Nil

Le Nil, long de 6671 km, dont les sources se trouvent en Afrique orientale – en partie au sud de l’Equateur -, se jette en Méditerranée après avoir traversé deux pays arabes : le Soudan et l’Egypte. L’essentiel de ses eaux (80 %) provient d’Ethiopie. Du fait des prélèvements et de l’évaporation, il ne déverse en Méditerranée qu’un tiers des eaux qu’il collecte dans la partie supérieure de son bassin. Son débit annuel moyen en Egypte est de 84 milliards de m³.

Contrairement aux cas du Tigre* et de l’Euphrate*, un accord lie depuis 1929, à l’initiative du Royaume-Uni, alors puissance coloniale, les pays du Bassin du Nil (à l’exception de l’Ethiopie), et règle de manière précise leur possibilité d’utilisation des eaux du fleuve. Selon sa révision de 1959, le Soudan a droit à 18,5 milliards de m³/an, et l’Egypte à un minimum annuel de 55,5 milliards de m³/an. Si sa stabilité politique interne le permet, le Soudan – qui n’utilise pour l’instant que 14 milliards de m³/an -, pourrait relancer son intérêt pour les grands projets qu’il a entamés et exiger que son quota soit revu à la hausse. L’Ethiopie est quant à elle désireuse de prendre part à la convention (elle prévoit d’utiliser à terme au moins 12 milliards de m³/an) et de construire une série de barrages sur la partie du Nil qui l’irrigue.

L’Egypte utilise environ 60% des eaux dont elle dispose pour l’irrigation des terres cultivables qui représentent aujourd’hui environ 3,2 millions d’hectares dont 1 million d’hectares de terres désertiques mises en culture. L’écoulement de ces eaux a été régularisé par la construction entre 1958 et 1970 du Haut-Barrage d’Assouan (lac Nasser) qui retient 157 milliards de m³, soit près de deux ans du débit total du Nil en Egypte. La dépression naturelle de Tochka située au sud-ouest du barrage a quant à elle été aménagée à la fin des années 70 pour servir de trop-plein au lac Nasser.

Depuis, l’Egypte s’est lancée dans le vaste projet de la « Nouvelle Vallée », officiellement inauguré le 9 janvier 1997 par le Président Moubarak. Ce projet consistera à détourner 5 milliards de m³ d’eau par an à partir du lac Nasser, par un canal à creuser (canal Cheikh Zayed), vers les oasis situées dans le Désert occidental (oasis de Kharga, Dakhla et finalement Farafra). Le canal suivra une série de dépressions et devrait permettre l’irrigation d’environ 420.000 hectares de terres désertiques dont la mise en culture devrait être assurée, selon le souhait du gouvernement égyptien, par des opérateurs privés. S’il est mené à bien, il permettra, selon les prévisions les plus optimistes, d’accroître de 28% la superficie des terres cultivables du pays. Le coût du projet est estimé à 30 milliards de $/an dont 6 sont financés par l’Egypte, le reste étant en attente d’investisseurs. De nombreux experts expriment cependant de sérieux doutes quant au bien-fondé scientifique et à la viabilité économique du projet.

La société saoudienne KADCO, dirigée par le Prince Al-Waleed, a acheté 350.000 ares de terre dans la « zone de développement de la Nouvelle Vallée ». Les intentions de KADCO sont de consacrer plus de 50% de cet espace à la culture du blé et du coton. Mais l’essentiel de ses revenus est sensé provenir de l’exportation de pamplemousse (30%) et de citron (20%). Le plan de développement conçu par KADCO est le plus important et le plus avancé du projet Tochka et est considéré comme le meilleur atout de l’ensemble du projet.