Euphrate

Fleuve du Moyen-Orient, long de 2780 km, qui prend sa source en Turquie et se jette dans le Golfe Arabo-Persique après avoir traversé successivement la Syrie et l’Irak et avoir formé dans ce dernier pays, avec le Tigre, le Chatt-El-Arab. Son débit annuel moyen en Irak est de 32 milliards de m³ mais il est, comme le Tigre, très irrégulier: 53 % de ses eaux s’écoulent en trois mois (avril, mai et juin).

L’Irak a longtemps été le principal utilisateur des eaux de l’Euphrate, dont 88 % proviennent du bassin du fleuve en Turquie. Récemment, la Syrie et, surtout, la Turquie ont tous deux développé de grands projets d’utilisation de ses eaux, sans qu’aucun accord de répartition ne soit signé entre les trois pays. En l’absence d’accord, la précédents internationaux suggèrent qu’en cas d’utilisation de l’eau d’un fleuve par un pays situé en amont, celui-ci ne peut prélever plus de 50 % du débit mesuré à l’entrée du pays situé en aval.

La Turquie a annoncé qu’elle limiterait le débit du fleuve à partir du 1er janvier 1990, date du début du remplissage du barrage Atatürk, élément central de son gigantesque « Projet du Sud-Est Anatolien », mais garantirait un débit de 500 m³/seconde, soit 15,75 milliards de m³/an, ce qui a créé une vive tension entre les pays concernés. La même situation avait été créée entre Bagdad et Damas au début des années ’70 lors de la construction du barrage de Tabqa en Syrie : ce pays, qui utilisait annuellement environ 3 milliards de m³ des eaux de l’Euphrate en utilisera sans doute le double au début du prochain millénaire.

De plus, le gouvernement d’Ankara a lancé à l’hiver 1991, après la guerre du Golfe, l’idée d’un « aqueduc de la paix » qui prévoirait, à partir de deux rivières se jettant en Méditerranée au sud de la Turquie, la construction de deux pipelines, l’un traversant la Syrie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite, l’autre devant fournir l’eau aux autres Etats du Golfe en desservant d’abord le Koweit.

La Turquie envisage de pouvoir se faire payer en pétrole par certains pays, mais ce projet rencontre la réticence des pays du Golfe à se placer en situation de dépendance pour une ressource aussi stratégique. Ces pays n’oublient pas le sort réservé aux divers oléoducs reliant l’Irak à la Méditerranée durant la guerre Iran-Irak lorsque la Syrie avait coupé l’alimentation de l’oléoduc amenant le pétrole irakien à Banyas. La Turquie avait fermé en 1990 les deux nouveaux oléoducs amenant ce même pétrole à Dortyol.

Le partage des eaux de l’Euphrate et, dans une moindre mesure, de celles du Tigre, est aussi source de tensions importantes entre la Turquie – qui les avaient peu utilisées jusqu’à présent – et ses voisins arabes, la Syrie, qui a des projets d’irrigations importants, et l’Irak, utilisateur traditionnel des deux fleuves.

Voir également: l’eau au Moyen-Orient: enjeux et stratégies