone de libre-échange a commencé le premier janvier 1998, avec la participation de 14 des 22 pays membres de la Ligue Arabe, représentant 90% du commerce extérieur arabe et 95% du commerce inter-arabe. Les pays qui n’ont pas commencé à appliquer le programme sont les sept pays arabe les moins avancés (Djibouti, la Somalie, les Comores , le Soudan, la Mauritanie , la Palestine et le Yémen), qui ne peuvent rejoindre la grande zone arabe de libre échange sans assistance extérieure, ainsi que l’Algérie qui mène en ce moment des réformes économiques.

Commerce inter-arabe (CIA)/ Commerce extérieur total (CET)

Pays

1990

1995

2000
.

CIA

CET

Ratio CIA-CET

CIA

CET

Ratio CIA-CET

CIA

CET

Ratio CIA-CET
Jordanie
1.056
3.504
30,13%
1.496
5.467
27.37 %
1.081
6.496
16,65 %
EAU
2.236
33.389
6,7%
3.291
52.389
6,28 %
6.682
82.879
8,6 %
Bahrein
2.203
7.547
29,19%
2.169
7.830
27,7 %
1.967
10.312
19,08 %
Tunisie
775
9.684
8 %
991
13.676
7,25 %
1.151
14.229
8,09 %
Algérie
469
20.689
2,27 %
560
21.042
2,66 %
553
29.223
1,89 %
Arabie Saoudite
5.772
68.498
8,43 %
6.473
78.128
8,29 %
9.249
109.055
8,48 %
Soudan
535
1.819
29,41%
537
1.789
30,02 %
535
3.359
15,93 %
Syrie
937
6.602
14,19%
1.298
8.595
15,10 %
1.357
9.072
14,96 %
Somalie
111
545
20,37%
185
447
41,38 %
146
576
25,39 %
Irak
1.578
16.839
9,37 %
714
1.089
65,56 %
1.050
16.843
6,23 %
Oman
3.581
8.235
43,49%
2.142
10.313
20,77 %
3.359
16.694
20,12 %
Qatar
386
4.988
7,75 %
572
5.609
10,19 %
1.269
14.779
8,59 %
Kuweit
535
12.231
4,37 %
1.263
20.616
6,12 %
1.440
27.193
5,30 %
Líban
643
2.972
21,62%
733
7.376
9,94 %
1.058
6.944
15,24 %
Libye
792
19.541
4,06 %
1.135
13.697
8,29 %
1.040
16.095
6,46 %
Egypte
481
11.801
4,07 %
924
15.180
6,09 %
1.919
18.469
10,39 %
Maroc
1.405
12.142
11,57%
1.145
13.245
8,64 %
1.008
20.375
4,95 %
Mauritanie
27
857
3,15 %
37
1.214
3,05 %
35
1.095
3,22 %
Yémen
552
3.946
14 %
738
3.521
20,97 %
1.045
6.418
16,28 %
TOTAL
24.073
245.829
9,79 %
26.404
281.225
9,39 %
34.107
410.106
8,32 %

* Montants en millions d’US $

Source: Arab Monetary Fund